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ЖАНРЫ

L'agent secret (Секретный агент)
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Des domestiques arriv`erent, laquais aux faces glabres, qui dispos`erent sur la chemin'ee quelques vases de fleurs qui, ailleurs encombraient sans doute. Puis ils se retir`erent sans se douter du drame qui se d'eroulait, sans soupconner un instant que derri`ere l’amoncellement insolite de meubles qui se trouvaient dans la biblioth`eque, se cachait leur ma^itre, le baron de Naarboveck, et que ce ma^itre n’'etait autre que Fant^omas, d'esormais accul'e par la police, mais sans doute aussi pr^et `a vendre ch`erement sa vie…

Ils eurent un semblant d’h'esitation, puis Juve commanda :

— En avant !

Aid'e de six hommes, le policier et l’inspecteur Michel commenc`erent le bouleversement d'efinitif de la biblioth`eque, remuant les meubles un par un, regardant sous les canap'es, 'ecartant les rideaux, les tentures.

Rien… Pas de Fant^omas !

— Par exemple ! murmura Juve.

Cependant, Juve 'etait 'egalement s^ur de lui : la biblioth`eque ne comportait pas de trappes ni de porte secr`ete, le plancher ne s’ouvrait pas, le plafond n’'etait pas mobile.

Juve prit une d'ecision soudaine :

— Tirez-moi tous ces meubles dans la galerie, ordonna-t-il, nous allons bien voir… Fant^omas n’est ni invisible, ni impond'erable…, il ne peut ^etre sorti d’ici, il faut donc qu’il y soit.

Non sans peine, car il fallait agir en h^ate et sans bruit, les agents d'em'enag`erent par l’'etroite porte de la biblioth`eque les gros meubles qui s’y trouvaient, les menus objets 'egalement.

On avait enlev'e un confortable fauteuil de cuir, quatre chaises, un gu'eridon, deux 'etag`eres, et la pi`ece se d'emeublait de plus en plus, lorsque, soudain, Wilhelmine apparut `a l’entr'ee.

Pendant ces tragiques 'ev'enements, le bal continuait et la f^ete 'etait plus anim'ee que jamais. De temps `a autre les trois personnages qui s’'etaient trouv'es r'eunis dans cette biblioth`eque avaient percu les refrains entra^inants des valses des tziganes et le joyeux murmure des conversations anim'ees.

`A la vue du d'esordre organis'e par Juve, la jeune fille demeura interdite, stup'efaite.

Le policier, nerveux `a l’extr^eme, parut interloqu'e, aussi, par cette apparition soudaine, mais il sembla d'efaillir au premier mot que lui adressait la jeune fille :

— Monsieur Juve, dit en effet celle-ci, sur un ton fort naturel, je suis bien contente de vous trouver. Le baron de Naarboveck m’envoie `a vous…

Juve bondit :

— Qui cela, mademoiselle ?

— Le baron de Naarboveck, r'ep'eta la jeune fille, 'etonn'ee par l’attitude de Juve.

— Le baron de Naarboveck me demande ? insista celui-ci. O`u ?… Depuis quand ?…

Tr`es simplement Wilhelmine expliqua :

— Je le quitte `a la seconde, `a l’entr'ee du salon : il sortait d’ici… Mais pourquoi mettez-vous tous ces meubles dans la galerie ?… Il m’a dit : « Wilhelmine, je suis un peu fatigu'e et je remonte un instant dans ma chambre, mais va donc dire `a M. Juve… »

Wilhelmine s’interrompit, car Juve s’'etait ressaisi, et, sans se pr'eoccuper de Wilhelmine, il se pr'ecipitait dans la galerie encombr'ee des meubles retir'es de la pi`ece.

Et soudain le policier s’arr^eta, fig'e de stupeur.

Il venait de se heurter `a un grand fauteuil, qu’il n’avait pas remarqu'e jusqu’alors, bien que cependant ce meuble figur^at dans l’installation de la biblioth`eque. Mais d'esormais son allure insolite devait retenir l’attention du policier.

Atterr'e, Juve le consid'erait :

C’'etait un si`ege extraordinaire et merveilleusement am'enag'e. Les accoudoirs et le dossier, ainsi d’ailleurs que le fond, s’ouvraient par le milieu et `a l’int'erieur du fauteuil 'etaient m'enag'es des vides, pr'evus 'evidemment pour que quelqu’un puisse s’y dissimuler. C’'etait, en r'ealit'e, un fauteuil double, un fauteuil `a double fond, une merveilleuse cachette, un fauteuil dans lequel on 'etait invisible, et qui, une fois referm'e sur vous, paraissait vide, inoccup'e.

Juve, d'esormais, comprenait ce qui venait de se passer.

Oh ! la chose 'etait fort simple !

Fant^omas, au moment d’^etre pris, profitant d’une seconde d’inattention, avec une agilit'e surprenante s’'etait introduit dans son fauteuil secret… et ce qu’il avait pr'evu 'etait arriv'e.

Juve, pour appr'ehender le bandit, avait fait fouiller la pi`ece, puis ordonner de la vider. D`es lors, du fauteuil abandonn'e dans la galerie, Fant^omas 'etait sorti le plus tranquillement du monde.

M^eme il avait pouss'e l’ironie, au moment o`u il quittait – pour toujours – son magnifique h^otel de la rue Fabert, jusqu’`a envoyer Wilhelmine pr'evenir Juve de son 'evasion…

Juve comprit tout cela, et c’'etait un coup affreux qui le frappait au coeur. Il demeura an'eanti.

— Qu’avez-vous donc, mon cher Juve ? interrogea doucement une voix.

Fandor qui venait de voir le diplomate qu’il savait ^etre Fant^omas – et Fant^omas sur le point d’^etre arr^et'e – traverser rapidement le bal et dispara^itre dans la foule des danseurs.

Le policier ne r'epondit pas tout de suite. De grosses larmes roulaient sur ses joues creus'ees par la fatigue et le souci. Lentement il articula :

— Fant^omas… Je le tenais… Et c’est moi qui ai fait sortir de la biblioth`eque ce maudit fauteuil… c’est gr^ace `a moi…

Juve ne put continuer. Il s’effondra dans les bras de son ami…

Encore une fois, Juve avait 'echou'e en arrivant au port.

Encore une fois le bandit lui 'echappait… Juve n’aurait-il donc jamais sa revanche ?… `A l’avenir d’en d'ecider.

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