Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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Fandor, sans vergogne, s’'etait introduit dans la pi`ece o`u les deux hommes s’entretenaient :
— L’abb'e, interrompit-il, demande s’il peut se retirer ?
— Mais certainement, fit le magistrat, qui abandonna un instant Juve pour aller rendre la libert'e au pr^etre.
— Bravo, mon cher, disait Fandor `a son professeur de police, voil`a qui est bien raisonn'e. Je viens de vous entendre et j’ai admir'e une fois de plus la logique de votre esprit.
— C’'etait simple, fit Juve, voil`a tout.
— Joli tout de m^eme le tour. Bien ex'ecut'e, pas vrai ?
— Pas trop mal, d'eclara Juve, quoique ne cassant rien, `a vrai dire. Mais o`u veux-tu en venir ?
— `A ceci, Fandor : si Fant^omas n’'etait pas en prison, s’il n’'etait pas enferm'e dans une cellule de la maison d’arr^et de Louvain, ca pourrait bien ^etre, j’en mettrais ma main au feu, un coup `a la Fant^omas.
— Et pourquoi est-ce que ce n’en serait pas un ? On pourrait toujours voir.
— Au fait, poursuivit Fandor, on pourrait voir `a t'el'egraphier une insinuation de ce genre `a La Capitale.
— Oui, fais donc un article dans ce sens.
Mais soudain un cri. C’'etait M. Morel qui venait de le pousser. Au moment o`u il rentrait dans la pi`ece, il avait surpris les derni`eres paroles de Juve.
— Un journaliste, hurla le magistrat terrifi'e, monsieur Juve, vous vous ^etes permis d’introduire un journaliste dans mon cabinet ?
— N’ayez aucune crainte, monsieur le magistrat, mon ami J'er^ome Fandor n’est pas un journaliste comme les autres, il ne bavarde pas. D’ailleurs, voyez, il se retire.
— Parbleu, quand tout est termin'e.
Cependant Fandor s’'etait 'eclips'e, riant sous cape des 'emotions du brave magistrat.
Au passage, il prit par le bras la malheureuse Chonchon, abandonn'ee de tous, qui, profitant d’un petit miroir, avait remis son chapeau et r'epar'e le d'esordre de sa toilette.
— Allons, ces 'emotions ont d^u vous creuser. Venez avec moi, je vous invite `a d'ejeuner.
— Ma foi, je veux bien, dit Chonchon, vous ^etes le seul `a peu pr`es propre dans toute cette bande de mufles.
Elle poussa un gros soupir :
— Comment diable est-ce que je vais m’en tirer avec mes deux num'eros ? Qu’est-ce que je vais dire `a Chamb'erieux et `a Tergall ?
10 – PLAN INFERNAL DE JUVE
Il y avait dix minutes `a peine que Juve et Fandor venaient de regagner l’appartement que le policier occupait depuis des ann'ees et des ann'ees rue Bonaparte.
Fandor qui pour une nuit, sur l’invitation de son compagnon, s’appr^etait `a dormir chez Juve, avait en souriant fait le tour de toutes les pi`eces, furet'e un peu partout, regard'e sous les lits, secou'e les tentures, ouvert les placards, cela, disait-il, froidement, afin d’^etre certain qu’il n’y avait pas « d’embusqu'e ».
Juve ne restait pas inactif. Lui aussi parcourait l’appartement en tous sens, lui aussi cherchait. Mais de son examen ni de celui de Fandor rien ne r'esultait en fin de compte qui f^ut le moins du monde inqui'etant.
— Allons, viens, Fandor, cria Juve, regagnant son cabinet de travail et tirant d’un placard une petite cave `a liqueurs. J’imagine que nous aurons la paix cette nuit et que nous pourrons dormir.
— Mon bon Juve, dit Fandor tout en trinquant d’enthousiasme avec le policier, j’ai pour vous l’affection la plus in'ebranlable, le respect le plus absolu, la sympathie la plus ardente, mais vous vous enfoncez l’ob'elisque dans l’oeil si vous croyez vraiment que vous vous reposerez cette nuit.
— Ah c`a, qu’est-ce que tu me chantes ? Tu pr'etends m’emp^echer de dormir ? Eh l`a, Fandor, si je t’ai invit'e `a venir coucher ici, je te prie de croire que ca n’est pas pour que tu viennes d'eranger mes habitudes de c'elibataire rang'e. Enfin, vas-tu m’expliquer pourquoi je ne me reposerai pas cette nuit ?
— Ah ca, Juve, est-ce que vous vous foutez de moi ? oui ou non ? J’aimerais `a le savoir.
— Et pourquoi veux-tu que je me moque de toi, Fandor ?
— Parce qu’il me semble que votre conduite…
— Ma conduite ? qu’est-ce que tu lui reproches ?
Fandor s’'etait install'e `a califourchon sur une chaise, appuyant son menton au dossier, se balancant, au grand risque de perdre l’'equilibre.
— Ce que je reproche `a votre conduite, digne Juve, c’est tout et rien. Vous ^etes 'enigmatique comme le sphinx, assommant comme une mouche, muet comme une taupe.
— Explique-toi.
— Je m’explique : Juve, vous ^etes dormeur comme une marmotte, parce que de Saint-Calais `a Paris, aussi bien dans le wagon du tortillard que dans le compartiment de l’express, vous avez roupill'e sans arr^et. Vous ^etes muet comme une taupe parce que, quand vous dormez, vous ne fournissez aucune explication. Vous ^etes 'enigmatique comme le sphinx parce que tout dans vos attitudes est incompr'ehensible. Vous ^etes assommant comme une mouche, enfin, parce qu’`a chaque minute `a chaque instant, quelque effort que l’on fasse pour vous comprendre, on demeure stupide devant l’ing'eniosit'e de vos pens'ees. Voil`a, c’est clair ?
— Ca n’est pas clair du tout. Tr`es s'erieusement, je ne te comprends pas, Fandor ?
— Oui ou non, Juve, vous moquez-vous de moi ?
— Oui ou non, r'epondait Juve, vas-tu m’expliquer ce qui t’intrigue si fort ?
— Juve, quand je vous ai rencontr'e au Mans, je vous ai dit que j’avais recu deux avertissements de Fant^omas et que Fant^omas, par cons'equent, 'etait m^el'e aux affaires de Saint-Calais. L`a-dessus, vous m’avez trait'e d’idiot. Est-ce exact ?
— Tr`es exact, Fandor.
— Alors, pourquoi, Juve, hier soir, parlant `a la personne m^eme de M. Morel, avez-vous d'eclar'e que Fant^omas 'etait le coupable du vol ? Et pourquoi ce matin m’avez-vous fait prendre `a Saint-Calais le train de Paris en me d'eclarant, sans autre explication, que nous allions nous occuper de Fant^omas ?
— Allons, Fandor, un peu de calme. J’avoue que tu peux ^etre furieux `a bon droit et je t’annonce que je vais t’expliquer tout ce qui te para^it incompr'ehensible. C’est simple comme bonjour.