L'assassin de lady Beltham (Убийца леди Бельтам)
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— Voyons, fit-il, approche ici, petite… Il faut, d'eclara Fant^omas, qu’on ne te reconnaisse point de quelque temps, et pour cela tu vas changer de tournure, d’^age et d’aspect.
— Mon Dieu, qu’allez-vous me faire ?
Fant^omas 'eclata de rire :
— Je ne vais ni te couper la t^ete, ni t’arracher les yeux, mais tu vas me faire le plaisir de te d'eguiser. Vas chercher tes frusques, tout ce que tu poss`edes, apporte-les et mets-les sur la table.
Machinalement, Rose ob'eit. Elle alla `a une armoire, en tira des v^etements. De dessous son manteau, cependant, Fant^omas avait extrait une perruque grise qu’il jetait `a la jeune fille.
— Colle-toi cela sur la t^ete, dit-il.
Rose ob'eit. Fant^omas alors ajouta :
— Tu poss`edes bien, je suppose, puisque tu es artiste au Th'e^atre Ornano, des accessoires de maquillage ?
— Oui.
— Bien.
Et comme la jeune fille les apportait, il poursuivit :
— Fais-toi une t^ete de vieille. La patte d’oie, les rides, quelques traits sur les joues, un peu de rouge `a la commissure des l`evres en tirant sur le bas pour agrandir ta bouche. 'Eclaircis-moi ces sourcils avec du blanc, marque-toi un peu le front.
De plus en plus 'etonn'ee, Rose Coutureau ob'eissait. Lorsqu’elle eut fini, Fant^omas la regarda, haussa les 'epaules :
— C’est idiot, tr`es mal fait. Tu es grim'ee comme l’as de pique. Cela peut passer dans une bo^ite comme le Th'e^atre Ornano, mais tu aurais v'eritablement l’air d’une mascarade si jamais tu t’avisais de sortir comme cela dans la rue. Allons, essuie-moi tout cela et donne ta frimousse !
Fant^omas avait pris les crayons de couleur, le blanc gras, et avec une habilet'e surprenante de la part d’un homme dont ce n’'etait point la profession, il maquillait la jeune fille, non pas comme on le fait au th'e^atre, mais beaucoup plus d'elicatement, `a la facon qu’emploient les bandits ou les agents de la S^uret'e pour se rendre m'econnaissables `a la ville.
Lorsqu’il eut fini il regarda son oeuvre et d'eclara :
— C’est parfait.
Rose courut `a une glace et poussa un petit cri de d'epit.
Certes, Fant^omas avait r'eussi. S’il avait eu l’intention de faire d’elle une femme r'epugnante, une v'eritable horreur, c’'etait, en effet, absolument parfait.
Le bandit ricana :
— Cela te d'epla^it, pas vrai, gamine coquette, d’avoir ainsi l’air d’une vieille femme ? Il le faut cependant, et tu t’arrangeras pour te faire cette t^ete-l`a chaque fois que tu t’aviseras de sortir d’ici.
Fant^omas se tournait vers le p`ere Coutureau qui, pendant toute cette sc`ene, n’avait pas dit une parole :
— Toi, fit-il, si tu ne veux pas qu’on te reprennes ta fille, tu vas crier dans tout le quartier qu’elle est toujours en prison, et que tu l’as remplac'ee pour faire ton m'enage par cette contemporaine de Mathusalem.
Fant^omas donna quelques instructions compl'ementaires `a la jeune fille. Il lui recommandait de ne pas porter de corset, de s’'epaissir la taille avec trois jupons suppl'ementaires, puis il la fit marcher devant lui, l’obligeant `a recommencer sans cesse jusqu’`a ce qu’elle e^ut adopt'e une allure tr'ebuchante et vieillotte.
— Bien, dit-il enfin apr`es cette longue et 'etrange r'ep'etition. De la sorte, tu seras m'econnaissable. N’oublie pas de jouer ton r^ole, si on te faisait travailler, tu pourrais devenir une grande artiste.
Fant^omas, soudain, changea le sujet de la conversation, et aussi `a l’aise chez le p`ere Coutureau que s’il avait 'et'e chez lui, sans plus s’occuper de Rose, il dit au vieil habilleur :
— Donne-moi de quoi 'ecrire. Vite, je suis press'e !
Le p`ere Coutureau apporta un encrier, du buvard, du papier `a lettres. Fant^omas traca rapidement quelques lignes d’une grosse 'ecriture nerveuse puis, ayant s'ech'e sa lettre sur le buvard, il la mit sous son manteau et se leva.
— Adieu, fit-il, `a bient^ot.
Le p`ere Coutureau le retint :
— 'Ecoutez, fit-il, je vous demande pardon, mais je ne sais comment vous remercier. Vous avez sauv'e ma fille, vous l’avez arrach'ee `a la prison, et maintenant vous lui avez indiqu'e le moyen de se rendre m'econnaissable, de n’^etre pas reprise. Pourquoi faites-vous tout cela ? Comment pourrai-je vous prouver ma reconnaissance ?
Fant^omas gronda :
— Imb'ecile, je n’ai que faire de tes remerciements. Mais il est bien 'evident que je ne donne rien pour rien. Je t’ordonne de m’aider, de m’ob'eir si jamais j’ai besoin de toi et je te d'efends, en tout cas, de jamais trahir mon secret, de ne jamais dire ce que je viens de faire et de t’indiquer ce soir.
Le p`ere Coutureau allait protester de son d'evouement, il n’en eut pas le temps, Fant^omas s’'etait retir'e.
— Que fais-tu, petite ? interrogea le p`ere Coutureau qui, de plus en plus interloqu'e, revenait vers sa fille.
— Tu le vois bien, grommela Rose, je range.
Et, en effet, la jeune fille qui, tout `a fait entr'ee dans la peau de son r^ole, avait d'esormais toutes les allures d’une vieille femme, mettait l’encrier, le buvard `a leur place.
Le p`ere Coutureau que ces 'emotions avaient fatigu'e baillait `a se d'ecrocher la m^achoire.
— Je m’en vais me coucher, d'eclara-t-il.
Et, machinalement, comme autrefois, il embrassa sa fille sur le front.
Rose, cependant, 'etait rest'ee dans la salle `a manger. Elle 'etait bien trop 'enerv'ee, bien trop 'emue pour avoir envie de dormir. Seule, elle retourna prendre le buvard sur lequel Fant^omas avait s'ech'e sa lettre et, curieuse, elle regarda, car l’encre avait laiss'e des traces et la jeune fille cherchait `a retrouver sur le buvard ce qu’avait 'ecrit le bandit. La chose 'etait facile. Toutefois le texte 'etait `a l’envers et Rose ne pouvait lire. Elle eut soudain une inspiration. Entre ses yeux et la lampe allum'ee, elle placa le papier buvard et parvint `a d'echiffrer le texte de la lettre par transparence que Fant^omas avait s'ech'ee.
Rose 'epelait `a haute voix ce qu’elle voyait :
— Lady Lady… Bel… Bel… tham… Lady Beltham, un nom d’Anglaise 'evidemment, pensa-t-elle, elle lut encore :
— 214, avenue Niel. Tiens, comme c’est bizarre, la m^eme adresse que la comtesse de Blangy, remarqua Rose, qui rougit `a ce souvenir.
Il y avait au-dessous de cette adresse quelques lignes ind'echiffrables que, malgr'e ses efforts, Rose ne pouvait reconstituer, mais, plus bas, elle parvenait `a lire de nouvelles indications et d`es lors, ses yeux s’'ecarquill`erent de terreur ; tout son corps fr'emit ; elle relut `a d’autres reprises pour s’assurer qu’elle ne se trompait pas ; elle venait, en effet, de d'ecouvrir dans la transparence du buvard ce sinistre avertissement :
Vous mourrez le 7 de ce mois.
N’ayant pu, malgr'e ses efforts, obtenir du buvard d’autres r'ev'elations, Rose, de guerre lasse, 'etait all'ee se coucher. Toutefois, elle ne parvint pas `a s’endormir. La silhouette tragique et surprenante de Fant^omas hantait son esprit et la phrase effrayante qu’elle avait d'ecouverte sur le buvard dansait perp'etuellement devant ses yeux :
Vous mourrez le 7 de ce mois.
— Mon Dieu, pensa soudain Rose Coutureau, nous sommes le 3, c’est donc dans quatre jours que cette menace sinistre doit se r'ealiser. Mais qui concerne-t-elle ? De qui s’agit-il ?