ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
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Puis, les 'ev'enements s’'etaient pr'ecipit'es. Lady Beltham avait appris, par le r'ecit des journaux, l’extraordinaire aventure du palais de Justice. `A deux ou trois reprises, elle avait voulu sortir. Fuir cette maison de Ville-d’Avray qu’elle sentait devenir de plus en plus suspecte. Mais elle n’avait pas os'e. `A chaque fois, en effet, qu’elle voulait partir, elle avait l’impression qu’on l’'epiait, que, de tout c^ot'e autour d’elle, s’organisait une surveillance active et minutieuse.

Et lady Beltham avait peur de tout et de tous. Elle n’'eprouvait d'esormais plus de sympathie que pour deux personnes au monde : ce gentil couple d’amoureux qui, pendant quelque temps, avaient consid'er'e sa maison comme un asile s^ur pour y abriter leurs caresses et qu’elle avait d^u leur interdire pour leur 'eviter un malheur.

Depuis trois soirs, lady Beltham sortait de sa cachette vers dix heures. D`es lors, comme une ^ame en peine, comme un revenant, elle errait dans la maison et dans le jardin, 'ecoutant sans cesse, tressaillant au moindre bruit.

Or, ce soir-l`a, comme si elle avait 'et'e mue par un pressentiment, lady Beltham se sentait plus nerveuse, plus inqui`ete encore qu’`a l’ordinaire. Elle avait l’impression, la certitude presque, qu’il allait se passer quelque chose de d'efinitif, et de terrible en m^eme temps.

Lady Beltham, pourtant, ne pouvait soupconner la v'erit'e.

Trois groupes de personnages s’acheminaient, en effet, par des voies diff'erentes, vers la myst'erieuse maison de l’avenue des Peupliers.

Il y avait, d’une part, l’automobile de Fant^omas dans laquelle se trouvait avec le bandit l’acteur Dick, la voiture tragique d’o`u s’'etait 'echapp'e, au d'epart de Paris, un cri d’angoisse, un hurlement de douleur, un r^ale.

D’autre part, il y avait le taxi-auto lou'e par H'el`ene et Sarah Gordon, qui venaient l`a comme `a un rendez-vous dont seule H'el`ene connaissait le v'eritable but.

Il y avait enfin, toutes les voitures r'equisitionn'ees par le chef de la S^uret'e, voitures emmenant une vingtaine d’agents arm'es. Au nombre de ces voitures il y en avait une o`u Juve et Fandor se trouvaient.

Lady Beltham qui avait p'eniblement gravi les marches du sous-sol, acc'edant au rez-de-chauss'ee, arrivait dans le hall de la maison. Il y faisait une lumi`ere discr`ete, et, drap'ee de blanc, cependant que ses longs cheveux blancs 'egalement 'etaient 'epars sur ses 'epaules, la grande dame 'ecouta avec une secr`ete angoisse le silence de la nuit.

Oh, cette nuit sombre d’o`u se d'egageait une chaleur moite, une torpeur d’orage ! On n’entendait rien, absolument rien. Pour un peu, lady Beltham aurait percu les battements de son coeur.

Et, tandis qu’elle r'efl'echissait, instinctivement sa pens'ee se reportait `a dix ans en arri`ere :

Dans une maison mis'erable, situ'ee aux environs de la prison de la Sant'e, elle avait v'ecu sensiblement `a la m^eme 'epoque, une nuit d’angoisse, de terreur et d’'emotion semblable `a celle-ci, une nuit que rien au monde ne pouvait effacer.

C’'etait la nuit effroyable qui avait pr'ec'ed'e imm'ediatement l’aube de l’ex'ecution de Fant^omas.

Et lady Beltham 'etait alors haletante dans cette maison, attendant l’arriv'ee de l’acteur Valgrand, qu’elle avait d'ecid'e de substituer `a son amant :

L’effroyable machination avait r'eussi, et lady Beltham en condamnant un innocent, avait sauv'e la t^ete de Fant^omas.

Cela s’'etait pass'e il y avait dix ans, mais lady Beltham en revivait les p'erip'eties comme au premier jour ; alors, elle 'etait jeune et belle, et Fant^omas 'etait follement 'epris d’elle.

Les choses avaient chang'e. L’amant de la grande dame 'etait devenu plus cruel, plus sanguinaire, mais il 'etait rest'e aim'e. Lady Beltham s’'etait d'egrad'ee pour lui, et folle de cet ^etre, avait d'ecid'e d’en faire sa victime.

Car lady Beltham 'etait toujours convaincue que son assassin, c’'etait Fant^omas.

Et d`es lors, dans son coeur de femme 'eprise, 'etait n'ee une haine irr'eductible qui s’aggravait d’un sentiment effroyable de jalousie. Si Fant^omas avait voulu la tuer, c’est parce qu’il en aimait une autre et, depuis ce moment, depuis qu’elle avait miraculeusement 'echapp'e `a la mort, lady Beltham ne songeait plus qu’`a une chose : se venger du tra^itre, avant d’expirer.

Lady Beltham, soudain tressaillit. Un bruit se faisait entendre dans le jardin. Un bruit de pas. La grande dame pr^eta l’oreille.

— Mon Dieu, balbutia-t-elle, que votre volont'e s’accomplisse.

Lady Beltham sentit, devina plut^ot, que l’heure solennelle avait sonn'e. D’une main qui ne tremblait pas, elle arma son revolver et attendit.

Les bruits de pas s’'etaient att'enu'es, puis, sur le perron de la maison, lady Beltham vit para^itre quelqu’un : une seule personne.

C’'etait une femme, Sarah Gordon.

Lady Beltham la reconnut et son coeur se serra, une violente douleur l’'etreignait, pareille `a une morsure.

N’avait-elle pas d'esormais, devant elle, la femme qu’elle croyait ^etre la ma^itresse de Fant^omas ? Ne l’avait-elle pas vue s’enfuir, il y avait de cela une dizaine de jours, entra^in'ee par l’homme `a la cagoule, alors qu’elle se trouvait dans cette maison, alors que lady Beltham elle-m^eme ne pouvait s’'elancer sur leurs traces, oblig'ee qu’elle 'etait de se d'efier de Fandor et de fuir devant les recherches que le journaliste faisait dans sa maison ?

Si lady Beltham n’avait 'ecout'e que sa jalousie, elle aurait tir'e l^achement sur la silhouette de l’Am'ericaine, qui se pr'ecisait de l’autre c^ot'e de la porte, se rapprochait d’elle peu `a peu.

Mais lady Beltham se dominait. Avant d’agir, elle voulait savoir la v'erit'e tout enti`ere, avant de se venger. Il lui fallait acqu'erir la certitude qu’elle 'etait trahie de toutes les facons.

Et lady Beltham d'ecida de parler `a cette femme, de l’interroger, d’obtenir ses aveux.

Mais soudain, Sarah Gordon, qui s’avancait, recula dans l’ombre du jardin. On venait d’entendre ronfler dans l’avenue une automobile, dont trois hommes descendaient. La lueur des phares de la voiture permettait `a lady Beltham de les voir dans la nuit. Elle poussa un cri de d'esespoir. Ces hommes marchaient se tenant par le bras, semblait-il, en r'ealit'e ils 'etaient deux, plac'es de part et d’autre d’un troisi`eme personnage qu’ils soutenaient 'etroitement, la main sous les aisselles.

Or, ce troisi`eme personnage 'etait drap'e dans un grand manteau noir, il avait une cagoule sur le visage.

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