ЖАНРЫ

Франция в эпоху позднего средневековья. Материалы научного наследия
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Pourtant, selon moi, on peut lui faire tout `a fait confiance quand il dit que «ce dit fait ce darrain est'e». Il est vraiment difficile d'admettre qu'il a termin'e son travail au bout de douze mois, c'est-`a-dire `a la fin ao^ut. Mais il faut se rappeler qu'au Moyen ^Age, on appelait 'et'e toute la saison chaude de l'ann'ee, que l'on divisait ainsi simplement en 'et'e et hiver. Aussi l''et'e comprenait une bonne partie de l'automne, et dans ce cas notre auteur pouvait parfaitement terminer son travail pendant «l''et'e».

Quel est l'univers intellectuel et moral de notre auteur et quelle culture avaitil recu dans l'ermitage dont il parle? Ce qui saute aux yeux, ce sont ses connaissances historiques, car il 'evoque souvent des personnages historiques ou mythologiques, qui font partie presque exclusivement des h'eros du pass'e et forment une sorte de panth'eon de la chevalerie. Il ne distingue naturellement pas les figures de la r'ealit'e des figures l'egendaires. Ils sont tous pour lui de vaillants chevaliers auxquelles il compare les participants de la joute de Saumur. Ce sont le roi Artur, et Charlemagne, et Perceval, et Roland, et Jules C'esar, et Hannibal.

Mais ses connaisances historiques sont tr`es confuses.

Alexandre qui conquis plus, Aussi Julius Gayus, Ces trois juits et deux pa"iens. (str. 236)

A qui pense-t-il pour Gaius et Julius et qui est le troisi`eme Juif? On pourrait supposer que Gaius et Julius ne sont autres que Caius Julius C'esar, mais il le nomme un peu plus loin:

Julius C'esar et les siens, Pomp'ee, Cartaige et Priens Qui tant conquisdrent de biens… (str. 236)

Derri`ere toute cette confusion, il y a une culture historique tout `a fait caract'eristique de cette 'epoque, une culture romanesque, c'est-`adire tir'ee des romans de chevalerie. Il a certes lu quelque chose `a c^ot'e. C'est ainsi qu'il cite V'eg`ece, quelques «histoires de Gr`ece, d'Albion, de Troie et de Lut`ece», sans qu'on sache clairement `a quoi il pense en parlant de ces «histoires».

Il ne cite pr'ecis'ement qu'une oeuvre historique: «les histoires de Beauvoir». C'est sans doute «le Miroir historique» de Vincent de Beauvais (str. 138). On peut attribuer la faute d'orthographe (r au lieu de s) `a un copiste. Il renvoie `a cette oeuvre en expliquant l'origine du comt'e de Clermont, qui avait 'et'e au d'epart institu'e pour un des fils du roi Louis IX le Saint, mais notre auteur laisse l`a passer deux fautes dont on peut difficilement rendre responsable le copiste. Il appelle le fils du roi, Haubert, alors qu'il s'appelait Robert et il 'ecrit qu'il 'etait le second fils du roi, alors qu'en r'ealit'e il en 'etait le sixi`eme.

Notre auteur 'etait profond'ement p'en'etr'e des id'ees de son temps, bien que, vu le caract`ere et le genre de son oeuvre, elles ne soient pas expos'ees dans un syst`eme logiquement d'evelopp'e. Pourtant on peut percevoir ses id'ees socio-politiques au travers de pens'ees, remarques et 'epith'etes isol'ees.

Ainsi reproduit-il exactement le sch'ema de l'organisation sociale en trois classes, caract'eristique du Moyen ^Age: guerriers, orants et laborants. De plus, citant ces trois niveaux sociaux, il met `a la premi`ere place les guerriers, la noblesse:

Es nobles la lance et la lame A l'orateur chante de game, Au laboureur, clerc ou bigame, Son labeur en loyal endroit. (str. 233)

Une telle logique selon laquelle la noblesse est plus haute que les autres classes et surtout que le clerg'e, puisqu'elle d'efend le peuple entier les armes `a la main, 'etait `a cette 'epoque propre aux oeuvres des la"ics, des chevaliers, tandis que le clerg'e d'efendait la priorit'e de sa classe. Mais notre auteur, on peut le supposer, 'etait plus attach'e aux oeuvres des 'ecrivains de chevalerie.

Son interpr'etation des bases de l'organisation sociale est excessivement naturaliste: elles sont pr'ed'etermin'ees par la nature et la raison en tant que principaux biens naturels de l'homme. Il 'ecrit `a ce propos:

Raison, qui est sus tout la dame Et doit dominer homme et femme, Donneroit a tout est^at blasme Si chascun ne usoit de son droit Qui autrement faire vouldroit, A nature son train tousdroit Et condicion deffauldroit, R`egle et loy perdroint leur saison. (str. 233)

Recourant `a cette all'egorie de la raison, habituellement repr'esent'ee sous les traits d'une noble dame, il g'en'eralise par l`a-m^eme l'id'ee de raison, en y voyant l'intendant universel, qui g`ere le droit naturel ou la loi de nature. Cette loi est pour partie le droit de chaque condition sociale et de chaque homme, selon lequel chacun doit vivre et s'occuper de la t^ache qui lui est fix'ee.

Ses id'ees politiques sont 'egalement traditionnelles, surtout sa conception des obligations du souverain. Ainsi 'ecrit-il `a propos du roi Ren'e:

Qui tant a mis tout son pouvoir, Son entendement et savoir Et largement de son avoir Au bien de la chouse publique. (str. 228)

Le souverain id'eal est celui qui soutient le bien de la soci'et'e en assurant la justice et en maintenant l'ordre naturel et raisonnable.

Cependant, les id'ees socio-politiques et les r'eminiscences historiques ne sont que des 'el'ements diss'emin'es dans un texte po'etique, inspir'e par l'id'eal courtois et chevaleresque. Son auteur est typiquement le clerc francais qui renonce sans probl`eme aux graves pens'ees sur la mort et sur Dieu pour les vivantes formes qui le ravissent de la culture courtoise et chevaleresque. Une seule fois il se livre `a une r'eflexion sur la mort (str. 20), apr`es quoi dit-il:

Retournons a ceulx du ehastel Et prenons langaige nouvel. Laissons celluy qui n'est pas bel Ny bien consonant a nature Trop plus plaisant est renouvel D'armes, de lance ou de coust'el. (str. 21)

Et qu'estime-t-il le plus? Posant la question: «Ou est plus riche le tr'esor!» (str. 21), il r'epond:

Le parsonnaige, la facture, Le bel maintien et la stature, Au gr'e de noble cr'eature, Cent mille fois trop plus que d'or. (str. 21)

Ce qui nous donne envie de tenter une supposition sur l'^age de notre auteur. Vraisemblablement, il est jeune. Plus m^ur, il aurait montr'e plus de prudence dans ses jugements, surtout 'etant moine.

Toute son oeuvre est p'en'etr'ee de l'esprit courtois; et sous ce rapport il traduit fid`element l'atmosph`ere des f^etes de Saumur. C'est en cela d'ailleurs que se distinguent tous les tournois et joutes du Moyen ^Age. Mais les comp'etitions organis'ees par le roi Ren'e se signalent par un rituel courtois extr^emement 'elabor'e. La joute de Saumur «entreprins fut pour une dame, au gr'e d'amours», (str. 2). L'auteur ne cite pas son nom et se contente de remarquer: «sus mon ^ame on ne saurait plus belle eslire». (str. 2). On a 'emis la supposition qu'il s'agissait de Jeanne de Laval, que le roi Ren'e 'epousa plus tard, apr`es la mort d'Isabelle de Lorraine. Mais elle n''etait pas pr'esente aux f^etes, aussi G. Bianciotto at-il raison de remarquer `a propos de cette dame qu'ici «la fiction amoureuse est pr'esente et en aucune facon voil'ee».{641}

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