Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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J'er^ome Fandor s’appr^etait `a se rendormir tout tranquillement, lorsqu’il sursauta violemment. On carillonnait `a sa porte.
— Allons, bon, grommela le reporter, voil`a encore quelqu’un qui s’imagine que j’ai des habitudes matinales.
Le visiteur devait « se l’imaginer » en effet car il s’'etait remis `a carillonner.
Pour toute r'eponse, Fandor se retourna dans son lit.
— On n’a pas id'ee de ca, maugr'eait le journaliste, venir me voir `a huit heures du matin.
Un troisi`eme coup de sonnette, prolong'e, lui coupa la parole.
— Zut, cria le journaliste, rigoureusement d'ecid'e `a ne pas se lever. On verra bien qui se lassera.
Mais une id'ee soudain agitait Fandor :
— Si c’'etait de la part du journal ?
Fandor chassa vite cette supposition :
— Non, du journal on ne viendrait pas me voir `a cette heure-ci, on t'el'ephonerait.
Fandor, malheureusement, n’avait pas formul'e cette supposition, qu’un nouveau carillon retentissait dans sa chambre.
Il provenait pr'ecis'ement de l’appareil t'el'ephonique plac'e `a la t^ete de son lit, et cette fois, le journaliste bondit :
— Ah c`a, ils ont jur'e de se donner rendez-vous. En voil`a des raseurs.
On continuait de carillonner `a la porte.
— Bon Dieu, hurla Fandor, qui, soudain, venait de se d'ecider `a quitter sa nonchalante torpeur : Patientez, que diable, je vais vous ouvrir tout de suite. On m’appelle au t'el'ephone.
La sonnerie de la porte s’arr^eta. Fandor d'ecrocha le r'ecepteur de l’appareil t'el'ephonique et, maussade, hurla :
— Allo ?
C’'etait une voix inconnue qui lui demandait :
— C’est bien `a M. J'er^ome Fandor, auteur de l’article « Cherchez la femme » que j’ai l’avantage de parler ?
— `A lui-m^eme, r'epondit Fandor, qui, en m^eme temps grimaca en songeant :
— Voil`a le nomm'e Chamb'erieux qui rousp`ete.
Mais ce n’'etait pas Chamb'erieux.
— C’est Fant^omas qui vous parle, et Fant^omas vous ordonne de ne pas vous occuper des affaires de Saint-Calais.
Un d'eclenchement sonore suivit imm'ediatement la fin de la phrase.
Le correspondant avait raccroch'e son t'el'ephone.
— Nom de Dieu, murmura le journaliste. Fant^omas ! Fant^omas m’ordonne. Fant^omas est m^el'e aux affaires de Saint-Calais.
Puis avec son insouciante gaiet'e habituelle, Fandor soudain 'eclata de rire :
— Eh bien, il en a un culot, Fant^omas, de me r'eveiller `a huit heures du matin pour me flanquer des ordres.
L’'eclat de rire de Fandor, toutefois, fut brusquement interrompu.
— Est-ce que vous ouvrez, monsieur ? ou est-ce que vous n’ouvrez pas ? criait `a travers la porte de l’appartement, le visiteur qui, quelques minutes auparavant, sonnait de toutes ses forces.
— J’ouvre.
Fandor se trouva en pr'esence d’un petit t'el'egraphiste :
— M. J'er^ome Fandor ?
— Lui-m^eme.
— Une d'ep^eche pour vous.
— Donnez.
Il lut.
La d'ep^eche qu’il venait de recevoir 'etait explicite et br`eve :
« Fant^omas vous ordonne de ne pas vous occuper des affaires de Saint-Calais. »
***
Brusquement, une grande col`ere avait envahi le journaliste.
— Ah, Fant^omas m’ordonne de ne pas m’occuper des affaires de Saint-Calais, avait hurl'e J'er^ome Fandor, eh bien, on va voir et on va rire. L’imb'ecile. Je n’imaginais pas qu’il f^ut en cause. Mais puisqu’il se d'enonce lui-m^eme, puisqu’il m’invite `a me tenir tranquille, je m’en vais encore une fois lui d'eclarer la guerre.
Malheureusement, si Fandor se sentait envahi d’une ardeur belliqueuse, il ne savait trop comment agir.
C’'etait tr`es bien de vouloir relever le d'efi port'e par Fant^omas, c’'etait superbe de vouloir lutter encore une fois contre le Ma^itre de l’'Epouvante. Mais c’'etait difficile.
Fant^omas, J'er^ome Fandor ne pouvait l’oublier, 'etait en prison, en Belgique. Les tribunaux l’avaient condamn'e `a mort, en raison de l’assassinat du prince Nikita, tu'e au moment o`u le bandit usurpait la personnalit'e du tsar. Fant^omas 'etait d'etenu `a Louvain, d'etenu `a perp'etuit'e. D’o`u cette conclusion de Fandor :
— Si Fant^omas s’est donn'e la peine de me donner des ordres, `a moi, c’est 'evidemment qu’il peut craindre mon Intervention. Or, je ne suis intervenu dans les affaires de Saint-Calais que par l’article : « Cherchez la femme ». Cet article paru dans le journal de ce matin, n’a pas pu ^etre encore entre les mains de Fant^omas, s’il se trouve en Belgique. Or, pour que Fant^omas m’ait 'ecrit, il faut pr'ecis'ement qu’il ait lu cet article, donc Fant^omas n’est pas en Belgique. Alors o`u diable est-il ?
Fandor qui aimait les d'ecisions promptes, sauta sur son indicateur de chemin de fer, compulsa le Chaix, puis se frotta les mains :
— Cherchez la femme. Par Dieu, puisque c’est cela qui semble g^ener Fant^omas, c’est pr'ecis'ement ce que je vais faire. Il y a un train `a midi treize. Je m’en vais le prendre. Je serai ce soir au Mans. Je verrai Chamb'erieux. Je chercherai la femme.
***
— De sorte, cher monsieur Chamb'erieux, de sorte que la bijouterie n’est pour vous qu’un pr'etexte `a petites op'erations financi`eres ? Et le c'elibat qu’un moyen de poss'eder toutes les femmes qui vous font plaisir ? H'e h'e, on ne s’emb^ete pas en province.
Apr`es avoir multipli'e les courses et les d'emarches, Fandor 'etait arriv'e `a joindre au Mans, le bijoutier Chamb'erieux. Il l’avait trouv'e aplati, affal'e, sur une chaise, derri`ere une petite table surcharg'ee de soucoupes, au caf'e du Gr"uber, place de la R'epublique, au Mans. Et Fandor avait imm'ediatement devin'e, d'ecouvrant l`a celui qu’il cherchait, qu’il 'etait fort possible que M. Chamb'erieux en effet conn^ut « quelque petite femme… ».
— Chamb'erieux est au Gr"uber, s’'etait dit Fandor, ce doit ^etre un farceur. Il se pourrait fort bien que j’aie touch'e juste en 'ecrivant : « Cherchez la femme ».