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ЖАНРЫ

Les souliers du mort (Ботинки мертвеца)
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— Sans doute, mais cela n’emp^eche rien.

— Qu’allez-vous donc faire `a Paris ?

Alice Ricard eut un 'eclat de rire plus moqueur encore :

— Fi, le vilain indiscret ! Est-ce qu’on demande des choses comme cela ? Mais tant pis, vous avez voulu le savoir, vous le saurez ! Je vais `a Paris pour acheter `a mon mari un cadeau que je lui remettrai lors de son retour. L`a, ^etes-vous content ?

— Oh, c’est cruel, ce que vous m’annoncez l`a. Vous n’auriez pas d^u me le dire.

Et il avait une mine si piteuse que la jeune femme le prit en piti'e :

— Allons, d'eclara-t-elle, ne boudez pas. Si je rentre de bonne heure, demain soir, vous viendrez prendre le th'e avec moi. ^Etes-vous content ?

— Non, je voudrais que vous n’alliez pas `a Paris.

— J’irai pourtant. Allons, embrassez-moi et ne boudez plus.

Elle lui tendit son front et il l’effleura, n’osant donner `a son baiser la voracit'e goulue d’un affam'e d’amour qu’il 'etait, puis joignant les mains :

— Oh, vous ^etes bonne ! Mais vous reviendrez demain, dites ?

— Si vous ^etes sage, oui.

Deux minutes plus tard, l’'epouse du courtier en vins 'etait rentr'ee chez elle et Th'eodore Gauvin, par le sentier tout embaum'e d’aub'epine, regagnait le centre de Vernon.

Le jeune homme naturellement, r^evait. Il 'etait r'eellement amoureux fou de la jolie Alice Ricard et, comme tous les amoureux, comme tous les amoureux tr`es jeunes, du moins, il 'etait incapable de s’apercevoir des moqueries de la jeune femme. Tout ce qu’elle disait lui semblait au contraire exquis, d'elicat, tendre, parfait. Il la jugeait incomparable, aussi bien pour sa beaut'e que pour son coeur.

Dans le sentier, Th'eodore Gauvin, marchant `a pas lents, t^ete baiss'ee, vivait une heure exquise.

— Je l’ai embrass'ee, se disait-il.

Et il avait aux l`evres le go^ut de ce premier baiser qu’il savourait divinement.

Cependant, le fils du notaire e^ut fr'emi s’il avait pu r'eellement conna^itre la femme qu’il aimait et soupconn'e ses intentions.

Th'eodore Gauvin, toutefois, h^ata le pas, arriva chez lui, s’attabla devant des manuels de jurisprudence, car le jeune homme pr'eparait le programme de son baccalaur'eat en droit, dont il devait subir les 'epreuves le mois suivant.

Mais ce matin-l`a, il avait l’esprit ailleurs. Tout en lisant m'ecaniquement le manuel, Th'eodore Gauvin repassait dans sa pens'ee les d'eclarations d’Alice Ricard : Pourquoi, se demandait-il, a-t-elle dit `a son mari qu’elle resterait toute la journ'ee chez elle, alors qu’au contraire, elle part `a Paris ?

Et pervers un peu, bien que tr`es jeune, Th'eodore n’'etait pas loin de deviner qu’il 'etait excellent pour lui que la jeune femme, de temps `a autre, f^ut capable de mentir `a son mari.

Ces r'eflexions, toutefois, s’assombrissaient bient^ot : « Elle s’en va `a Paris, songeait-il encore, pour choisir un cadeau `a son mari. Hum, est-ce bien vrai ? Et ne s’est-elle pas moqu'ee de moi ? »

Th'eodore, qui n’avait connu intimement que le m'enage de ses parents, estimait que sa m`ere n’e^ut jamais menti au respectable tabellion, son p`ere.

Et l’adolescent, dans ces conditions, ne tardait pas `a fr'emir en pensant que, peut-^etre bien, M me Ricard se rendait dans la capitale pour un motif fort diff'erent de celui qu’elle avait invoqu'e.

« Elle est si jolie, pensait le jeune homme. Tant d’hommes, avant moi, ont d^u lui faire la cour. »

Th'eodore Gauvin avait toujours le front baiss'e sur son livre, mais lorsque midi sonna, il 'etait, en r'ealit'e, fort loin des textes qu’il avait sous les yeux.

« Mon Dieu, se dit alors le jeune homme, je suis s^ur qu’elle va `a Paris pour retrouver un amoureux. Ah, si je pouvais le savoir vraiment. Si je pouvais la suivre. »

Brusquement, Th'eodore prit alors sa d'ecision.

« Elle prend le train de deux heures, se dit-il. Je t^acherai de sauter dans le rapide de quatre heures, il ne me sera pas difficile de la retrouver, pardi. Je sais que lorsqu’elle va `a Paris elle prend toujours le th'e `a cinq heures au Korton Palace. J’y arriverai presque en m^eme temps qu’elle. »

Et, sous l’empire de la jalousie, Th'eodore Gauvin ourdissait son plan. Il se voyait dans la grande salle du palace, guettant l’entr'ee d’Alice Ricard. La jeune femme, sans doute, irait s’asseoir `a quelque petite table isol'ee, attendant qu’on v^int la rejoindre. Mais il d'ejouerait ses plans. Ce serait lui qui irait la saluer, et elle serait assur'ement toute troubl'ee de le voir l`a, si 'emue qu’il profiterait de son angoisse pour, enfin, lui parler s'erieusement.

« Parbleu, se disait Th'eodore Gauvin, je lui ferai comprendre tous les dangers de sa conduite, et aussi que je ne suis pas dupe de son rigorisme apparent. Je pense bien qu’alors, elle cessera de plaisanter mon amour, et de toute facon j’aurai une arme contre elle, une arme qui… »

Mais cela n’'etait pas sa v'eritable pens'ee.

Th'eodore Gauvin se pr^etait `a lui-m^eme des intentions de ma^itre chanteur qu’il n’avait point. Non, ce qu’il voulait tout simplement, c’'etait suivre la jeune femme, et la suivre pour savoir ce qu’elle allait faire `a Paris et non pour s’armer contre elle d’une d'ecouverte `a laquelle, tr`es 'epris, l’adolescent ne croyait pas, du reste.

Mais Th'eodore Gauvin tressaillit soudain. H'elas, c’est qu’apr`es avoir fait de longs projets pour 'epier Alice Ricard, le jeune homme se rendait compte brusquement qu’il lui 'etait bien impossible de passer du r^eve `a l’action.

« Ai-je assez d’argent pour aller `a Paris ? se demandait-il, et pourrais-je seulement l’inviter `a d^iner ? »

Th'eodore fouilla dans un tiroir, en sortit une caissette de bois blanc qui lui servait de coffre-fort.

Chaque mois, son p`ere lui remettait cent cinquante francs pour ses menues d'epenses, ce qui, estimait le notaire, 'etait fort g'en'ereux, puisque Th'eodore 'etait d'efray'e de tout.

Combien restait-il dans la caisse ? Fi'evreusement, le jeune homme comptait.

— Quarante-deux francs cinquante, conclut-il tristement d’une voix navr'ee. Je n’ai pas assez.

Un instant, Th'eodore songea `a essayer d’emprunter `a son p`ere quelque argent sur son mois suivant.

Malheureusement, M e Gauvin n’'etait pas l`a, il 'etait parti le matin m^eme faire des d'emarches au Palais de Justice. Il ne devait revenir que le soir.

Aller le trouver 'etait d’ailleurs fort risqu'e :

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