Франция в эпоху позднего средневековья. Материалы научного наследия
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L'un des participants, le s'en'echal d'Anjou et de Provence Louis de Beauvau, quand il l''evoque dans son oeuvre po'etique consacr'ee `a une autre joute, organis'ee plus tard par le roi Ren'e `a Tarascon («le pas de la berg`ere»), l'appelle aussi «joute», exactement comme le concours de Tarascon.{625} Et le roi Ren'e, dans le Livre des tournois o`u il d'ecrit justement l'organisation et le d'eroulement des tournois, souligne que leurs participants «se vont b^atant par troppeaux».{626}
`A leur tour les joutes se diff'erencient entre elles selon l'organisation des jeux. Au XVe si`ecle en France, les joutes appel'ees «pas» ou «pas d'armes» 'etaient particuli`erement populaires. Dans ce cas les organisateurs d'elimitaient un certain «pas» ou passage et exigeaient de tous les nobles habilit'es `a combattre, de se mesurer avec eux pour recevoir le droit de passer. Un pas d'armes caract'eristique fut celui de «L'Emprise de la Gueule du dragon», auquel le roi Ren'e prit part `a l'automne 1446, et qui est bri`evement d'ecrit au d'ebut du manuscrit de P'etersbourg. Les organisateurs, quatre nobles chevaliers, firent savoir que sur le route de Rasilly `a Chinon les dames et les demoiselles ne pouvaient passer qu'accompagn'ees de nobles chevaliers qui devaient se mesurer avec les d'efenseurs du pas («les tenants») et rompre avec eux deux lances (str. 10).
Il est curieux que Voltaire, qui avait dans sa biblioth`eque une 'edition de Vulson de la Colombi`ere avec une description d'etaill'ee des deux joutes de 1446, en fasse mention dans l'Essai sur les moeurs en affirmant que c'est justement le roi Ren'e qui 'etait le l'egislateur du «pas d'armes» en France{627}. L'affirmation, bien s^ur, est inexacte mais tout `a fait int'eressante. Gr^ace `a Vulson, et en fin de compte au manuscrit de P'etersbourg dont il reproduit le contenu, le «pas d'armes», pour bien des g'en'erations suivantes, se trouva 'etroitement li'e au nom de ce roi.
L'ann'ee de la joute de Saumur, 1446, a son int'er^et{628}. Comme l''ecrit notre auteur, c''etait:
En l'an apr`es que le desroy Des guerres fut mis en arroy… (str. 9)Il pense `a la tr^eve de deux mois conclue entre le roi Charles VII et les Anglais en mai 1444 et qui se prolongea jusqu'en 1449. Cette tr^eve fut particuli`erement importante pour le roi Ren'e, dans la mesure o`u, lors de sa conclusion, fut obtenu des ambassadeurs anglais un accord sur le mariage de sa fille Marguerite avec le roi d'Angleterre Henry VI, mariage qui eut lieu en 1445. La m^eme ann'ee, il marie sa fille Yolande `a Ferry, comte de Vaud'emont, ou de Lorraine, qui participa avec son 'epouse aux f^etes de Saumur de 1446.
Le chroniqueur Mathieu d'Escouchy 'ecrit `a propos de cette ann'eel`a:
«Et pendant le temps de l'an Ц46 dessusdit, `a cause de ce que les tr^eves d'entre les Franchois et les Anglois se entretenaient assez seurement, et que les seigneurs et nobles hommes n'avoient mis grant occupation pour le fait de la guerre, se commancerent `a mettre sus plusieurs joustes de par le Roy de France, les princes et grans seigneurs, et aussy aultres esbatemens de grans coustaiges et deepens, affin de entretenir leur gens sur l'exercice des armes, et aussy pour passer temps plus joyeusement. Et entre les aultres, les Roys de France et de Sicile (Ren'e d'Anjou) … en firent et souffrirent faire pluseurs et de diverses mani`eres en pluseurs lieux, qu 'il y avoit certain nombre de chevaliers ou nobles `a garder ung pas, qui estoit desnomm'e par propre nom, contre tous iceulx qui aler ou passer y verroient».{629}
Ici le chroniqueur se trompe en supposant que Charles VII participa lui aussi `a la joute de Saumur. C'est `a son instigation que furent organis'ees quelques joutes dont celle de Nancy en 1445 qu'il honora effectivement de sa pr'esence. Mais il est caract'eristique que la joute de Saumur `a ses yeux 'eclipsait toutes les autres. Le bruit qu'elle fit s'en r'epandit si loin que dans la pens'ee des observateurs 'etrangers, pendant un certain temps, tous les concours de chevalerie de quelque importance semblaient s'^etre d'eroul'es `a Saumur.
Les f^etes commenc`erent le 26 juin et devaient durer 40 jours. Mais quand ce d'elai fut 'ecoul'e, on les prolongea de deux jours et elles prirent fin le dimanche 7 ao^ut. Il est vrai que l'auteur de notre texte indique le 8 ao^ut, mais le 8 ao^ut 'etait cette ann'ee-l`a un lundi, et il dit lui-m^eme que la f^ete se termina un dimanche (str. 1999, 213).
Mais o`u se d'eroula-t-elle? La question est importante puisque `a ce propos se sont constitu'ees deux l'egendes assez tenaces qui ne sont confirm'ees ni par des documents ni par notre texte. D'abord, `a la suite de Lecoy de La Marche, toute une s'erie d'auteurs affirment que tout se passa dans le ch^ateau de Launay, non loin de Saumur{630}. Ce ch^ateau avait 'et'e acquis par le roi Ren'e peu de temps auparavant, en 1444. Mais, ni dans les documents conserv'es, ni dans notre texte ce ch^ateau n'est indiqu'e comme lieu de d'eroulement des festivit'es. Au contraire, dans le manuscrit de P'etersbourg, l'auteur parle `a plusieurs reprises du ch^ateau de Saumur (str. 3, 31), et dans les comptes que l'on a conserv'es, le spectacle est mentionn'e seulement sous le nom de «pas de Saumur». Comme le fait remarquer Ch. de M'erindol, le roi Ren'e, apr`es avoir achet'e Launay, y entreprit de grands travaux de restauration et au moment de la joute, ces travaux battaient leur plein{631}. Aussi 'etait-il impossible d'y organiser une joute. Lecoy de La Marche a apparemment confondu les comptes qui concernent le co^ut de ces travaux avec le co^ut de l'organisation de la joute.
La deuxi`eme l'egende fut lanc'ee par Vulson de la Colombi`ere, qui affirme que le roi Ren'e avait fait construire, sp'ecialement pour cette joute, un ch^ateau factice en bois.{632} Quatrebarbes s'empara de cette version, et de Quatrebarbes elle alla voyager jusqu'`a I. Huizinga.{633} En r'ealit'e il n'y eut jamais de ch^ateau en bois. G. Bianciotto fut le premier `a le faire remarquer, en indiquant que la f^ete fut organis'ee au ch^ateau de Saumur.{634} Vulson avait mal interpr'et'e les mots de l'auteur du manuscrit de P'etersbourg, qui parle du ch^ateau de Saumur comme d'un «chastel fait par artifice» (str.31), pensant, sans aucun doute, au grand art avec lequel il avait 'et'e construit. Dans un autre passage, il note la magnificence du ch^ateau (str. 3), qui 'etait en effet `a cette 'epoque l'un des plus beaux ch^ateaux de France. Devenu en 1360 la principale r'esidence de l'oncle de Ren'e, le duc Louis Ier d'Anjou, il fut restaur'e `a si grands frais qu'il pouvait rivaliser en luxe avec les plus beaux ch^ateaux de ses fr`eres, le roi Charles V et le duc Jean de Berry.
Les festivit'es se d'eroul`erent donc dans ce magnifique ch^ateau et c'e^ut 'et'e une fantaisie extravagante et inutilement co^uteuse de construire tout `a c^ot'e un ch^ateau en bois. `A la distance d'une demiport'ee de fl`eche, on avait suspendu sur une colonne de marbre un 'ecu que gardaient deux lions flanqu'es de deux «sarrazins». A c^ot'e se d'eployait une tente o`u se tenait un nain, charg'e, `a chaque fois que quelqu'un frappait l''ecu de la lance pour d'efier ainsi un des «tenants du pas», de le faire savoir au ch^ateau, o`u se pr'esentait un «assaillant» en compagnie de sa dame. Comme dans les autres joutes du Moyen ^Age tardif, on utilisait ici une sorte de livret dont les motifs 'etaient tir'es des romans de chevalerie. Le nain aussi bien que le sarrazin en sont des personnages assez habituels. Dans la joute de Saumur, ils composent la «joieuse garde», et l'auteur de notre texte 'ecrit en mani`ere d'explication:
Et pour ce qu 'on trouve en escript Es anciens romans, ou on lit Qu'avoit jadis mal et d'elit Lors en la Doloureuse garde, Quant Lancelot le gean prit, Son escu tumba par despit Devant le nain qui le reprit, Commis au paveillon pour garde, Puis la nomma Joieuse garde. (str. 4)Les assaillants, qu'on appelait les «estrangers», 'etaient install'es non loin de l`a dans un monast`ere, o`u ils s''equipaient pour le combat et recevaient instructions et recommandations de l'ermite qui y vivait.
Hermite qui les adressoit, L'emprinse savoir leur faisoit Du pas et chascun conseilloit Comment il se gouverneroit Affin d'avoir pris et ruby. (str. 24)