Le mariage de Fant?mas (Свадьба Фантомаса)
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Et comme Juve s’interrompait, Fandor souriait :
— Dites donc, c’'etait surtout pour moi que la minute 'etait fichue. Je vous avais reconnu, savez-vous ?
— Je l’ai bien compris `a ton mouvement alors que tu commencais `a monter sur l’'echafaud. Mais passons. Donc Fandor on m’emportait. `A ce moment, je t’avoue que j’'etais pr^et `a tout, je cherchais dans la poche de mon pantalon mon fid`ele browning et je m’appr^etais `a faire une b^etise, `a tirer sur le bourreau, `a massacrer le plus de monde possible, `a te sortir co^ute que co^ute d’affaire ou du moins `a t^acher de te sortir d’affaire, car c’'etait `a peu pr`es impossible, lorsque subitement, je me suis tenu tranquille et je suis devenu doux comme un petit saint Jean. Ah, mon cher Fandor, je te donne en mille pourquoi j’ai cess'e de me d'ebattre ?
— Parbleu, vous veniez de vous rappeler que vous 'etiez mon h'eritier, Juve.
— Tais-toi, sacr'e farceur, tu plaisanteras tout `a l’heure si le coeur t’en dit. En ce moment, 'ecoute-moi. Devines-tu pourquoi je cessais de me d'ebattre ?
— Ma foi, non, que diable pouviez-vous voir ?
Mais Juve ne se h^ata pas de r'epondre. Il sourit, il fit une petite pause et seulement, quand Fandor sembla pr^et d’'eclater, fou d’impatience, il se d'ecida `a reprendre :
— Mon bon Fandor, disait Juve, `a ce moment je voyais beaucoup de monde autour de moi et dans ce beaucoup de monde, j’ai apercu une femme, une femme qui me faisait signe de me taire, une femme qui 'etait bl^eme d’'emotion, qui me suppliait de me tenir tranquille.
— Qui 'etait-ce ?
— C’'etait H'el`ene, Fandor ! La fille de Fant^omas, c’'etait celle que tu aimes, qui t’aime, c’'etait celle `a qui tu dois la vie.
Et comme, devenu bl^eme `a son tour, Fandor, fou de joie `a la pens'ee qu’H'el`ene l’avait sauv'e, se taisait, Juve, reprit lentement :
— On me l^achait `a cet instant, H'el`ene m’approchait. Tandis que l’on se bousculait autour de nous, je l’entendais qui me disait :
— Juve, le bourreau est gagn'e, j’ai pu faire intervenir le roi, ne vous inqui'etez pas, il a l’ordre formel d’'epargner Fandor, soyez `a cinq heures au bois de Campana. J'er^ome Fandor vous y rejoindra.
Mais Fandor n’'ecoutait plus Juve. Tout bas, le journaliste comme victime d’une nouvelle hallucination, r'ep'etait un mot, un nom :
— H'el`ene, disait J'er^ome Fandor, c’est H'el`ene qui m’a sauv'e.
— Parfaitement. Tu peux dire qu’elle a habilement fait les choses. Mon petit Fandor, apr`es m’avoir annonc'e que je te retrouverais `a cinq heures au bois de Campana, l`a o`u nous nous sommes retrouv'es, en effet, puisque c’est l`a que la voiture dans laquelle on t’a jet'e t’a conduit, H'el`ene a disparu, elle s’est perdue au sein de la foule qui se bousculait toujours pour mieux voir. J’ai cherch'e `a la retrouver. En vain. J’ai parcouru la Plaza Mayor dans tous les sens. H'el`ene 'etait partie.
Et tout bas Juve ajoutait :
— Mais ma foi, je m’en contrefichais. Ce qui m’int'eressait avant tout, c’'etait de savoir si tu 'etais sauf. Retrouver H'el`ene, dame, c’est `a quoi nous allons nous occuper maintenant, maintenant que le Sud-Express vient de nous faire franchir la fronti`ere et que tu es d'efinitivement hors de la main des capucins. Tout de m^eme, sais-tu que tu lui dois une fi`ere chandelle `a la fille de Fant^omas ?
Et cette fois, Juve se taisait, n’ajoutait pas un mot. Fandor ne l’'ecoutait plus. Le front entre les mains, il songeait 'eperdument, il oubliait la mort qui avait 'et'e si proche, il oubliait les angoisses des derni`eres heures qu’il avait v'ecues, il pensait `a la fille de Fant^omas, `a celle qu’il aimait de toute son ^ame.
25 – L’AMOUREUSE DU BARON
Lorsque Delphine Fargeaux avait assist'e en t'emoin horrifi'e au meurtre de Backefelder, elle s’'etait enfuie, affol'ee, se demandant si elle ne courait pas elle-m^eme un terrible danger et si la Recuerda, en s’'echappant, n’allait point se jeter sur elle et lui faire subir le sort du malheureux milliardaire am'ericain.
Ce n’est qu’une demi-heure plus tard, alors qu’elle 'etait partie `a l’aventure, qu’elle avait suivi des rues au hasard, tourn'e sur elle-m^eme, qu’elle s’'etait perdue dans Paris, que Delphine Fargeaux retrouvait son calme et se rendait compte que ses craintes 'etaient vaines et qu’en r'ealit'e, si la Recuerda avait tu'e Backefelder, c’est que, tr`es probablement, elle avait eu des motifs d’en vouloir `a l’Am'ericain alors qu’elle n’en avait aucun, qu’elle ne pouvait pas en avoir pour se venger de Delphine.
La petite m'eridionale cependant, timide et coquette `a la fois, son premier 'emoi pass'e, se passionnait pour les faits dont elle venait d’^etre t'emoin.
— C’est inimaginable, songeait-elle, c’est du roman-feuilleton. Comme on n’en inventerait pas.
Et elle se faisait l’effet d’une h'ero"ine.
Si Delphine Fargeaux, d’ailleurs, avait 'et'e atterr'ee par le crime qu’elle avait vu se commettre sous ses yeux, n'eanmoins elle n’en concevait pas un tr`es vif chagrin.
Backefelder lui 'etait compl`etement indiff'erent et somme toute, il ne lui 'etait pas d'esagr'eable, bien au contraire, que la Recuerda f^ut une criminelle.
— Je pr'eviendrai le baron, pensa Delphine, je lui dirai que la femme qu’il aime a assassin'e. Quelle excellente occasion de m’imposer ainsi `a son esprit, de me faire aimer de lui, qui est si beau garcon, si riche.
L’aventure de la Maison d’Or'etait rest'ee profond'ement grav'ee dans la m'emoire de la M'eridionale. Toujours romanesque, lorsque, plus tard, elle l’avait parfaitement reconnu sur le pont Caulaincourt alors qu’apr`es l’attentat, il avait emmen'e la Recuerda, Delphine avait admir'e ce geste du baron Stolberg sauvant l’Espagnole de la police.
Et depuis lors, Delphine, se passionnait pour cet homme, dont elle ne connaissait `a vrai dire, que le nom et la demeure, mais que, par l’imagination, elle parait de toutes les qualit'es.
— Si je peux me faire aimer de Stolberg, se r'ep'etait Delphine ce soir-l`a, je deviens l’une des femmes les plus chics de Paris.
***
Toute la nuit, oubliant le drame dont elle venait d’^etre t'emoin, Delphine Fargeaux avait r^ev'e de Stolberg, si bien qu’elle s’'eveilla le lendemain matin parfaitement d'ecid'ee `a tenter l’impossible pour rejoindre le grand seigneur russe et le pr'evenir des dangers qu’il courait.
— Je le pr'eviendrai, je le sauverai. On aime toujours une femme qui vous sauve. Il m’aimera, c’est s^ur !
En faisant sa toilette, elle d'ecida d’aller trouver le baron Stolberg chez lui, puis elle se rendit compte que la d'emarche 'etait d'eplac'ee, qu’on la prendrait pour une intrigante et qu’il valait mieux rencontrer le gentilhomme par hasard.
`A une heure de l’apr`es-midi, ayant parfaitement oubli'e de se rendre aux pompes fun`ebres, par'ee, pomponn'ee, habill'ee `a ravir dans le plus seyant des petits costumes tailleur, coiff'ee d’un amour de jolie toque, Delphine sortait de chez elle, h'elait un fiacre, jetait au cocher une adresse voisine de celle du baron Stolberg.