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ЖАНРЫ

Париж встречает дождём
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Dommage qu’`a cet instant ce n’est pas toi que je vois. Je vois les heures qui passent et j’attends ton appel. Soudain m’arrive une folle pens'ee que tu m’appelleras et diras: «Bonjour Guy». Je l’ai tellement imagin'e que j’'etais d'ej`a `a cot'e du t'el'ephone. Et j’'etais en col`ere apr`es moi. Nous nous sommes m^eme entendus de se t'el'ephoner plus tard, de se rencontrer, de d^iner ensemble, de faire des plans pour le week-end.

Et quand m^eme pourquoi je m’'enerve? Tu appelleras, tout ira bien. Je vais pr'eparer du caf'e.

10h30. Je poursuis tout simplement pour ^etre plus vite avec toi. En fi n de compte, penser `a toi est aussi agr'eable. M^eme, peut-^etre (quelle terrible pens'ee!), parfois, c’est plus tranquille que d’^etre `a cot'e. Parce que dans ce cas je peux penser, imaginer, inventer, raconter et ne pas craindre que tu te l`eves et que tu partes. Dans mes pens'ees je ne te l^ache pour rien au monde.

Ce jour-l`a dans ce caf'e, j’avais soudain envie de mettre ma main sur la tienne et de la caresser. Je ne voulais pas plus, j’avais tout simplement piti'e de toi. Jusqu’`a la douleur. Et c’est toi! Si ind'ependante, si s^ure! Mais tes yeux 'etaient tristes, et tu 'etais si maigre.

…Et pourquoi je regarde le t'el'ephone? Regarder ou ne pas regarder, tu n’appelleras pas avant midi.

12h30. Il me semble que je m’'enerve, qu’est ce que tu fais? Ton chef t’a redonn'e du travail et tu n’auras pas le temps de d'ejeuner? Certes, il ne sait pas, mais d’o`u le saurait-il, qu’au m^eme moment un homme est assis dans une chambre et attend que la secr'etaire Marie-Ange prenne le t'el'ephone, compose un num'ero et dise simplement: «Salut, Guy». Je commence `a d'etester ton chef, bien que peut-^etre, il ne soit pas coupable. Peut-^etre comme tu dis, c’est ton insupportable soeur Elisabeth qui est coupable. Elle a pris l’habitude de t’appeler `a ton travail `a la pause de midi. Parfois tu dis qu’elle est malheureuse, solitaire… Tu as piti'e d’elle et elle en profi te. Pour moi elle est comme un tyran. Elle t’appelle tous les soirs et elle occupe le t'el'ephone pendant des heures, mais pour ne rien dire.

Les minutes s’'egr`enent… Le t'el'ephone reste muet.

Qu’est-ce que c’est? Je ne vois pas ce que j’'ecris… Je pleure?? C’est bien s^ur ridicule: un homme d’^age m^ur aux cheveux gris 'ecrit une lettre `a une femme de laquelle il est amoureux comme un adolescent… Mais les garcons ne pleurent pas comme disait ma m`ere.

J’ai honte. Je serai fort, tu appelleras. Absolument. Et nous irons «Chez ma cousine», nous commanderons ta viande pr'ef'er'ee «le boeuf Bourguignon» et moi, comme d’habitude, je mangerai ta glace. J’ai en plus un excellent plan pour ce week-end, tu aimeras.

15h30. Qui pourrait supposer qu’il y a tant de force dans cette femme fragile? Et moi, je voulais te prot'eger. Tu n’aimes pas parler de ton d'efunt mari. C’est 'etrange. On voit que tu l’aimais mais on dirait que tu le sens fautif. Avec quel d'epit tu coupes court aux questions et en m^eme temps tu parles de sa bont'e? Il n’est plus l`a, il t’a laiss'e un fi ls, c’est pour c`a que tu lui en veux. C’est vrai?

Tu penses que je veux prendre sa place dans ton coeur? Et d'ej`a c`a ne te pla^it pas. Et oui alors… Excuse-moi, mais une place dans ton lit m’int'eresse moins. C’est autre chose. Oui, j’aime m’endormir avec toi, te sentir… J’aime t’aimer. Mais j’ai besoin de toi, non simplement comme la femme est n'ecessaire `a l’homme. Tu es g'en'ereuse, le don rare. Tu penses que je veux abuser de ta g'en'erosit'e et t’obliger `a rester `a mes cot'es? Certes, je peux te convaincre et te dire qu’avec moi la vie sera plus facile car ton fi ls est d'ej`a adulte et tu peux penser `a toi-m^eme.

Mais je ne tiens pas `a ce que tu me choisisses rationnellement. J’ai besoin de ta tendresse. De ton amour. Rappelles-toi, tu m’as racont'e qu’un jour, ton mari s’est mis `a peindre le plafond avec des touches multicolores? Le coup de pinceau et la t^ache verte sur le plafond. Encore un autre et comme un arc-en-ciel autour du lustre. J imagine ce travail et toi, tu n’'etais pas f^ach'ee, tu riais seulement.

Je ne toucherai pas le plafond. Je te conqu'errai autrement, mais aussi par l‘amour. Seulement tu n’appelles pas. Maintenant c’est clair, la pause du d'ejeuner est fi nie, mais tu es occup'ee. J’attendrai jusqu’au soir. Tu sortiras du bureau, tu iras jusqu’`a «Ecole militaire» et puis tu arriveras `a la maison, enl`everas ton manteau. Tu fumeras peut-^etre une cigarette (bien que tu aies promis d’arr^eter) et tu t’approcheras du t'el'ephone: «Guy, salut, excuse-moi, je n’ai pas appel'e `a midi, d'esol'ee, mais tout va bien, je suis `a la maison, tu viendras?»

Oui, oui! Bien s^ur! C’est pas grave, tu me raconteras apr`es, j’arrive ma Ch'erie!

19h00. Il y a un quart d’heure on a sonn'e `a la porte, j’ai sursaut'e. Soudain j’ai eu un fl ash: toi! Tu as d'ecid'e de me faire une surprise! H'elas…C’'etait le concierge, il avait recu un avis pour moi, il faudra passer `a la poste.

Il a commenc'e `a pleuvoir. Est-ce que tu as pris le parapluie? Tu es tellement distraite. Ou bien peut-^etre tu as pens'e attendre la fi n de la pluie dans un caf'e? Tu es probablement avec Marie-Th'er`ese dans un bar et vous bavardez. Si c‘est comme c`a c’est bien…mais c’est du crachin, cela ne s’arr^etera pas avant longtemps. Il faut que tu te d'ep^eches, tu dois retourner `a la maison et te pr'ecipiter sur le t'el'ephone car je t’attends tellement.

21h00. La pluie ne cesse pas, tu n’as pas appel'e. Que se passe-t-il? O`u es tu? Cent fois je me suis approch'e du t'el'ephone, je voulais composer ton num'ero. Mais je ne l’ai pas fait. Tu me diras: la fi ert'e masculine. Non, non! Quelle fi ert'e? Peut-^etre je craignais de ne pas te trouver, ou bien je ne voulais pas te montrer mes 'emotions: cela pourrait ne pas te plaire. Cela pourrait provoquer un agacement et je ne veux pas t’ennuyer. Je r'esisterai – je vais essayer! – pour toi. Tu es g'en'ereuse, tu ne voudras pas me blesser mais tu ne sais pas mentir. Ma pauvre… qu’est ce que j’ai imagin'e! Je ne te laisserai pas souffrir, prendre une d'ecision. Seulement que tout soit bien pour toi et moi, je pourrais me d'ebrouiller.

Finalement, de penser `a toi, le souvenir de nos rencontres, r^ever de nous, c’est peut ^etre un bonheur plus grand que d’entrer dans l’avenir et contempler l’immensit'e du vide d’une vie solitaire et l’'etroitesse d’une vie `a deux.

0h20. J’ai 'ecout'e Georges Brassens, tous les morceaux. Pourquoi? Je ne sais pas…Peut-^etre pour me calmer. J’ai mis Sardou «la maladie d’amour». Tu te moques de ma sentimentalit'e. Mais ce n’est pas que toi. Et m^eme moi j’ai un peu honte. A mon ^age il faut ^etre plus raisonnable. Mais que faire? Je ne peux pas…»

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