Le mariage de Fant?mas (Свадьба Фантомаса)
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De qui parlait la Recuerda ?
La jeune femme visita minutieusement les somptueux appartements r'eserv'es `a l’infant. Elle tressaillit, 'emue, en d'ecouvrant une chambre meubl'ee comme une chambre de jeune fille. Elle s’occupait `a passer en revue les pi`eces de l’appartement o`u elle se trouvait, demeurant de longues minutes dans chacune d’elles, boulevers'ee. Dans la chambre de jeune fille, o`u elle p'en'etrait en dernier lieu, la Recuerda ouvrait un 'ecrin qui tra^inait sur la chemin'ee. La pi`ece 'etait en d'esordre, d’ailleurs, et paraissait avoir 'et'e quitt'ee pr'ecipitamment peu de temps auparavant.
— C’est extraordinaire, murmurait la Recuerda.
De l’'ecrin, elle tira un bracelet d’or qu’elle examina, 'etonn'ee, qu’elle finit par se passer au bras. Quelques instants plus tard, la Recuerda devait ^etre sortie de l’appartement de don Eugenio, car tout y 'etait calme, tout y 'etait silencieux, nul bruit ne s’y entendait plus.
La Recuerda cependant n’'etait pas loin. Elle avait gagn'e une sorte de logette comme il en est dans toutes les demeures espagnoles, formant un v'eritable petit oratoire, logette blanchie `a la chaux, `a ciel ouvert, `a fen^etres grill'ees et d’o`u l’on dominait la campagne environnante. Or, la Recuerda, de cette logette, apercut Fandor.
Elle ne pouvait, d’o`u elle 'etait, reconna^itre 'evidemment Fant^omas lorsqu’il se dressa en face du jeune homme, le revolver `a la main, mais en revanche elle ne se trompait pas `a l’attitude des deux combattants.
— Ils vont se tuer, murmura la Recuerda. Mis'ericorde, il ne faut pas que cela soit.
Ce bracelet qui avait fait croire `a Fant^omas et `a Fandor qu’H'el`ene 'etait prisonni`ere `a l’Escurial, c’'etait la Recuerda qui l’avait lanc'e entre les deux combattants, et attach'e `a un fil, pour leur donner le change.
***
`A onze heures du soir, alors que le palais semblait plong'e dans un profond sommeil, la Recuerda, rest'ee dans la logette d’o`u elle avait si opportun'ement jet'e un bracelet, demeurait l’oeil coll'e `a la serrure, fr'emissante, angoiss'ee au plus haut point.
Que voyait donc la Recuerda ?
Elle 'etait le t'emoin d’un spectacle 'etrange.
Vers dix heures et demie, un homme avait myst'erieusement p'en'etr'e dans la chambre de don Eugenio, voisine de la logette. Cet homme s’'eclairait d’une lanterne sourde et paraissait prendre grand-garde `a ne point faire le moindre bruit. Il h'esita quelques instants, semblait-il, puis il prit une r'esolution, cela se devinait `a ses mouvements rapides. L’inconnu, que la Recuerda cherchait vainement `a reconna^itre, car son visage 'etait dans l’ombre, fouilla les meubles, parcourut l’appartement, revint enfin, portant un habit de cour qu’il se mit en devoir d’endosser.
Or, tandis qu’elle guettait `a la porte de la chambre de don Eugenio, la Recuerda entendit des bruits de pas dans une chambre voisine.
— Que la Madone me sauve, songeait la Recuerda.
Elle 'etait bl^eme, affol'ee. L’oeil coll'e `a la serrure, en effet, la Recuerda avait nettement distingu'e la qualit'e de l’arrivant : c’'etait un garde civil, elle ne voyait point son visage, mais aux parements de sa manche, elle apercevait son matricule.
— Mis'ericorde, songeait encore la malheureuse jeune femme, un garde civil ! De plus, c’est le garde civil que j’ai ligot'e, c’est Pedro !
Un instant, la Recuerda songea alors, pensant que les minutes 'etaient pr'ecieuses, qu’il fallait `a tout prix d'ecider quelque chose.
La logette dans laquelle elle s’'etait cach'ee n’avait d’autre issue que les deux chambres. Dans l’une, elle voyait toujours l’homme occup'e `a se v^etir d’habits de cour, dans l’autre, le garde civil approchait.
— Bah, se dit soudain la Recuerda, Pedro m’aime. Je trouverai moyen de lui conter une histoire.
D`es lors, elle n’h'esita plus. Elle ouvrit brusquement la porte `a laquelle elle s’appuyait. Elle se jeta au-devant du garde civil. Mais `a peine avait-elle surgi dans la pi`ece, `a peine le garde civil, surpris, eut-il braqu'e son revolver, que la Recuerda s’immobilisait, an'eantie par la surprise, cependant que, de son c^ot'e, le garde civil paraissait parfaitement ahuri :
— Vous, la Recuerda ?
— Vous, Fandor ?
Et une explication confuse, suivit. Il conta en deux mots comment, par un soupirail, il avait pu se glisser dans les caves de l’Escurial, o`u il voulait p'en'etrer pour chercher H'el`ene, comment, dans ces caves, il avait d'ecouvert un garde civil `a demi-mort qui lui avait fait l’effet d’un d'ement.
— J’ai laiss'e le bonhomme attach'e, disait Fandor, mais je lui ai vol'e ses habits, pensant que cela m’aiderait `a passer inapercu dans ce palais qui, en ce moment, d’apr`es ce que j’ai pu comprendre, est compl`etement d'esert. Don Eugenio n’est pas l`a. Le garde civil me l’a jur'e. Mais H'el`ene doit y ^etre. Elle m’a jet'e un bracelet.
La Recuerda 'eclata de rire :
— H'el`ene n’est pas l`a, dit-elle lentement, c’est moi qui vous ai jet'e le bracelet. Quant `a don Eugenio vous vous trompez. Il est tout `a c^ot'e de nous, dans l’autre chambre, et…
Mais la Recuerda s’interrompit. En causant avec Fandor, elle avait oubli'e, emport'ee par sa nature v'eh'emente, de parler bas. Au bruit que les deux interlocuteurs avait fait, l’homme qui s’habillait dans la pi`ece voisine surgit :
— Qui va l`a ? demanda-t-il.
Il tenait un revolver `a la main, il semblait menacant et farouche, et, `a son apparition, la Recuerda et Fandor contemplant enfin son visage en pleine lumi`ere, pouss`erent un m^eme cri :
— Fant^omas !
C’'etait en effet Fant^omas qui sortait de la chambre de l’infant. Si Fandor 'etait parvenu `a se glisser `a l’int'erieur de l’Escurial pour y chercher H'el`ene, qu’il croyait enferm'ee, depuis l’incident du bracelet, Fant^omas, de son c^ot'e, avait r'eussi `a gagner les appartements de don Eugenio. Et, tandis que Fandor se d'eguisait en garde civil pour ne point attirer l’attention, Fant^omas, de son c^ot'e, n’h'esitait pas `a s’habiller en infant afin de tenter l’un de ces coups d’audace dont il 'etait coutumier.
`A peine la Recuerda eut-elle hurl'e le nom de Fant^omas qu’elle tirait de son sein un poignard effil'e et se pr'ecipitait vers le G'enie du Crime.
— Fant^omas, hurlait la Recuerda, c’est toi que j’'etais venu chercher ici ! Ah, tu pensais y trouver ta fille, et c’est la Mort qui t’attend ! Allons, je vais venger Backefelder, je vais venger mon amant !
Elle s’'etait si brusquement jet'ee sur le bandit que Fant^omas, n’avait pas eu le temps de se mettre en garde.
La Recuerda leva son poignard, inexorable. Elle allait frapper. Or, Fandor, si stup'efait qu’il f^ut, avait d'ej`a retrouv'e son sang-froid. Un meurtre allait se commettre sous ses yeux. Il ne pensa m^eme pas que c’'etait Fant^omas qui allait en ^etre victime. C’est sans r'efl'echir, qu’il se pr'ecipita en avant, se saisit de la Recuerda, la forca `a reculer, lui tordant la main, lui arrachant son poignard.
Mais Fandor allait ^etre mal r'ecompens'e de son action g'en'ereuse. Fant^omas, lui aussi, s’'etait ressaisi. D'elivr'e de la Recuerda en une seconde, il retrouvait son habituelle pr'esence d’esprit.