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ЖАНРЫ

L'assassin de lady Beltham (Убийца леди Бельтам)
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Cependant, la voiture, lourdement charg'ee, montait la rue d’Amsterdam, puis, au fur et `a mesure qu’on approchait de la place Clichy, le gros des voyageurs descendit, arrivant `a destination.

Sur le si`ege, indiff'erent `a tout le remue-m'enage qui se passait `a l’int'erieur du v'ehicule, le m'ecanicien causait avec un personnage assis `a c^ot'e de lui, quelque ing'enieur ou contrema^itre qui, sans doute, tenait `a s’assurer des qualit'es du pilote.

Il faisait froid, humide, ce matin-l`a, et les deux hommes, sit^ot apr`es leur d'epart de Saint-Germain-des-Pr'es, avaient mis d’'epaisses lunettes sur leurs yeux.

— Qu’est-ce que tu en penses ? interrogea le m'ecanicien, cependant qu’on montait la rue d’Amsterdam.

— C’est une merveille, cette voiture-l`a ! On peut dire que nous sommes bien tomb'es. Le moteur tire comme un ange et les organes m'ecaniques sont s^urement tr`es robustes.

Le m'ecanicien venait de se pencher en avant et d’observer quelque chose. Il reprit :

— On est mal prot'eg'e sur ce si`ege. T^ache donc d’attraper le tablier de cuir et de le d'erouler.

— Que veux-tu en faire ? interrogea le compagnon du m'ecanicien.

Celui-ci eut un sourire 'enigmatique :

— Lorsqu’il sera d'eploy'e, fit-il, nous serons abrit'es derri`ere, et si, par hasard, nous venons `a buter dans quelque obstacle, gr^ace `a ce tablier, nous serons garantis.

Obtemp'erant au d'esir du m'ecanicien, son compagnon d'eploya le tablier qui, d'esormais, devait prot'eger les deux hommes contre les dangers qu’ils semblaient redouter.

`A ce moment, l’autobus parvenait au haut de la rue d’Amsterdam et, obliquant `a droite, allait s’engager sur la place Clichy. Celle-ci 'etait d'eserte, le m'ecanicien poussa un cri de joie :

— Parfait, dit-il, nous sommes joliment bons.

Appuyant sur la p'edale de l’acc'el'erateur, il fit emballer son moteur. L’autobus tr'epida, sa vitesse s’accrut.

— Attention, recommanda-t-il `a son voisin, voil`a le moment de ne pas flancher.

Cependant, les voyageurs, `a l’int'erieur du v'ehicule, s’'etonn`erent un instant qu’au lieu de se diriger vers la station habituelle de la place Clichy, le lourd v'ehicule obliquait encore `a droite et descendait dans la direction de la rue de Clichy. Il traversa celle-ci en biais, avec une vitesse qui s’accroissait.

Quelqu’un poussa un cri, puis une embard'ee brusque jeta tous les voyageurs les uns sur les autres. Avant que l’on e^ut eu le temps de s’y reconna^itre, la voiture recevait un choc, il sembla qu’elle montait sur le trottoir.

***

C’'etait jour d’'ech'eance et, dans les bureaux de la succursale du Comptoir National, install'ee en haut de la rue de Clichy, une foule assez nombreuse de clients attendait devant les divers guichets.

Les locaux du Comptoir National 'etaient constitu'es, au rez-de-chauss'ee, par une sorte de long boyau au commencement duquel se trouvait un bureau entour'e de grillages : la caisse, au milieu de laquelle 'etait un employ'e, qui, impassible et hautain, maniait d’un air las des piles d’or et des liasses de billets.

Un client, post'e devant le guichet, comptait avec l’employ'e :

— Dix-huit mille, dix-neuf mille, vingt mille francs…

Il faisait le geste de r'eunir en un seul paquet les billets bleus qu’on venait de lui remettre, en m^eme temps qu’il ajoutait :

— Pour ce qui est du reste, donnez-moi je vous prie, quelques louis et de la monnaie.

`A ce moment, un vacarme 'epouvantable s’'eleva et le malheureux s’'ecroula soudain en poussant un cri. Autour de lui, des hurlements se firent entendre. Un nuage de poussi`ere monta dans un bruit de vitre bris'ee.

La cage grillag'ee qui assurait la protection de la caisse s’effondrait avec un bruit sourd, cependant que les tiroirs contenant la monnaie se r'epandaient sur le sol et que les pi`eces d’argent, les louis d’or, roulaient dans tous les sens. Le sang coulait.

La devanture des bureaux constitu'es par de grandes glaces 'etait d'efonc'ee. L’avant 'enorme de l’autobus pench'e sur le c^ot'e bouchait la moiti'e de la banque, une roue enfonc'ee dans le parquet.

La chose 'etait facile `a comprendre. Par suite d’une fausse manoeuvre, le lourd v'ehicule, en effet, 'etait mont'e sur le trottoir, puis avait donn'e de tout son poids contre la facade du Comptoir National, puis avait p'en'etr'e dans les bureaux.

Le directeur, M. Calard, venait de faire ouvrir la porte donnant sur la cour :

— Faites 'evacuer par l`a ! avait-il command'e `a ses employ'es.

Le feu commencait `a prendre `a l’autobus, car l’essence avait coul'e et s’enflammait.

Le terrible accident allait-il avoir pour cons'equence d’incendier l’immeuble ?

Heureusement M. Calard 'etait fort bien second'e par son personnel et quelques-uns des employ'es de la banque s’emparaient d’extincteurs qu’ils firent fonctionner. Une fum'ee noire, 'epaisse et suffocante, succ'edait alors aux lueurs sinistres qui avaient un instant jailli. Toutefois, l’affolement dans l’int'erieur des bureaux renaissait toujours plus. Des voyageurs qui se trouvaient encore dans l’autobus se pr'ecipitaient par les fen^etres dont les vitres 'etaient bris'ees, puis, compl`etement affol'es, suivaient les indications des employ'es, gagnaient la sortie.

Non sans peine, on avait retir'e de dessous l’autobus le malheureux client auquel, quelques instants auparavant, le caissier remettait une assez forte somme d’argent. Il respirait encore. Deux hommes lui prodiguaient des soins, un grand diable `a la face patibulaire et un gros au visage sournois :

— Va tout de m^eme falloir se d'ebiner, murmura le grand diable, ca pourrait tourner au vinaigre tout `a l’heure !

— Oui, je crois aussi, mon vieux OEil-de-Boeuf, que maintenant le pante [4] est vid'e. On a le p`eze. D'ecampons.

Les deux apaches – car c’'etaient bien OEil-de-Boeuf et Bec-de-Gaz – affectant un air tranquille, gagn`erent la cour et sortirent de la banque.

Un brigadier des gardiens de la paix, qui maintenait la foule `a distance devant l’'etablissement de cr'edit finit par p'en'etrer dans la banque. Tout le monde `a ce moment recherchait le m'ecanicien maladroit qui avait d'etermin'e cet accident. Qu’'etait-il devenu ?

— O`u sont les gens de la Compagnie ?

Pas de r'eponse. Le m'ecanicien et le conducteur demeuraient introuvables.

Apr`es une heure de patients efforts, et lorsque des renforts d’agents furent arriv'es, on parvint enfin `a faire 'evacuer l’int'erieur de la banque. Le commissaire de police constata les d'eg^ats :

— Heureusement, d'eclara-t-il, que les accidents de personnes sont insignifiants. Mais ce que je ne comprends pas, c’est qu’il soit impossible de retrouver les gaillards qui conduisaient cet autobus.

— Ce malheureux m'ecanicien a du ^etre affol'e de ce qui s’est pass'e, dit le directeur, et il s’est enfui, sans se rendre compte de ce qu’il faisait. On le retrouvera naturellement sans la moindre difficult'e, la Compagnie le conna^it.

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