L'assassin de lady Beltham (Убийца леди Бельтам)
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La concierge du logis de la rue Tardieu, `a 11 heures du soir, n’avait toujours pas vu passer d’individu louche portant des paquets sous le bras.
Juve, encore install'e derri`ere les petits rideaux voilant la devanture de son mastroquet avait, aux environs de dix heures et demie, hauss'e les 'epaules et murmur'e en avisant un passant :
— Tout de m^eme, il exag`ere. C’est justement mon chapeau neuf.
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`A une heure du matin, un personnage qui portait un grand pardessus et une coiffure sortie de chez un chapelier, se glissait, plus qu’il n’entrait, dans une maison borgne rue de la Charbonni`ere, `a quelque distance du cabaret du p`ere Korn.
Ce personnage, qui semblait fort souriant, tout joyeux, enchant'e de lui-m^eme, monta rapidement l’escalier gluant et sale de l’immeuble, heurta `a la porte d’une soupente situ'ee sous les toits.
— Qui va l`a ? demanda une voix grave.
— T^ete-de-Lard.
La porte s’ouvrit. Une silhouette tragique, 'epouvantable se dressa.
C’'etait la silhouette fameuse entre toutes, la silhouette redoutable et terrifiante d’un homme, grand, mince, v^etu d’un maillot noir qui le moulait des pieds `a la t^ete, dont les mains 'etaient gant'ees de noir, dont le visage disparaissait sous les plis d’une cagoule noire.
— Entre, ordonna la voix br`eve du bandit.
T^ete-de-Lard ob'eit.
— Tu n’es donc pas mort ?
T^ete-de-Lard, d’'emotion, venait de tomber `a genoux :
— Non, je ne suis pas mort et m^eme…
— Que me veux-tu ? demandait le bandit.
— Ma^itre, faisait-il, je sais que tu r'ecompenses tous ceux qui te servent fid`element. Si je viens te trouver, c’est que je suis en mesure de te rendre un grand service.
— Vraiment ?
— Oui, vraiment, affirma T^ete-de-Lard. Je viens de chez Juve.
— Et alors ?
— Et alors, Ma^itre, chez Juve j’ai travaill'e pour toi.
— Pour moi ?
— Oui, pour toi !
Et T^ete-de-Lard triomphalement fouilla dans sa poche.
— Voici qui te prouvera, dit-il, que je ne suis pas un imb'ecile, et que je m'erite d’^etre associ'e `a tes projets. Fant^omas, tu as vol'e deux clefs, para^it-il, et tu voulais voler la troisi`eme. Cette troisi`eme clef, la voil`a.
T^ete-de-Lard tendait la clef d'erob'ee chez Juve. Or, Fant^omas regarda cette clef quelques secondes `a peine.
— Mal'ediction, hurla le bandit, c’est la troisi`eme clef de la Banque.
Et pris d’une col`ere subite, il empoigna T^ete-de-Lard, l’'etrangla `a moiti'e, lui hurlant des insultes :
— Imb'ecile, idiot ! Ah tu m'eriterais…
Certes, T^ete-de-Lard ne s’attendait pas `a de pareils remerciements.
8 – LES CLEFS RESTITU'EES
M. Ch^atel-G'erard, le lendemain matin du jour o`u les deux premi`eres clefs des caves avaient myst'erieusement disparu, se promenait solitaire dans son somptueux bureau et paraissait de d'etestable humeur.
M. Ch^atel-G'erard venait de jeter rageusement devant lui un pneumatique qui ne comportait que quelques lignes de texte. Il le prenait par moments, le relisait, le froissait nerveusement, puis le d'epliant, l’'etalant `a nouveau, il le rejetait, pour le reprendre encore :
— Que croire, mon Dieu ? que croire ? disait M. Ch^atel-G'erard. Que penser r'eellement ? Est-ce Juve, ou n’est-ce pas Juve ?
Monsieur le gouverneur.
J’aurai l’avantage de venir vous rendre visite vers dix heures du matin, j’esp`ere que vous voudrez bien me recevoir.
Et la signature s’'etalait, claire, nette : Juve.
Or, M. Ch^atel-G'erard 'etait de plus en plus inquiet. Il ne tenait toujours pas pour d'emontr'e qu’il avait eu r'eellement affaire `a Juve chez M. Tissot et, par cons'equent, il se demandait si le bleu qu’il venait de recevoir 'emanait de Juve en personne ou d’un autre, d’un imposteur.
— Si c’est Juve, murmurait le gouverneur, il est tout naturel qu’il vienne ici, mais si ce n’est pas Juve ?
Et s’interrompant, le gouverneur serrait dans sa poche la crosse de son revolver.
— Si ce n’est pas Juve, si c’est Fant^omas qui pousse l’audace jusqu’`a venir me narguer, je l’abats comme une b^ete f'eroce, quitte `a me faire sauter la cervelle ensuite pour 'eviter le scandale.
M. Ch^atel-G'erard tout en songeant, se promenait toujours dans la grande pi`ece qui constituait son bureau de travail. Il jetait des regards anxieux `a un superbe cartel pendu au mur. Il 'etait dix heures moins dix et les minutes apparaissaient interminables au gouverneur de la Banque.
— D’ailleurs, se r'ep'etait-il, pour la centi`eme fois peut-^etre depuis la veille, Juve m’avait annonc'e que les trois clefs me seraient rendues. Or, je n’en ai recu aucune. Juve m’a dit, il est vrai, que la restitution serait op'er'ee aujourd’hui ou demain. Et puis, est-ce lui, ou n’est-ce pas lui qui va venir ? Si c’est lui, peut-^etre va-t-il m’apprendre du nouveau ?
La situation dans laquelle se d'ebattait le malheureux gouverneur 'etait v'eritablement effroyable, car, bien qu’il n’en voul^ut pas convenir, il apparaissait de moins en moins possible d’'eviter le scandale. D'ej`a, le matin m^eme, un haut employ'e des Finances lui avait rendu visite et l’avait averti de certaines dispositions du Gouvernement, prise en Conseil des ministres, relativement `a une 'emission prochaine de billets de banque.
— D’un instant `a l’autre, songeait M. Ch^atel-G'erard, il va ^etre n'ecessaire de descendre aux caves, d’un instant `a l’autre, il va falloir que j’avoue le vol des deux premi`eres clefs et – peut-^etre, pis encore – la stupide absurdit'e que j’ai commise en confiant la troisi`eme `a un individu qui, peut-^etre, n’est pas Juve.
Tandis que M. Ch^atel-G'erard se d'esesp'erait de la sorte, les minutes cependant, finissaient par s’'ecouler.
Dix heures sonnaient enfin lorsque un huissier frappait `a la porte du cabinet.
— Entrez, dit M. Ch^atel-G'erard, qui, d’'emotion, 'etait devenu bl^eme.
La porte de son cabinet s’ouvrit, l’huissier annonca :
— Monsieur le gouverneur, il y a quelqu’un qui demande `a vous parler, qui pr'etend avoir rendez-vous avec vous et qui refuse de donner son nom.
— Je sais, faites venir ce monsieur.
M. Ch^atel-G'erard, livide, s’appuyant au dossier d’un fauteuil, ne perdit pas de vue la porte de son cabinet de travail. Qui allait franchir le seuil de la pi`ece ? Qui allait appara^itre ?