ЖАНРЫ

La fille de Fant?mas (Дочь Фантомаса)
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Laetitia sur le seuil de la porte, s’'etait arr^et'ee…

— Est-ce lui ? non, personne… Comme il fait noir… Et il galope toujours… Ah, apr`es tout ce que j’ai fait, aurais-je donc la douleur d’apprendre un jour qu’il s’est tu'e d’une mauvaise chute…

Mais Laetitia soudain s’interrompit. Son oreille exerc'ee `a saisir les bruits les plus 'eloign'es, `a les identifier, ne l’avait pas tromp'ee.

Oui ! Le pas d’un cheval se devinait, maintenant plus rapproch'e, r'egulier…

Et ce n’'etait pas un cheval attel'e, c’'etait un cavalier qui arrivait pr`es de la ferme, c’'etait, ce ne pouvait ^etre que Teddy…

Laetitia, avec un soupir qui en disait long sur son inqui'etude, cria dans le noir :

— C’est toi, Teddy ?

— Hello ! mama, c’est moi, r'epondit une voix joyeuse…

Encore quelques instants, puis, dans le cercle 'eclair'e par la lampe que Laetitia 'elevait `a bout de bras, Teddy fit son apparition.

Il avait saut'e de cheval pour ouvrir la barri`ere de la ferme, il tenait sa b^ete par la bride et, tremp'e par la ros'ee nocturne, les traits souill'es de poussi`ere, les cheveux en d'esordre, il dit :

— Hello, mama, vous 'etiez encore `a m’attendre ?… croyez-vous donc que les buffles n’en veulent qu’`a moi et que les 'el'ephants m'editent de me charger ? Vous ^etes toujours `a guetter mon retour.

— Il est si tard, et tu sais si bien comme je suis inqui`ete quand tu ne rentres pas d^iner. D’o`u viens-tu ?

Instantan'ement la physionomie mobile du jeune homme prit un air s'erieux :

— Pauvre mama, r'epondit-il, c’est vrai, je vous inqui`ete et je vous demande pardon. Tenez, rentrez, vite, il fait humide et vos rhumatismes s’en ressentiraient. Le temps de d'eseller ma b^ete et je viens nettoyer mes armes devant vous.

— Tu as donc chass'e ? d’o`u viens-tu ?

Teddy, d’un geste vague, d'esigna tout l’inconnu de la nuit :

— De l`a-bas. Et je n’ai pas chass'e puisque je ne rapporte rien.

Puis, prenant son cheval par la bride, cependant que Laetitia retournait s’asseoir devant l’^atre, Teddy s’occupa `a mener sa b^ete `a l’'ecurie, `a la desseller, `a la bouchonner vigoureusement, en bon cavalier.

Quelques minutes plus tard, pourtant, comme Teddy avait d'epos'e un savoureux picotin d’avoine devant le brave animal qui l’avait port'e toute la journ'ee, il rejoignait la vieille Laetitia :

Teddy, comme chaque soir, avait retir'e de ses fontes ses deux revolvers. Sur son dos battait une carabine tenue en bandouli`ere. Avant m^eme d’aller prendre du repos, il voulait v'erifier ses cartouches, graisser les rouages d'elicats de ses armes.

Pour Laetitia, elle se tenait le front entre les mains et, les coudes sur les genoux, absorb'ee, elle r'efl'echissait.

— Qu’as-tu mama ? demanda Teddy comme il venait prendre sa place devant une table rustique de bois blanc et commencait son travail, tu as l’air songeuse ?

— Ce que j’ai, Teddy ? je m’inqui`ete de toi.

— Mais puisque je suis l`a, mama, revenu sain et sauf…

— Je m’inqui`ete de toi, m^eme quand tu ne cours pas le veld…

— Pourquoi mama ?

— Qu’as-tu, Teddy ? tu es si triste depuis quelque temps ?

— J’ai du chagrin, mama. J’ai du chagrin, mama, parce que je voudrais tant savoir.

— Tant savoir quoi ?

— Qui je suis…

— Mais je te l’ai dit souvent, Teddy…

— Non, non, raconte encore… Si jamais un d'etail nouveau pouvait faire cesser mon inqui'etude ?

Il s’'etait accroupi maintenant sur le sol, aux pieds de la vieille Laetitia, il appuyait sa t^ete sur les genoux de la bonne femme.

— Tu veux encore que je te fasse ce r'ecit ?

— Oui, mama, s’il te pla^it.

Laetitia commenca, de sa voix menue, gr^ele un peu, qui se cassait :

— 'Ecoute petit… c’'etait pendant la guerre, une bien triste 'epoque, va, tous les hommes, tous les jeunes gens, s’'etaient enr^ol'es dans les commandos. On disait, alors, que si les Anglais 'etaient victorieux, s’ils pouvaient nous battre, nous autres, les Boers, nous serions horriblement malheureux, presque des esclaves. Et puis, tu comprends, Teddy, il s’agissait de d'efendre les fermes, de prot'eger les enfants, c’'etait enfin le veld qu’il fallait sauvegarder. Les hommes ne voulaient pas entendre parler d’y laisser les Anglais commander, m^eme s’installer. Nous 'etions chez nous, il fallait les chasser…

— Oui, mama… oui… alors ?…

— Alors, Teddy, on faisait la guerre. Tous les jours on apprenait des morts, des ruines. C’'etait le fils d’un voisin qui 'etait tomb'e dans une charge, transperc'e d’un coup de sabre, c’'etait un autre brave garcon qu’une balle explosive – oui, les Anglais s’en servaient – avait tu'e dans un poste d’avant-garde, c’'etait un autre qui avait 'et'e fait prisonnier…

— Alors mama ? alors ?

— L’ennemi prenait les enfants aussi et ils mouraient tous dans ce qu’ils appelaient les camps de concentration. Tu comprends, Teddy, il y avait eu tant de morts, il y avait tant de pauvres cadavres qui pourrissaient dans les champs que tous les ruisseaux 'etaient empest'es, des 'epid'emies 'eclataient.

— Oui, mama… apr`es ?…

— Et des fermes br^ulaient. C’'etait ou les Anglais ou les hommes de nos commandos qui y mettaient le feu. Ils 'etaient aussi acharn'es les uns que les autres.

— Et c’est une de ces nuits-l`a, mama, que l’on m’a conduit ici ?

— Oui, une nuit, Teddy, les Anglais s’'etaient approch'es jusqu’`a la colline. Du toit de la grange, mes ma^itres et moi, nous avions pendant la soir'ee regard'e l’incendie, car quelque chose br^ulait l`a-bas, une ferme, un champ, une for^et, on ne savait pas… Nous 'etions d’ailleurs sans nouvelles de la guerre depuis quelques jours. Nos commandos 'etaient-ils victorieux ? 'Etaient-ils vaincus ? Nous ne pouvions former que des suppositions.

— Et alors ?

— Alors, comme la nuit s’avancait, mes ma^itres et moi nous 'etions descendus dans la salle o`u nous sommes. Tu vois, j’'etais assise l`a, au coin du feu, et puis on frappe…

— C’'etait moi que l’on apportait ?

— Oui… oh ! je vois encore la sc`ene. Comme on frappait `a coups de poings, nous 'etions tous l`a, r'eunis, `a nous regarder, ma^itres et serviteurs. Et nous nous disions : Faut-il ouvrir ? Est-ce que c’est l’ennemi ? Est-ce un ami ? C’est le ma^itre qui s’est lev'e. Tiens, Teddy, je crois entendre sa voix : « Qui va l`a ? – Un ami, voulez-vous laisser un enfant mourir dehors ? » Un enfant ! Grand Dieu ! Tu penses bien, Teddy, que le ma^itre a ouvert. Sur le seuil de la porte, un homme se tenait qui te portait dans ses bras. Oh ! tu 'etais tout petit et tout mignon. Peut-^etre avais-tu deux… trois ans ? l’homme pourtant d'eclarait : « Je suis un Anglais et je suis votre ennemi, mais n’emp^eche, je vous apporte cet enfant en d'ep^ot. Tout `a l’heure, on br^ulait une ferme, j’ai pu le sauver. Voulez-vous le garder ? l’'elever ? d’ailleurs si vous ne voulez pas ?… et l’homme nous menacait de son revolver.

— Et tes ma^itres m’ont accept'e ?

— Oui. Tu 'etais si gentil, tu dormais si tranquillement dans les bras de cet inconnu. Le Ma^itre h'esitait, mais moi qui savais comme il 'etait bon, je me suis lev'ee, j’ai 'et'e te prendre, et, `a partir de ce moment-l`a, tu 'etais de la famille.

La vieille Laetitia baissait le ton comme quelqu’un qui ach`eve un r'ecit, mais Teddy, `a coup s^ur voulait encore d’autres d'etails, des d'etails que peut-^etre la brave femme ne tenait pas `a lui donner.

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