LIS EN FRAN?AIS (ЧИТАЙ ПО-ФРАНЦУЗСКИ). Учебное пособие по самостоятельной работе для студентов филологического профиля
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– Viens voir, petiote, la jolie chenille verte que j’ai trouv'ee. Regarde comme elle se tortille pour avancer. On dirait qu’elle danse.
D’autres fois, nous jouions `a nous asperger d’eau avec les arrosoirs.
Je vivais un enchantement! Je d'ecouvrais une pl'enitude par le contact de ma peau avec la terre et les plantes. Il y avait aussi la pr'esence, `a la fois pataude et joyeuse, de ce gros bonhomme qu’'etait mon oncle. Une sorte d’ours d'ebonnaire qui m^elait puissance virile et douceur bougonne. Pr`es de cet hommel`a, je me sentais tranquille. Rien de mauvais ne pouvait m’arriver. Je m’abandonnais `a la joie de vivre. Bouger, respirer et m^eme suer dans ce petit enclos du bout du monde repr'esentait le bonheur.
Vers les quatre heures, nous allions retrouver tante Berthe qui avait pr'epar'e le go^uter et je remettais la cl'e `a sa place.
Les heures et les jours filaient, simples et pleins. Je fus tr`es 'etonn'ee lorsque ma tante annonca que ma m`ere avait t'el'ephon'e et qu’elle viendrait me rechercher le lendemain. Je fis des efforts pour cacher ma tristesse. Je ne voulais surtout pas faire de chagrin `a maman. Pourtant je n’avais aucune envie de quitter ces deux ^etres d'elicieux qui veillaient avec la m^eme chaleur attentive sur les l'egumes du potager et sur mon existence.
Lorsque je vis arriver ma m`ere, je courus me r'efugier aux cabinets pour essuyer mes larmes. Est-ce que je pressentais qu’elle apportait de mauvaises nouvelles?
J’ai embrass'e Maman. Lorsque je me suis d'egag'ee de ses bras, j’'etais envelopp'ee de son parfum. D’un seul coup, l’enchantement 'etait rompu. Je n’appartenais plus `a la campagne et au potager, j’'etais redevenue Chanel N°5 de la ville. Nous sommes parties tr`es vite. Juste avant de franchir le seuil, je ne sais quelle inspiration m’a saisie et m’a fait rebrousser chemin. J’ai dit que j’allais aux toilettes. J’ai fil'e `a toute vitesse vers la porte du jardin et j’ai attrap'e la cl'e du potager. Je l’ai gliss'ee dans ma poche, la serrant dans la main droite. Sur le chemin, j’ai fait signe `a mon oncle et ma tante avec l’autre main.
La gare nous attendait, d'eserte `a cette heure de la matin'ee. Cela sentait la poussi`ere et la solitude. Une odeur rance de retour au quotidien gris de la ville.
Pendant toute la dur'ee du trajet, nous nous sommes tues. Maman lisait un magazine et je regardais le paysage sans le voir. Berc'ee par le balancement du train, je me suis endormie.
Dans l’appartement, maman s’est install'ee en face de moi au salon et elle m’a annonc'e la chose! Mon p`ere aimait une autre femme! Elle avait trouv'e une lettre de cette personne dans la poche de son veston. Cela faisait des mois qu’elle le soupconnait. Cette fois elle tenait une preuve 'evidente de sa trahison! Il avait avou'e la v'erit'e. Ils s’'etaient disput'e. Il avait hurl'e, elle avait pleur'e et finalement il 'etait parti! Il ne reviendrait plus. Elle ne savait pas quand je le reverrais. Elle a ajout'e, en sanglotant, que je ne devais pas ^etre triste, que cela faisait longtemps qu’ils ne s’entendaient plus et que ce n’'etait pas une vie pour elle de continuer comme cela.
Je n'ai rien r'epondu. J’ai juste pouss'e un cri. Un cri strident comme si j’avais vu une horreur. Une araign'ee ou un serpent! Et puis ma gorge s’est serr'ee et plus aucun son n’est sorti. Je me sentais trahie.
Ce n’'etait pas tant l’annonce de leur s'eparation qui me bouleversait que la mani`ere dont cela s’'etait pass'e. Ils avaient profit'e de mon absence pour tout saccager. Ils m’avaient projet'ee brutalement hors du monde de l’enfance! Pendant que je me croyais au paradis, ils avaient fabriqu'e leur sale coup. Je sus que je ne pourrais plus jamais leur faire confiance, ce qui 'etait beaucoup plus grave que leur divorce!
Je n’ai m^eme pas pleur'e. Ma d'esolation d'epassait de beaucoup les larmes. Je crois bien que j’'etais en 'etat de choc.
Je me suis couch'ee toute habill'ee sous les couvertures en regardant vers le mur. J’ai serr'e la cl'e dans ma main et j’ai senti monter une rage terrible. S’ils croyaient que je me laisserais faire sans me battre, ils se trompaient! La col`ere contractait mes m^achoires, mes yeux fulminaient, mes pieds frappaient contre le lit. Je n’'etais plus qu’une boule de feu pr^ete `a ravager tout sur son passage.
Les jours qui suivirent, je refusai de manger et de parler. Je me mis `a perdre mes cheveux et `a maigrir. Ma m`ere prit peur et m’envoya chez une psychologue qui conseilla de m’'eloigner de l’appartement familial. C’est ainsi qu’il fut d'ecid'e de m’envoyer chez ma grand-m`ere, dans ce village que je n’ai plus jamais quitt'e.
Avec le grand air de la campagne et la paisible attention de la vieille dame, ma confiance est revenue peu `a peu. Ma grand-m`ere ne m’a jamais bouscul'ee ni press'ee. Elle attendait que les choses bougent avec une tranquille certitude. Cela se ferait le moment venu, ni plus t^ot, ni plus tard. Rien ne servait de cueillir les fruits encore verts, ils n’auraient donn'e que des aigreurs d’estomac.
Ma vie s'est remise en route, lentement mais s^urement, avec la tendre lumi`ere du printemps et la chaude caresse de l’'et'e. Je me suis adoucie, j’ai repris chair et parole.
Mes premi`eres exp'editions `a l’ext'erieur m’ont conduite au potager. J’y ai retrouv'e les l'egumes de l’oncle Nicolas et les gestes qu’il m’avait appris. Parfois, grand-m`ere venait `a mes c^ot'es cueillir des petits pois ou des haricots pour le d^iner. Elle ne posait pas de question, n’exigeait pas de r'eponse. Elle approuvait seulement mes progr`es d’un petit hochement de la t^ete. Ma blessure cicatrisait. Au bout de six mois, mes cheveux ont repouss'e, ils avaient chang'e de couleur. J’'etais blonde, je me retrouvais brune.
`A la rentr'ee de septembre, je suis retourn'ee `a l’'ecole. J’avais perdu une ann'ee scolaire, mais au village, il n’y avait qu’une classe unique et mon redoublement passa inapercu. L’instituteur me prit en sympathie et me pr^eta des livres de la biblioth`eque de classe. Il m’encouragea aussi `a 'ecrire. Cela me fit un bien fou. Apr`es celui des l'egumes, je d'ecouvrais le pouvoir de gu'erison des mots.
J’ai commenc'e un herbier dans lequel je d'ecrivais les plantes et les fleurs que je ramassais lors de mes promenades. C’est ainsi que se dessina mon futur m'etier d’horticultrice.
Mon p`ere et ma m`ere me rendaient visite de temps en temps, toujours press'es, toujours contrari'es. Ils se plaignaient l’un et l’autre de leur nouvelle vie. Lui ne s’entendait plus avec sa nouvelle compagne, elle ne s’habituait pas `a la solitude. On parlait peu de moi. C’'etait mieux ainsi! J’'etais heureuse au milieu de mon jardin, dans mes bois et mes 'ecrits.
C’'etait 'etrange! Ce que j’avais v'ecu au d'epart comme un d'esastre, la s'eparation de mes parents, se r'ev'elait finalement un tournant b'en'efique dans ma vie. Si j’'etais rest'ee en ville, je n’aurais sans doute jamais d'ecouvert ce m'etier qui s’accordait si bien `a tout ce que j’aimais! Le destin est malicieux, qui s`eme sur la route des emb^uches pour mieux orienter notre chemin. Maintenant je ne me laisse plus prendre aux apparences du malheur. J’attends simplement que s’ouvre un nouvel horizon.
Ros'e-Marie est rest'ee immobile tout le temps que Roseline lui conte l’histoire. Elle a gard'e la cl'e dans sa main, sentant le m'etal ti'edir.
Elle sort d’une profonde torpeur, d’un r^eve 'eveill'e et murmure d’une voix embrum'ee:
– C’est une belle histoire, Roseline. Je vous remercie de l’avoir partag'ee avec moi. Quelle co"incidence aussi! Car je vous dois une confession: Pierre et moi, nous divorcons et je cherche une maison `a louer dans le village. C’est la principale raison de ma visite!