L'agent secret (Секретный агент)
Шрифт:
— Et puis, zut ! s’'ecria-t-il, tout cela n’est pas clair ! j’ai beau vouloir me persuader du contraire, ca n’est pas vrai ; il y a du myst`ere dans cette histoire-l`a !
Ces officiers, d’une part, ce diplomate de l’autre, et puis surtout cette personne 'enigmatique, ni domestique, ni femme du monde, qui m’a tout l’air de jouer, sinon un double r^ole, du moins un triple, peut-^etre un quadruple…, mon vieux Fandor il n’y a rien `a faire pour s’en aller dans le Midi, faudra voir l’ami Juve et 'eclaircir ces aventures…
5 – NE R^EVEZ PAS TROP `A FANT^OMAS
En habitu'e de la maison, Fandor qui avait ouvert la porte d’entr'ee de l’appartement de Juve avec le passe-partout qu’il poss'edait par faveur toute sp'eciale, traversait la p'enombre du corridor et se dirigeait vers le cabinet de son ami. Il souleva la tenture, entrouvrit la porte. Juve 'etait `a son bureau :
— Ne vous d'erangez pas, c’est moi, Fandor…
L’inspecteur de la S^uret'e 'etait `a ce point absorb'e par la lettre qu’il 'ecrivait qu’il n’avait m^eme point entendu le journaliste ; au son de sa voix il tressaillit.
— Comment, c’est toi !… je te croyais envol'e depuis hier vers la C^ote d’Azur ?…
— J’esp'erais bien partir hier soir… en effet… seulement, vous savez, Juve, dans mon m'etier, comme dans le v^otre d’ailleurs, il est stupide de faire des projets…
— Et alors ? fit-il…
— Et alors quoi ? Juve…
— Et bien, mon cher Fandor, je te demande ce qui me vaut le plaisir de ta visite ?
Mais Fandor semblait peu dispos'e `a r'epondre.
Il venait de se d'ebarrasser de son chapeau, de son paletot. Maintenant il tirait de sa poche un 'etui `a cigarettes. Il choisissait un mince rouleau de tabac qu’il allumait soigneusement, semblant trouver un v'eritable d'elice aux premi`eres bouff'ees qu’il rejetait vers le plafond.
— Il fait beau, Juve…
Le policier de plus en plus 'etonn'e consid'erait le journaliste avec une attention extr^eme :
— Ah c`a ! fit-il `a la fin, qu’est-ce qui te prend, Fandor ? Pourquoi me fais-tu cette t^ete-l`a ? Pourquoi n’es-tu pas en voyage ?… Sans ^etre indiscret je suppose tout de m^eme que tu as d’autres motifs d’^etre pr'eoccup'e que la pluie et le beau temps ?
— Et vous, Juve ?
— Comment, et moi ?
— Juve, je vous demande pourquoi vous ^etes boulevers'e ?
Le policier se croisa les bras :
— Ma parole, mais tu perds la t^ete, Fandor ! demanda-t-il, tu trouves que je suis boulevers'e ?
— Juve, vous avez une figure de l’autre monde !
— Vraiment ?
— Juve, vous ne vous ^etes pas couch'e…
— Je ne me suis pas couch'e ! `a quoi le vois-tu ?
Fandor s’approcha du bureau de travail et du doigt d'esigna sur le coin du meuble une s'erie de cigarettes dispos'ees les unes `a c^ot'e des autres et qui n’avaient pas 'et'e compl`etement fum'ees.
— Ah c`a, je ne doute pas, Juve, qu’on ne mette en ordre votre cabinet tous les matins ; or, voici vingt-cinq bouts de cigarettes au moins, les uns `a c^ot'e des autres… vous ne les avez certainement pas fum'ees dans cette seule matin'ee, par cons'equent vous les avez allum'ees cette nuit, par cons'equent encore vous ne vous ^etes pas couch'e…
Juve goguenarda :
— Continue, petit, tu m’int'eresses…
— Et enfin, ces bouts de vos cigarettes sont m^ach'es, m^achonn'es, d'echir'es… signe indiscutable de grand 'enervement… donc…
— Donc, Fandor ?
— Donc, Juve, je vous demande ce que vous avez ?… voil`a tout…
— J’'etudie, dit Juve, une affaire qui m’int'eresse…
— Grave ?
— Peut-^etre…
— Voyons, dit Fandor, r'epondez-moi si vous le pouvez, Juve… je suis s^ur, rien qu’`a votre attitude, qu’il se passe des choses importantes, vous ^etes tr`es 'emu pour une raison que je ne soupconne m^eme pas ? Puis-je vous ^etre utile ? Voulez-vous me confier votre secret ?
— Me confies-tu le tien ?
— Je vous le confierai dans trois minutes…
Juve, quelques minutes encore sembla r'efl'echir, puis enfin et la voix soudainement chang'ee, devenue grave, sifflante, il avoua :
— Tu es au courant de la mort subite du capitaine Brocq ?… Tu sais que j’ai d'ecouvert que c’est un assassinat ?… c’est cette affaire qui m’occupe…
En entendant nommer l’« affaire Brocq » Fandor n’avait pu se d'efendre d’un haut-le-corps :
— Vous vous occupez de Brocq, Juve… vous avez lu mes articles ?
— Oui, tr`es int'eressant…
— Ca manque de conclusion, Juve… mais enfin, je ne pouvais faire mieux jusqu’`a pr'esent, n’ayant aucune documentation pr'ecise… ^etes-vous arriv'e `a une certitude, vous ? Savez-vous qui a fait le coup ?
— Tu ne t’en doutes pas, Fandor ?
Le journaliste allait r'epondre, le policier ne lui en laissa pas le temps. Mais Juve devait ^etre en proie `a une grande 'emotion pour p^alir comme il p^alissait en se levant `a moiti'e de son si`ege pour se pencher vers Fandor, le mieux voir, les yeux dans les yeux.
— Que voulez-vous dire, Juve ?
— Ce que je veux dire, petit ? Sais-tu qui a tu'e le capitaine Brocq ?
— Non, qui ?…
— Fant^omas !
— Fant^omas ! vous accusez Fant^omas d’avoir tu'e le capitaine Brocq ?
Les deux hommes se regardaient maintenant, en silence.
En une seconde dans le flot de ses souvenirs, Fandor revoyait tout ce qu’il savait d’atrocit'es imputables `a Fant^omas. Il pensait revivre ces derni`eres ann'ees v'ecues dans une lutte quotidienne avec le myst'erieux criminel…
Fant^omas !
Mais Juve lui-m^eme ne lui avait-il pas dit qu’apr`es le drame de la rue Norvins, l’insaisissable bandit avait 'et'e contraint `a la fuite ? et voil`a qu’il l’accusait d’un nouveau m'efait…
Et Fandor songeait encore `a ses propres conclusions sur l’affaire Brocq. S’'etait-il donc tromp'e en croyant `a un drame de l’espionnage ? Crime ou assassinat politique ?
Fandor n’ignorait rien de ce qui concernait la facon myst'erieuse dont l’officier avait 'et'e frapp'e d’une balle au coeur, mais ce qu’il importait de savoir 'evidemment, c’'etait le pourquoi de cette balle, c’'etait l’identit'e du tireur qui, en pleine place publique avait os'e ajuster l’officier, l’avait tu'e au milieu de la foule ?