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Франция: Общественно-политические реалии
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Cinqui`eme 'evidence : mettre en avant l'id'ee de cette orientation sans avoir pr'ealablement cr'e'e les fili`eres qui lui sont n'ecessaires rel`eve de la plus parfaite hypocrisie, n'orienterait que vers le vide et n'engendrerait que des orphelins de toute formation.

8. Service public C'est avant tout le service du public. Les activit'es qu'il lui revient de prendre en charge sont de celles que seule la collectivit'e peut assumer dans des conditions qui satisfassent aux exigences d''egalit'e, de continuit'e et d'adaptation.

Initialement limit'e aux t^aches qu'il n''etait pas possible d'abandonner `a l'initiative priv'ee et `a ses r`egles (d'efense, police, justice, monnaie...) il s'est peu `a peu 'etendu `a des activit'es qu'on ne jugeait pas souhaitable de laisser entre les mains du priv'e. De ce fait, on est pass'e de l'indiscutable au discutable, du constat `a l'appr'eciation, et la comparaison avec les solutions 'etrang`eres montre bien que plusieurs r'eponses sont concevables.

Toutes les positions interm'ediaires sont imaginables, entre le collectivisme absolu — tout est service public — et le lib'eralisme dogmatique — seuls sont services publics ceux que l'int'er^et du priv'e lui-m^eme exclut qu'il les prenne en charge, soit parce qu'ils ne sont pas rentables, soit parce qu'il faut bien qu'existe une autorit'e garante de l'ordre social.

G'en'eralement, les pays d'Europe ont des services publics tr`es 'etoff'es. La diff'erence entre eux tient moins au nombre ou `a l'importance qu'au niveau auquel ils sont g'er'es (central ou d'ecentralis'e) ainsi qu'`a la situation faite au personnel (statut ou contrat de travail ordinaire).

Pour la France, il est de bon ton, depuis quelques ann'ees, de se gausser du service public, de ses lourdeurs, de ses dysfonctionnements, tout comme il est de bon ton de railler les fonctionnaires, ces «nantis» qui `a l'occasion de chaque gr`eve prendraient les usagers en otages.

Pourtant, c'est bien souvent gr^ace au service public que des performances notables ont 'et'e accomplies. Soit directement, lorsque par exemple le branchement d'une ligne t'el'ephonique est d'esormais quasi imm'ediat ou que le trafic ferroviaire permet d'acheminer `a peu pr`es n'importe quoi en n'importe quel lieu du territoire. Soit indirectement, lorsque l'existence du service public permet au priv'e de profiter de ses prestations et, en cons'equence, de se consacrer `a ses propres missions.

9. Etat. Tout lui fut imput'e, succ`es comme 'echecs, et les seconds surtout car il est bien connu que provoque moins de bruit le plaisir d'une r'eussite que le d'esagr'ement d'une faillite. Nous disposons en effet d'un appareil public d'une conception vieillie. La puissance publique reste `a peu pr`es celle de l''Etat napol'eonien, le service public reste `a peu pr`es celui de l''Etat-providence quand l'un et l'autre ont 'et'e mis `a mal. Rien de cela n'est plus adapt'e au monde actuel, moins encore `a celui de demain : l'ouverture des fronti`eres, le d'eveloppement d'une soci'et'e de communication, sont radicalement incompatibles avec toutes les formes de monopole, qu'il s'agisse de monopoles 'economiques ou m^eme du monopole de d'efinition de l'int'er^et g'en'eral.

Aussi l'Etat doit-il ^etre r'eorganis'e profond'ement, avec comme objectifs 'evidents ceux de la justice et de l'efficacit'e. Reconstituer le lien social, d'efinir des politiques publiques qui servent de r'ef'erence `a tous et qui soient mesur'ees pour pr'eserver les chances de chacun, voil`a qui n'est simple qu'`a dire. Mais si la r'enovation de l''Etat ne peut ^etre le centre de tout projet futur, elle doit ^etre au centre de tout projet futur.

Passer de l''Etat producteur `a l''Etat r'egulateur, de l''Etat tut'elaire `a l''Etat-vigie, de l''Etat puissance `a l''Etat acteur, se heurtera `a bien des r'esistances. D'abord r'efl'echir `a l''etendue et aux contours de ce que doivent ^etre les missions publiques. Substituer progressivement `a la gestion directe l'intervention, `a l'intervention l'incitation, `a l'incitation la r'egulation, au fur et `a mesure que les acteurs sociaux, 'economiques et culturels se r'ev`elent aptes `a se saisir des t^aches d'int'er^et collectif. Puis envisager pour l'action de l''Etat un d'ebut et une fin, de sorte qu'il sache quand ses interventions doivent cesser dans un domaine pour se reporter sur un autre, et ^etre guid'e par la n'ecessit'e plus que par l'habitude.

`A cet 'Etat r'egulateur, qui ne tenterait pas de tout faire par lui-m^eme, trois missions essentielles sont assign'ees : assurer les s'ecurit'es de base par une solidarit'e active (libert'es, sant'e, retraites...); pr'evenir ou r'eduire les d'es'equilibres 'economiques ; entretenir les moyens de pr'eparer l'avenir (formation, recherche, principalement).

L''Etat-vigie se diff'erencie de l''Etat tut'elaire par la conception m^eme de ses rapports avec les citoyens. Il est de la logique de toute institution, surtout quand elle a pris les dimensions de notre administration, de perdre la conscience de l'int'er^et en vue duquel elle a 'et'e cr'e'ee, pour y substituer ses propres int'er^ets, ses propres logiques, ses propres pesanteurs.

10. D'emocratie. C'est `a Churchill qu'on attribue la vieille boutade : « La d'emocratie est le pire des r'egimes, except'e tous les autres. » Elle illustre bien les difficult'es que connaissent ceux qui ont `a conduire un pays libre, se trouvent soumis en permanence `a la critique, et parfois perdent le pouvoir pour n'avoir su convaincre, lors m^eme que la suite prouverait qu'eux seuls avaient raison.Depuis plus de deux si`ecles, elle est consid'er'ee comme une forme de luxe : seules les nations prosp`eres peuvent vivre dans un syst`eme d'emocratique. La d'emocratie a besoin de civisme ; le civisme exige le pain et l'alphab'etisation ; eux-m^emes n'ecessitent un minimum de d'eveloppement collectif. Dans l'attente de celui-ci, la d'emocratie n'est au mieux qu'un espoir. Ensuite seulement — dans un ensuite sans cesse remis au lendemain — tout viendra d'un seul coup et la libert'e couronnera la richesse. Aux pays pauvres, les gouvernements autoritaires, seuls possibles et seuls capables de conduire le processus du d'eveloppement

Fariboles! Ce que les d'emocrates eux-m^emes ne soupconnaient pas toujours, ce que les autres niaient, se r'ev`ele aujourd'hui aux regards attentifs : la d'emocratie n'est pas la cons'equence du d'eveloppement, elle en est le meilleur outil.Les pays sortis des dictatures, quelles qu'en soient les conditions, sont ceux dont l'activit'e 'economique est la plus vivace. V'eg'etative ou bureaucratiquement contrainte dans un cadre abusivement autoritaire, la d'emocratie retrouv'ee lui est un stimulant, les arbitrages du march'e un aiguillon et le plan, quand il existe, lui donne une coh'erence.

11. Dйcentralisation. On n'en est pas quittes. Beaucoup a 'et'e fait et, sur cela, on ne reviendra pas. Mais l'oeuvre pass'ee ne nous dispense pas du travail futur. La centralisation est encore dans les t^etes — celles des 'elus eux-m^emes en premier lieu. Le niveau a chang'e, passant de l''Etat aux collectivit'es locales. Le principe est trop souvent demeur'e identique : tout le pouvoir remis `a un appareil qui est, dans le pire des cas, r'etif `a la participation civique et, dans le meilleur, incapable de la provoquer. Le probl`eme essentiel demeure. Il faut passer des attributions d'el'egu'ees — la forme actuelle de la d'ecentralisation — aux comp'etences pleinement assum'ees.

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