ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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— Traite-moi de voleur, alors ?

— Parbleu, B'eb'e, je m’en priverai.

— Ribonard, mon vieux, ca va tourner mal. J’ai le caract`ere doux, mais faut pas m’agacer les dents.

— Calme-toi, B'eb'e. Inutile de me la faire « `a l’oseille ». Tu ne m’avaleras pas, tout de m^eme.

— J’te piquerai bien.

— Oh ! faudrait voir, on est deux.

— J’dis pas le contraire, mais je crois tout de m^eme qu’en face de m'ezigue, tu p`eserais pas lourd. Et puis, c’est pas tout ca, o`u ce qu’est l’argent, o`u ce que sont les bijoux.

— L’argent ? j’l’ai pas. Tu l’sais bien. Pour ce qu’est des bijoux, j’t’en donnerai ta part. Et voil`a tout.

— Autant dire que tu me conseilles de me brosser ? Eh bien, mon vieux, je ne marche pas.

Depuis une heure d'ej`a, B'eb'e et Ribonard 'echangeaient des propos aigres, nich'es – c’est le terme exact – sur le toit d’une sorte de hangar dress'e dans l’un des faubourgs de la ville.

B'eb'e 'etait de plus en plus furieux. Ribonard s’obstinait.

B'eb'e, `a bout d’argument, r'ep'eta :

— Non, je ne marche pas. Plut^ot que d’^etre « fait » par toi, mon poteau, j’aimerais mieux faire parler le petit bijou que voici.

L’apache montrait un revolver. En proie `a une col`ere froide, il compta :

— Si, `a trois, tu ne m’as pas renseign'e, fais tes pri`eres, Ribonard, c’est s'erieux. Allez, parle, un, deux.

— La paix.

Alors, entre les deux complices stup'efaits, un homme se pr'ecipita, un homme grand, mince, bien d'ecoupl'e, dont le visage 'etait recouvert d’un masque noir.

Si subite avait 'et'e l’arriv'ee de cet inconnu que Ribonard et B'eb'e, l’un comme l’autre, demeur`erent quelques secondes incapables d’un mouvement, litt'eralement fig'es sur place.

Ribonard, le premier, reprit son sang-froid.

— Qu’est-ce que tu veux, toi ? commenca-t-il.

Mais d'ej`a B'eb'e s’'etait redress'e :

— Ah, nom de Dieu faisait le bonimenteur qui parlait d’une voix tremblante, ah, nom de Dieu, si je m’attendais `a celle-l`a. J’en cracherai ma langue. C’est toi, Fant^omas ? Toi ?

— C’est moi.

— Mais t’es donc cavale d'e prison ? t’as donc jou'e la fille de l’air ? Ah, cr'e nom, en v’l`a une histoire, vrai, elle me reste sur l’estomac. J’peux pas croire ce que mes yeux voient. Excusez du peu. Fant^omas ici, au Mans, `a deux pas de Saint-Calais. Ah, mince alors, c’est toi Fant^omas ? Dis, vrai Dieu, c’est toi ? j’en suis comme deux ronds de flan. La sueur m’en coule, au long de la goutti`ere. Ah, pour une surprise, c’en est une. Mais qu’est-ce que tu viens foutre l`a tout de m^eme ? C’est bien toi Fant^omas ?

— Eh oui, B'eb'e, si 'etrange que cela te paraisse, c’est bien moi. Tout ce qu’il y a de plus moi.

L’Insaisissable se tut, puis changeant de voix, il reprit :

— C’est moi, le Ma^itre, B'eb'e. Et je ne te cacherai pas que je ne suis pas tr`es satisfait de la facon dont toi et Ribonard vous vous disputiez tout `a l’heure. Suffit-il maintenant que je sois absent quelques heures pour que les T'en'ebreux en viennent `a se menacer les uns les autres ?

Ribonard voulut intervenir :

— H'e l`a, cherre pas tant, Fant^omas, tu dis que tu as 'et'e absent « quelques heures », mince, combien qu’il t’en faut, de campagne, pour que tu comptes un jour ?

— Assez, tu parleras quand je te le dirai.

Fant^omas se retournait vers B'eb'e :

— Qu’aviez-vous `a vous disputer tous les deux ? qu’exigeais-tu de Ribonard ?

— Ah bien, on ne peut pas t’expliquer cela comme ca, Fant^omas. C’est compliqu'e. Sais-tu ce qu’on a fait `a Saint-Calais ?

— Peu importe ce que je sais, parle, je comprendrai.

— Eh bien, voil`a, continua B'eb'e, on a fait trois choses : primo et d’une, on a vol'e des bijoux. Bon c’est moi qui ai fait le coup. Deuxi`emement et de deux : on a refait deux cent cinquante mille francs, ca c’est l’ouvrage `a Ribonard et `a moi. Troisi`emement et de trois : on a zigouill'e un ponte, un nomm'e Chamb'erieux.

— Alors ?

— Alors, Fant^omas, qu’est-ce que tu veux ? Voil`a ce qui s’est pass'e : les bijoux faits, je les ai confi'es `a Ribonard qui les a cach'es dans un endroit que je ne sais pas. Bref, ce cochon-l`a, maintenant, il ne veut plus les rendre.

Ribonard protesta :

— Si, si, je veux bien rapporter les bijoux, mais je ne veux pas que B'eb'e les garde en entier. Faut partager. C’est-y pas la justice, Fant^omas ?

Fant^omas ordonna encore :

— Tais-toi, Ribonard. Et l’argent, o`u est-il. B'eb'e ?

— L’argent, je l’ai confi'e `a ma ma^itresse, une poule que tu connais pas, Fant^omas, une nomm'ee Rosa qu’est « bonnet-blanc » chez la marquise de Tergall.

B'eb'e ajouta :

— Ca l’argent, elle est en s^uret'e. Je suis tout pr^et `a la rapporter pour faire un partage satisfaisant. Mais je veux tout de m^eme pas que Ribonard garde les bijoux entiers.

Fant^omas haussa les 'epaules :

— C’est bien, en voil`a assez sur ce sujet.

L’extraordinaire bandit posa la main sur l’'epaule de Ribonard qui ne put s’emp^echer de p^alir.

— 'Ecoute, tu seras apr`es-demain, `a trois heures de l’apr`es-midi au pied de la cath'edrale du Mans, en bas de l’escalier, pr`es du bassin, je t’y rejoindrai. Nous irons ensemble chercher les bijoux et c’est moi qui ferai le partage. Ne t’avise pas de manquer `a mon rendez-vous, tu sais, n’est-ce pas, Ribonard, qu’on ne d'esob'eit pas impun'ement `a Fant^omas ?

— Je sais.

— Bien. Alors va-t’en et `a apr`es-demain.

Fant^omas se tourna vers B'eb'e, il ajouta :

— Toi, reste. J’ai `a te parler.

En v'erit'e, Fant^omas 'etait bien le Ma^itre, le chef respect'e de tous ceux qui font du vol et du crime leur profession habituelle.

***

Deux heures plus tard, en pleins champs, loin de la ville du Mans, Fant^omas s’entretenait encore avec B'eb'e.

Le bandit venait de se faire raconter en d'etail comment B'eb'e avait r'eussi les deux premiers vols de Saint-Calais, tent'es, affirmait l’apache parisien, pour se procurer l’argent n'ecessaire `a l’'evasion de Fant^omas.

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