ЖАНРЫ

L'?vad?e de Saint-Lazare (Побег из Сен-Лазар)
Шрифт:

— Et puis, songeait-il par moment, on n’a pas id'ee d’aller habiter du Tardieu ? Un quartier perdu qui n’est ni en haut de la Butte Montmartre, ni en bas. Un quartier qui sent le graillon et la pomme de terre frite, un quartier o`u toutes les boutiques sont occup'ees par des mastroquets, `a moins que ce ne soit par des marchands de chapelets b'enis ou d’images pieuses du Sacr'e-Coeur. Si c’est Juve qui a 'et'e percher l`a, je ne lui cacherai pas ma facon de voir, et sp'ecialement qu’il ne peut y avoir que de vieux bourgeois `a l’esprit 'etroit, ou de jeunes demi-mondaines `a pr'etentions exag'er'ees qui logent en un pareil arrondissement.

J'er^ome Fandor, quoi qu’il en e^ut, descendit `a la station d’Anvers, s’orienta ais'ement, prit la petite rue de Steinkerque, 'etroite et sale, o`u d’extraordinaires infirmes le harcel`erent sans r'epit d’importunes demandes de charit'e.

Questionnant les passants, interviewant les sergents de ville, le journaliste se fit indiquer la rue Tardieu, le num'ero 3 ter, une grande maison, une b^atisse `a allures de caserne, o`u les appartements ne devaient ^etre ni fastueux, ni d’un prix 'elev'e.

— C’est assez dans le genre de Juve se disait Fandor, en inspectant la facade.

Il p'en'etrait sous une grande vo^ute, d'eboucha dans une cour transform'ee en une sorte de jardin, par une microscopique plate-bande o`u s’'etiolaient des plantes vertes, il monta un escalier tortueux, petit, et pourtant pr'etentieusement tapiss'e d’une tenture en maints endroits d'echir'ee.

— De mieux en mieux, pensait Fandor. Ce que je vais lui en dire, des sottises `a Juve.

Et J'er^ome Fandor, en effet, depuis qu’il avait vu la disposition de la maison dans laquelle il s’introduisait, n’h'esitait plus `a se persuader qu’il allait se trouver en face de Juve. Ce ne pouvait ^etre que le policier assur'ement qui l’avait convoqu'e et d’ailleurs, en d'epit de ses allures un peu pr'etentieuses, l’immeuble 'etait trop bourgeois, trop populeux aussi, pour que l’id'ee d’un guet-apens, d’un pi`ege tendu par un apache, f^ut admissible. Au cinqui`eme 'etage, J'er^ome Fandor apr`es avoir souffl'e sur une petite banquette volante, mise l`a pour tenir le r^ole des canap'es que l’on trouve dans les maisons v'eritablement « chic », heurtait, ne voulant pas sonner, la porte de l’appartement de gauche.

— Je me demande, songeait Fandor, quel peut-^etre le domestique de Juve ? Un imb'ecile probablement, un type incapable de r'efl'echir ou de comprendre quoi que ce soit. Juve, qui s’est laiss'e passer pour mort, vis-`a-vis de moi, n’a certainement pas avis'e son vieux domestique qu’il vivait encore. Et par acquit de conscience, il a d^u choisir un larbin aussi born'e que possible.

La porte s’ouvrit, c’'etait la figure avenante d’une jeune bonne qui apparaissait `a Fandor.

— Mademoiselle, commenca le journaliste, voulez-vous pr'evenir votre ma^itre, que M. J'er^ome Fandor demande `a lui parler ? Il est au courant.

La jeune bonne, semblait ^etre, elle aussi, pr'evenue de la visite du jeune homme, car, en souriant gracieusement, elle r'epondit :

— Entrez, Monsieur.

Fandor fut introduit dans un cabinet de travail situ'e tout pr`es de la porte d’entr'ee, un cabinet de travail dont l’aspect, imm'ediatement, lui apparaissait familier. Il 'etait meubl'e d’un bureau-ministre surcharg'e de paperasses, de dossiers, d’une biblioth`eque, o`u des cartons-classeurs s’'ecroulaient les uns sur les autres, une machine `a 'ecrire 'etait plac'ee sur une petite table contre la chemin'ee surmont'ee d’une glace.

Plus loin, un t'el'ephone avec son fil souple d'eroul'e et en d'esordre, attestait que le ma^itre des lieux, devait ^etre un homme d’affaires.

— Pas d’h'esitation `a avoir, se d'eclarait Fandor, d'epouillant son pardessus, c’est bien cet animal de Juve qui va m’appara^itre tout `a l’heure. Qu’est-ce que je vais lui chanter ?

J'er^ome Fandor, compl`etement rassur'e, – car il reconnaissait dans la disposition des moindres d'etails, l’arrangement ordinaire des objets appartenant `a Juve, et n’'etait nullement 'etonn'e du l'eger p^ele-m^ele de la pi`ece, car il savait que le policier ne brillait pas par des qualit'es d’ordre – attendit quelques minutes, puis s’impatienta, tira un journal de sa poche, et commencait `a en parcourir les premiers articles.

— Le Minist`ere est tomb'e. Ah le pau’vieux. Heureusement que les hommes politiques ca ne se fait pas de mal. Ce sont des lascars en caoutchouc, d'ecid'ement, il me fait attendre Juve. Encore une petite bonne vol'ee par ses patrons. `A qui donc se fier grand Dieu ? Bon, un article sur la Ligue contre les intemp'erances de pianos. Voil`a une ligue que j’approuve. Ah c`a, il ne vient pas. Cet animal de Juve…

Fandor qui s’'etait assis, se releva d’un bond, commenca `a arpenter le cabinet de travail.

— Ca n’est pas gentil, pensa le journaliste, de me faire poser ainsi : ca m’'etonne de la part de Juve.

Par la porte entrouverte, il entendit enfin, venant de l’antichambre, des bruits de pas se rapprochant. `A tout hasard, J'er^ome Fandor rectifia ce qu’avait de n'eglig'e sa tenue, prit m^eme une position respectueuse, pr^et `a s’incliner en une profonde r'ev'erence tr`es ironique lorsque Juve allait entrer.

La porte s’'etait ouverte. Une tenture qui en masquait l’entr'ee, 'etait rapidement repouss'ee, un homme 'etait devant Fandor, qui lui disait simplement, d’une voix 'etrange, `a la fois railleuse et m'eprisante.

— Bonjour.

Le journaliste avait un peu p^ali. Sans le moindre tressaillement cependant il avait r'epondu :

— Bonjour.

Ce n’'etait pas Juve, le policier Juve qui venait d’appara^itre `a Fandor. C’'etait Fant^omas, c’'etait le Roi du Crime, le Ma^itre de l’Effroi, c’'etait l’Insaisissable, c’'etait le terrible Tortionnaire. Et J'er^ome Fandor 'etait seul avec lui, et Fant^omas riait.

Une seconde, un silence tragique plana entre les deux hommes. Tandis que Fant^omas riait, 'enigmatique, ayant l’air fort amus'e de la situation, J'er^ome Fandor gardait un visage impassible. Ses r'eflexions cependant 'etaient tumultueuses. Les pens'ees se bousculaient dans son cerveau en foule d'esordonn'ee.

Ainsi il 'etait tomb'e dans un pi`ege, pi`ege enfantin et pu'eril, ainsi, il avait cru venir chez Juve, et il 'etait venu chez Fant^omas ? Ainsi, c’'etait l’effroyable bandit qu’il avait devant lui, et l’effroyable bandit le tenait `a sa merci ?

J'er^ome Fandor, brusquement, se rappelait `a la minute m^eme, qu’ayant chang'e de v^etements, le matin, il avait pr'ecis'ement oubli'e de prendre son revolver. La fatalit'e 'etait contre lui. Le destin voulait qu’il f^ut sans armes, au moment m^eme o`u il aurait eu le plus grand besoin d’^etre arm'e jusqu’aux dents. J'er^ome Fandor, en une minute, saisit tout ce qu’avait de tragique sa position pr'esente. Et, avec une parfaite lucidit'e, il se dit `a lui-m^eme :

— Cette fois, je suis foutu, fichu sans r'emission. Fant^omas ne m’a pas fait venir pour m’offrir le th'e, 'evidemment, ce doit ^etre pour se d'ebarrasser de moi.

Fant^omas lui, pendant que J'er^ome Fandor r'efl'echissait, riait toujours. Puis, brusquement, le bandit changea d’attitude.

Debout, derri`ere son bureau, consid'erant Fandor qui se tenait en face de lui, il lui adressa la parole :

— Je vous ai salu'e, J'er^ome Fandor, et vous m’avez tr`es courtoisement r'epondu. J’esp`ere que notre entretien gardera des allures de conversation amicale. Y voyez-vous un inconv'enient ?

Поделиться с друзьями: