Чтение онлайн

ЖАНРЫ

L'assassin de lady Beltham (Убийца леди Бельтам)
Шрифт:

B'eb'e interloqu'e haussa les 'epaules imperceptiblement et se dit :

— S^ur, le patron est piqu'e ! Enfin, il faut faire ce qu’il veut, sans quoi la d'esob'eissance avec lui fait toujours du vilain.

Cependant le myst'erieux m'ecanicien de l’autobus que B'eb'e avait qualifi'e de « patron » s’'eclipsait par une rue transversale, et B'eb'e, ob'eissant, se mit `a chercher un 'etablissement de bains conform'ement aux ordres qu’il avait recus.

***

Quelques heures s’'etaient 'ecoul'ees et l’activit'e commencait `a r'egner dans les bars interlopes ou les bouges innommables du quartier de la Chapelle. Dans l’assommoir dirig'e rue de la Charbonni`ere par le p`ere Korn [5], les apaches, `a leur habitude, 'etaient nombreux et d'egustaient `a grand bruit les absinthes gomm'ees et des m^el'e-cass [6]. Ils 'etaient entour'es de pierreuses au visage fard'e qui, dans l’intervalle de leurs occupations professionnelles, venaient absorber des ap'eritifs avec leurs amis.

Soudain, la porte s’ouvrit, et ce fut dans l’'etablissement une clameur g'en'erale, des bravos, des approbations :

— Tiens, cria-t-on, voil`a des revenants.

Deux personnages venaient en effet d’entrer dans l’assommoir et ils distribu`erent autour d’eux quelques cordiales poign'ees de main. C’'etait des apaches fort connus dans le quartier : Bec-de-Gaz et OEil-de-Boeuf.

Il y avait d'ej`a quelques ann'ees, deux ou trois ans peut-^etre, qu’ils ne s’'etaient pas montr'es dans le cabaret du p`ere Korn qui poss'edait toujours sa fameuse et terrifiante r'eputation et dans lequel la police faisait de si fr'equentes incursions.

Bec-de-Gaz et OEil-de-Boeuf s’'etaient rapproch'es du comptoir et, comme s’ils l’avaient vu la veille, serraient cordialement la main au tenancier du bouge. Tandis qu’ils commandaient leurs absinthes, ils f'elicitaient le p`ere Korn sur l’affluence toujours consid'erable de son 'etablissement.

— N’emp^eche, ajouta Bec-de-Gaz, mon vieux p`ere Korn, que tu commences `a ^etre d'ejet'e, t’as plus de cheveux sur la t^ete et tu prends du ventre. C’est pas comme moi, toujours sec comme un coup de trique et mince comme un b^aton de chaise.

OEil-de-Boeuf approuvait en souriant.

— Et puis, ajoutait-il, on est toujours l`a nous autres, avec du p`eze plein les profondes.

Et, comme pour justifier cette affirmation, que le p`ere Korn, d’un haussement d’'epaules semblait mettre en doute, OEil-de-Boeuf fit tinter l’argent qui gonflait les poches de ses v^etements.

Les deux amis, apr`es avoir vid'e un premier verre sur le comptoir allaient s’installer au fond du bouge `a une petite table et command`erent de nouvelles consommations au garcon.

— Dis donc, recommanda Bec-de-Gaz, faudrait voir `a nous servir vivement une assiette de cervelas et un saladier de rouge.

OEil-de-Boeuf rassura le garcon sur l’avenir r'eserv'e `a cette commande somptueuse, en ajoutant :

— On a la dent ce soir, et il faut se caler les joues ! On est plein aux as et on raquera d’avance si tu veux.

Cette d'eclaration ne manquait pas de faire sensation dans le bouge. De nombreux consommateurs, qui avaient relev'e la t^ete, consid'er`erent avec sympathie et admiration ces clients qui annoncaient somptueusement qu’ils 'etaient d'ecid'es `a payer d`es qu’on le leur demanderait, et des murmures flatteurs coururent dans l’assistance. Quelqu’un sugg'era `a mi-voix :

— S^ur que c’est des aminches qui viennent de faire un bon coup.

Bec-de-Gaz avait entendu, il lanca un coup de pied dans les tibias de son compagnon :

— Esp`ece de tourte, fit-il, t’as pas besoin de raconter comme ca au monde, que nous avons de la galette ! Ca donne des soupcons et si jamais le patron le savait, qu’est-ce qu’il te casserait !

OEil-de-Boeuf, malgr'e sa belle assurance, rougit jusqu’`a la racine des cheveux.

'Evidemment, ce que venait de lui dire Bec-de-Gaz l’impressionnait. Il suffisait donc d’'evoquer aupr`es de ces deux apaches la m'emoire du myst'erieux patron pour qu’aussit^ot l’on pr^it peur ?

Quel pouvait donc bien ^etre cet homme ?

Cependant la d'eclaration d’OEil-de-Boeuf avait produit son effet, des pierreuses qui erraient dans le bar se rapprochaient des consommateurs, leur adressant des oeillades prometteuses. L’une d’elles, plus hardie que les autres, vint s’installer sur la banquette `a c^ot'e de Bec-de-Gaz :

— Tu paies quelque chose ? interrogea-t-elle.

Mais l’apache la repoussa durement.

***

B'eb'e, 'etait au bain conform'ement aux instructions recues, tandis qu’OEil-de-Boeuf et Bec-de-Gaz, quittant pr'ecipitamment la place Clichy, 'etaient venus boire `a l’assommoir de la rue de la Charbonni`ere.

Un autre de ceux qui s’'etaient trouv'es dans l’autobus au moment de l’accident, avait pris une troisi`eme direction.

C’'etait Beaum^ome, personnage 'equivoque et suspect, lui aussi, mais qui avait meilleure apparence, par sa tenue ext'erieure, que ses acolytes.

Beaum^ome, en grand seigneur, avait avis'e, place Clichy, un taxi-automobile dans lequel il 'etait mont'e quelques instants apr`es l’accident de l’autobus. Il s’'etait fait conduire avenue Malakoff, au Skating.

Beaum^ome paya son entr'ee, loua des patins. `A peine 'etait-il sur la piste de bois, commencant `a y 'evoluer, qu’une jeune femme, fort 'el'egante, se rapprochait de lui.

— Ah, par exemple, lui fit celle-ci, je ne te croyais pas `a Paris !

Beaum^ome ne r'epondit rien. Il se contenta de serrer dans la sienne la main que lui tendait la jeune femme, et lui dit :

— Bonjour Ad`ele, je t’emm`ene d^iner ce soir, si cela peut te faire plaisir.

Il faut croire que la demi-mondaine n’'etait pas habitu'ee `a une telle amabilit'e de la part de son interlocuteur, car apr`es avoir ouvert des yeux tout ronds, elle d'eclara en riant :

— Cela, par exemple, c’est plus fort que de jouer au bouchon ! T’as donc fait un h'eritage, Beaum^ome, pour ^etre aimable avec les femmes ?

'Enigmatique, l’individu haussait les 'epaules, puis mettant un doigt sur ses l`evres, il recommanda :

— T’occupe pas de cela Ad`ele, ne t’inqui`ete pas de savoir d’o`u vient l’argent. Il faut prendre la vie comme elle se pr'esente, et du moment que je suis riche, savoir en profiter.

***

Quant au myst'erieux m'ecanicien qui semblait avoir 'et'e l’organisateur en chef, apr`es avoir quitt'e l’apache B'eb'e boulevard des Batignolles, en lui recommandant d’aller prendre une succession de bains, puis de rentrer se coucher, il 'etait simplement descendu dans le m'etro.

Il en ressortait dix minutes apr`es, place Pereire, puis s’arr^etait au N° 214 de l’avenue Niel.

— Mme la Comtesse de Blangy ? demanda-t-il au concierge, en touchant poliment sa casquette.

La gardienne de la loge r'epondit :

— Rez-de-chauss'ee, `a droite. Le service se fait par la cour.

Le m'ecanicien se garda de sonner `a la grande entr'ee. Il traversa la cour puis frappa deux coups `a la porte de la cuisine.

Il attendit quelques instants. Un bruit de pas pr'ecipit'es. Une femme lui ouvrit et poussa un cri de stup'efaction en l’apercevant.

Поделиться с друзьями: