Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
Шрифт:
Chamb'erieux triomphait :
— Ah, voil`a qui doit enlever tous les soupcons. On ne pourra plus dire que c’est moi qui ai vol'e ces bijoux. L’escroc est 'evidemment la personne qui, ayant occup'e cette chambre pendant toute la nuit, a pu tranquillement truquer le meuble, truquer la muraille d’`a-c^ot'e, a mis les bijoux dans le tiroir, puis, en sortant, est pass'e dans la chambre voisine et a op'er'e son vol en toute s^uret'e.
Le marquis de Tergall l’interrompit :
— Assez. Si je ne respectais le magistrat qui nous accompagne, je vous rentrerais vos mensonges dans la gorge.
Le juge intervint :
— Du calme, monsieur le marquis. En effet, n’oubliez pas que je suis l`a.
— C’est moi qui ne l’oublie pas, monsieur le juge d’instruction, reprit Chamb'erieux, j’imagine que maintenant vous allez d'ecerner un mandat d’arr^et.
— Pardon, interrompit le greffier, M. Moutin, qui occupait la chambre d’`a c^ot'e ?
— Au 29, dit l’h^otelier, accabl'e, il y avait cette nuit l’abb'e Jeandron, oui, le vicaire de Ponc'e.
— Peu importe, dit le juge, une seule chose est certaine, le vol a 'et'e commis de sa chambre. S’il 'etait dans sa chambre au moment du vol, c’est lui qui l’a commis. Dites-moi, Moutin, savez-vous `a quelle heure M. l’abb'e Jeandron est sorti ?
M. Moutin disparut dans l’escalier, en criant :
— Je vais le demander `a ma femme.
Il reparut tra^inant derri`ere lui M me Moutin.
— Eh bien, monsieur le juge, je puis vous renseigner. Comme je fais attention `a ce que ma maison soit bien tenue, je m’arrange toujours pour ^etre `a la caisse le matin. J’ai fait la remarque justement que M. l’abb'e Jeandron s’'etait lev'e fort tard, il est parti d’ici `a onze heures dix.
— `A onze heures dix, vous en ^etes s^ure, madame ?
— Absolument.
M. Morel se tournait vers M. Chamb'erieux :
— Et le vol a eu lieu, `a quelle heure exactement ?
— `A onze heures, M. le marquis de Tergall n’'etait pas revenu. `A onze heures et quart j’ai ouvert le tiroir et j’ai d'ecouvert le vol, donc, monsieur le juge d’instruction, le voleur peut tr`es bien ^etre ou le marquis de Tergall, ou l’abb'e Jeandron.
— Retenez cette d'eclaration, monsieur le juge d’instruction, dit le marquis, elle est capitale. Je puis en effet prouver qu’entre onze heures et le quart, j’'etais `a la Banque, occup'e `a toucher les fonds. Par cons'equent, je ne pouvais pas me trouver dans la chambre voisine. Je m’empresse, d’ailleurs, d’ajouter, monsieur le juge, que les deux cent cinquante mille francs qui m’ont 'et'e vers'es `a la banque, je suis tout pr^et `a les consigner entre vos mains. Jusqu’`a ce que cette affaire soit 'eclaircie.
— C’est cela, dit Chamb'erieux.
— Monsieur le marquis, d'eclara le juge d’instruction, votre proc'ed'e vous honore, mais je n’ai pas qualit'e malheureusement pour accepter cet argent. Si je vous entends bien, vous voudriez le d'eposer entre mes mains ? Cela ne se peut pas. Un tel d'ep^ot aurait l’air d’une restitution. D’ailleurs, j’ajoute, monsieur de Tergall, que vous n’^etes en somme pas directement int'eress'e `a cette affaire. Au point de vue juridique, au moment o`u vous avez accept'e le ch`eque de M. Chamb'erieux, et o`u vous avez remis les bijoux `a sa garde, la vente 'etait « parfaite ». Ce ne sont pas vos bijoux qui ont 'et'e vol'es, ce sont les bijoux de M. Chamb'erieux.
Chamb'erieux approuva :
— On m’a toujours dit en effet que le Code prot'egeait les escrocs.
« 'Ecoutez, reprit le gros bijoutier, de deux choses l’une, monsieur le juge, ou le marquis a vol'e et il faut le boucler, ou c’est cet abb'e Jeandron. Et il faut le boucler lui aussi.
Tergall l’interrompit :
— Voyons, monsieur le juge, il y a quelque chose qui m’innocente enti`erement, c’est que, si, `a la rigueur, on peut admettre que je sois venu dans la chambre de l’abb'e Jeandron pour y voler les bijoux, il est bien certain que je n’aurais pas eu le temps suffisant pour percer le mur, percer la commode, entre le d'epart de l’abb'e et la d'ecouverte du vol, en cinq minutes. Or, d’autre part, comme je suis arriv'e `a l’h^otel, hier soir, vers vingt-trois heures trente, comme `a cette heure l’abb'e Jeandron occupait la chambre, je n’ai pas pu y venir percer la muraille.
— Mais alors, ce serait l’abb'e Jeandron qui serait le coupable ? s’exclam`erent en m^eme temps M. et M me Moutin.
Sur ce, un pas pesant se fit entendre dans l’escalier.
— Mais le voil`a, s’'ecria M me Moutin, c’est pr'ecis'ement l’abb'e Jeandron qui rentre.
Dix minutes plus tard, l’abb'e mis au courant de l’affaire, protestait 'energiquement.
— Monsieur l’abb'e, lui dit l’excellent juge d’instruction, vous comprendrez la gravit'e des charges qui p`esent contre vous ? Voyons, pouvez-vous nous donner votre emploi du temps ? Et d’abord, vous ^etes vicaire `a Ponc'e, qu’'etiez-vous venu faire hier soir `a Saint-Calais ?
— Je suis venu hier soir, coucher `a Saint-Calais, parce que j’'etais appel'e par d'ep^eche `a la chapelle qui se trouve sur la route du Mans et que vous connaissez certainement, parce que j’y avais rendez-vous aujourd’hui `a midi et quart.
— Vous avez cette d'ep^eche ?
— Non. Je ne l’ai pas.
— Elle est au presbyt`ere ?
— Non, monsieur le juge. Elle est dans ma poche.
— Dans votre poche, mais alors.
— Pourquoi vous ai-je dit que je ne l’avais pas ? Mon Dieu, tout simplement parce que je ne voulais pas la montrer.
— Pourquoi ?
— Elle est de nature confidentielle.
— Monsieur l’abb'e je ne vous comprends pas du tout.
L’abb'e Jeandron r'efl'echit quelques secondes, puis d'eclara :
— Monsieur le juge, je suis venu `a Saint-Calais pour pouvoir me rendre, ainsi que je vous l’ai d'ej`a dit, `a midi et quart, `a la chapelle pour y 'ecouter, en confession, un p'echeur qui m’y avait donn'e rendez-vous. Ce p'echeur je l’ai entendu. Je sais, maintenant, que si je vous fournissais le moindre renseignement, je manquerais gravement au secret. Je dois donc me taire, sur tout ce qui le concerne. Je puis en revanche, ^etre moins discret sur ce qui ne regarde que moi. Vous me demandiez tout `a l’heure l’emploi de mon temps. J’ai quitt'e Ponc'e hier soir, je suis arriv'e `a vingt heures, ici. Je me suis couch'e tout de suite. Ce matin, je me suis lev'e `a sept heures, je suis tout de suite sorti. Je me suis rendu `a la chapelle dont je vous ai d'ej`a parl'e, j’y ai dit ma messe. `A midi et quart je recevais mon p'enitent, que je quittais `a deux heures et demie, puis je suis revenu `a pied `a l’h^otel. Et me voici. Je puis vous donner ma parole que je n’ai rien remarqu'e d’anormal dans la chambre voisine, ce matin `a sept heures, sept heures trente, moment o`u je l’ai quitt'ee. Apr`es mon d'epart, je ne sais ce qui a pu se passer.
— Greffier, dit M. Morel, veuillez donc relire la d'eclaration faite tout `a l’heure par M me Moutin.
Le greffier tourna et retourna des pages, ^anonna des d'ebuts de phrases, puis, enfin, lut la d'eposition de l’h^oteli`ere :
« Comme je fais attention `a ce que ma maison soit bien tenue, je m’arrange toujours pour ^etre `a la caisse dans la matin'ee, j’ai remarqu'e que M. l’abb'e Jeandron s’'etait lev'e fort tard, il est parti d’ici `a onze heures dix, j’en suis absolument certaine… »