La fille de Fant?mas (Дочь Фантомаса)
Шрифт:
Et puis Fandor avait d’autres pr'eoccupations que celles qui se rattachaient `a sa propre destin'ee.
Fandor s’oubliait presque pour songer aux terribles aventures dans lesquelles, depuis tant d’ann'ees, il se trouvait impliqu'e et qui, depuis pr`es d’un mois, atteignaient un renouveau d’intensit'e, une horreur nouvelle.
Que voulait dire l’extraordinaire incendie des Docks ? Qui 'etait ce myst'erieux Teddy ?
Et surtout qu’'etait cette t^ete de mort, cette t^ete de mort qu’il tenait pr'ecieusement contre sa poitrine, qu’il ne pouvait s’arr^eter de regarder comme pour lui arracher son secret ?
— Car enfin, pensait Fandor, ce Teddy, au plus fort de l’incendie, alors qu’il risquait sa vie, n’avait pas l^ach'e le coffret o`u 'etait enferm'e ce cr^ane. Donc, ce cr^ane doit avoir une importance, une signification, une utilit'e, dont j’ignore tout.
Le jeune homme, las de se promener de long en large dans la cour o`u les fous s’agitaient en d’infernales postures, en cabrioles extraordinaires, o`u les uns hurlaient tandis que d’autres pleuraient, silencieux et taciturnes, finit par aviser un coin ombrag'e du jardin.
L`a, il se laissa tomber `a terre, et prenant la t^ete de mort dans ses deux mains, il s’absorba dans sa contemplation.
Les os que regardait Fandor, un esprit superficiel e^ut 'evidemment jug'e qu’ils n’avaient rien de particulier, qu’il s’agissait l`a d’un cr^ane quelconque, de la t^ete du premier squelette venu.
Pourtant, `a y regarder d’un peu plus pr`es, ce cr^ane n’'etait pas comme les autres. D’abord, il 'etait bizarrement lourd. En outre, il 'etait dans un 'etat de conservation absolument parfait. Enfin, sur ce cr^ane, sur l’os poli, Fandor croyait bien distinguer des signes myst'erieux, microscopiques, mais distincts. Qui avait pu, et pourquoi, 'ecrire en quelle langue sur l’os poli ?
Ah ! si seulement il avait 'et'e libre !
Si seulement il avait pu aller rejoindre ce Teddy, obtenir de lui le mot de l’'enigme.
Mais quoi ! La fatalit'e voulait qu’il fut prisonnier…
Fandor, toujours assis sur le sol, contemplait depuis de longues minutes sa t^ete de mort, lorsqu’il entendit, derri`ere lui, une voix qui disait sur un ton de causerie m'edicale :
— Pour moi, vous savez, le docteur s’est tromp'e… Regardez-le, plut^ot, avec son cr^ane, cet animal-l`a… Ce n’est pas un fou furieux, c’est un maniaque, un pers'ecut'e, un mono"id'eiste.
C’'etait le jeune m'edecin qui l’avait recu `a son arriv'ee la veille. Celui-l`a aussi le prenait pour un fou ? Celui-l`a aussi trouvait une 'etiquette pour cataloguer sa d'emence ?
Et soudain Fandor se sentit frissonner… Une sueur froide lui perla aux tempes… Il pensa d'efaillir…
En relevant la t^ete, Fandor venait d’apercevoir les malheureux d'ements qui s’agitaient autour de lui… De tous ces malades, il n’en 'etait pas un qui ne f^ut persuad'e qu’il 'etait sain d’esprit. Et tous, ils avaient une marotte, une id'ee fixe… Et tous ils 'etaient fous, et tous ils lui ressemblaient.
— Oui, songeait Fandor, ils se croient sains d’esprit comme je me crois sain d’esprit. Oui, ils ne d'eraisonnent que sur un seul point… de m^eme que moi, tout `a l’heure, le directeur a jug'e que je raisonnais parfaitement, sauf en ce qui concernait les aventures de Fant^omas. Une marotte ? une id'ee fixe ? mais je suis comme eux, j’ai la mienne, parbleu, c’est Fant^omas. Et quand je contemple ce cr^ane, je me conduis bien comme un fou. C’est bien d’un fou d’imaginer que ces ossements pr'esentent un int'er^et quelconque. Est-ce que r'eellement, je deviendrais fou ? Est-ce que mon horrible captivit'e aurait port'e atteinte `a ma raison ? Est-ce que je suis ici enferm'e pour toute ma vie ? Est-ce que, d'ej`a, les malheureux qui m’entourent m’influencent ? Est-ce que je suis fou ? Est-ce que je deviens fou ?
Bien qu’il e^ut 'et'e d'esign'e par le m'edecin-chef comme fou furieux, bien que les ordres eussent 'et'e donn'es pour qu’on le conduis^it dans le quartier des « dangereux », Fandor apprit avec plaisir qu’il conservait la chambre qui lui avait 'et'e d'esign'ee `a son arriv'ee `a l’h^opital.
Le « Lunatic » 'etait comble, les dortoirs encombr'es.
— Jusqu’`a nouvel ordre, avait dit l’infirmier, vous restez ici.
Allons, tant mieux.
Certes, J'er^ome Fandor se forcait `a croire `a sa propre rectitude de jugement. Mais, malgr'e tout, un doute, une peur, 'etaient entr'es en lui. Et le malheureux, terrifi'e par les 'ev'enements de ces derniers jours, 'epuis'e par les tortures morales et physiques qu’il avait subies, se sentait perdu.
C’'etait avec une angoisse secr`ete qu’il s’'epiait lui-m^eme, s’espionnait continuellement, passait son temps `a se demander :
— Je fais ceci, je pense cela, est-ce d’un fou ? ou est-ce d’un homme normal ?
`A minuit seulement, J'er^ome Fandor ferma les yeux.
Il dormit d’un sommeil agit'e, fi'evreux, entendant les moindres bruits. On avait laiss'e la porte de sa chambre ouverte pour donner plus de facilit'e au gardien dormant dans le dortoir voisin de le surveiller. Il entendait de temps `a autre l’'eclat de rire d’un d'ement, le hurlement d’un autre et puis aussi des interjections, des ordres de l’infirmier :
— Veux-tu te tenir tranquille, braillard ?
— Sapristi, vas-tu retirer tes draps ?
— Tu vas voir, toi, N° 28, si je vais te calmer avec une bonne douche.
En m^eme temps qu’il percevait dans une demi conscience ce qui se passait aupr`es de lui, Fandor inventait les extraordinaires p'erip'eties d’un cauchemar abominable :
C’'etait un homme `a figure d’assassin qui surgissait dans sa chambre…
Tiens ! le gardien hurlait :
— Si vous criez encore, je vous douche.
… Oui, oui, c’'etait un homme qui p'en'etrait dans sa chambre…
Mais 'etait-ce lui qui faisait craquer le parquet en marchant ?
Ou bien ce bruit venait-il du dortoir ?
Et puis que voulait-il, ce myst'erieux visiteur de nuit ? Comment 'etait-il entr'e ?
Fandor se retourna dans son lit, repris par sa fi`evre… Oh ! mais il le reconnaissait, l’homme qui s’introduisait dans sa chambre. Parbleu ! ce n’'etait pas un cauchemar… il avait beau avoir bien sommeil, il ne r^evait pas. Quelqu’un 'etait vraiment entr'e.
Oui ! oui ! c’'etait un uniforme qu’il portait, c’'etait un gardien, l’infirmier du dortoir, sans doute ?
Fandor, de plus en plus pris par le cauchemar, se tournait et se retournait. Il ouvrit des yeux hagards… Voyons, r^evait-il ou ne r^evait-il pas ? Ce gardien, qui 'etait entr'e dans sa chambre, qui s’approchait de lui, qui fr^olait son lit… Que m'editait-il donc, cet homme ?
Fandor faisait effort pour se dresser sur son s'eant, mais le sommeil paralysait ses mouvements.