ЖАНРЫ

Франция с 1789 года до наших дней. Сборник документов (составитель Паскаль Коши). La France contemporaine, de 1789 a nos jours. Recueil de documents (par Pascal Cauchy)
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Albert Mathiez, La R'evolution francaise, 1922

« […] L’insurrection du 10 ao^ut, toute diff'erente des pr'ec'edentes, n’a pas 'et'e seulement dirig'ee contre le tr^one. Elle a 'et'e un acte de d'efiance et de menace contre l’Assembl'ee elle-m^eme qui vient d’absoudre le g'en'eral factieux La Fayette et qui a d'esavou'e formellement les p'etitions pour la d'ech'eance. Une situation nouvelle a 'et'e cr'e'ee. Un pouvoir r'evolutionnaire est apparu en face du pouvoir l'egal. La lutte de ces deux pouvoirs emplit les six semaines qui pr'ec`edent la r'eunion de la Convention.

Cette lutte se continuera, apr`es le 20 septembre, dans l’opposition des deux partis qui se disputeront la majorit'e dans la nouvelle assembl'ee. Le parti montagnard sera essentiellement le parti de l’ancienne Commune r'evolutionnaire, tandis que le parti girondin sera form'e des d'eput'es qui avaient si'eg'e au c^ot'e gauche de la L'egislative avant de former le c^ot'e droit de la Convention.

Les deux partis, notons-le tout de suite avant d’y revenir plus en d'etail, sont s'epar'es par des conceptions radicalement diff'erentes sur tous les probl`emes essentiels. Les Girondins, parti de la l'egalit'e, r'epugnent aux mesures exceptionnelles, «r'evolutionnaires », dont la Commune a donn'e l’exemple et que la Montagne recueille dans son h'eritage. Ce sont, dans le domaine 'economique et social : les r'eglementations, les recensements, les r'equisitions, le cours forc'e de l’assignat, bref la limitation de la libert'e commerciale ; dans le domaine politique : la mise en suspicion de tous les adversaires du r'egime, la suspension de la libert'e individuelle, la cr'eation de juridictions exceptionnelles, la concentration du pouvoir par la subordination 'etroite des autorit'es locales, bref la politique du salut public. Programme qui ne sera r'ealis'e pleinement qu’un an plus tard, avec la Terreur, mais qui fut 'ebauch'e et d'efini par la Commune du 10 ao^ut.

L’opposition des programmes traduit une opposition fonci`ere d’int'er^ets et presque une lutte de classes. La Commune et la Montagne, qui en d'erive, repr'esentent les classes populaires (artisans, ouvriers, consommateurs) qui souffrent de la guerre et de ses cons'equences : chert'e de la vie, ch^omage, d'es'equilibre des salaires. L’Assembl'ee et la Gironde, son h'eriti`ere, repr'esentent la bourgeoisie commercante et poss'edante qui entend d'efendre ses propri'et'es contre les limitations, les entraves, les confiscations dont elle se sent menac'ee. Lutte dramatique qui rev^et toutes les formes et qu’il faut suivre dans le d'etail pour en saisir toute la complexit'e.

Le tr^one renvers'e, les difficult'es commencaient pour les vainqueurs. Il leur fallait faire accepter le fait accompli par la France et par l’arm'ee, pr'evenir ou 'ecraser les r'esistances possibles, repousser l’invasion qui entamait d'ej`a les fronti`eres, constituer enfin sur les d'ebris de la royaut'e un gouvernement national. Probl`emes ardus qui ne furent pas r'esolus sans d’affreux d'echirements !

Les commissaires des sections parisiennes, constitu'es dans la nuit du 9 au 10 ao^ut en Commune r'evolutionnaire `a l’H^otel de Ville, tenaient leurs pouvoirs du choix direct du peuple. En face de l’Assembl'ee, issue d’un suffrage indirect et censitaire, discr'edit'ee par le d'esaveu et les menaces qu’elle avait lanc'es aux r'epublicains, par les tractations secr`etes de ses chefs avec la Cour, la Commune repr'esentait une l'egalit'e nouvelle. Forte du prestige de la sanglante victoire remport'ee sur les d'efenseurs du ch^ateau, consciente de l’immense service qu’elle avait rendu `a la R'evolution et `a la France en 'ecrasant la trahison royale, elle n’entendait pas limiter son action dans le cercle 'etroit de ses attributions municipales. Elle avait incarn'e, pensait-elle, l’int'er^et public, elle avait agi au nom de la France r'evolutionnaire tout enti`ere et la pr'esence des f'ed'er'es des d'epartements aux c^ot'es des r'evolutionnaires parisiens dans l’assaut des Tuileries avait scell'e l’alliance fraternelle de la capitale avec la nation.

Комментарии

Commune f r'evolutionnaire – в данном случае, La Commune insurrectionnelle de Paris, повстанческая Парижская коммуна, чрезвычайный орган парижского самоуправления, сформированный в ночь с 9 на 10 августа 1792 г. большей частью парижских секций взамен прежнего выборного муниципалитета. Руководила восстанием 10 августа.

la Montagne – Гора, так называли группировку депутатов, сидевших на верхних скамьях Национального Конвента.

la Gironde – группировка депутатов, ядром которой были члены Национального Конвента от департамента Жиронда. Альбер Матьез исходит из того, что между монтаньярами и жирондистами были классовые противоречия. В современной историографии считается, что основная разница между группировками заключалась в том, что жирондисты представляли региональные элиты и стремились к завершению революции, тогда как монтаньяры изначально ради прихода к власти настаивали на продолжении революции и опирались на столичных санкюлотов и народные общества в провинции.

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La chute de Robespierre et la fin de la Terreur

A partir de 1793, la dictature de la Convention se fait redoutable. L’ex'ecutif est assur'e par deux Comit'es dont le Comit'e de salut public. De ce Comit'e, le jacobin Robespierre, surnomm'e « l’incorruptible », est le v'eritable inspirateur. Pour lutter contre les « ennemis de la R'evolution », la Terreur est `a l’ordre du jour. A la guerre 'etrang`ere s’ajoute la guerre civile, notamment en Vend'ee. Au bout d’un an, la Terreur n’est plus supportable. Un coup d’Etat venu de l’Assembl'ee 'elimine Robespierre et les siens. Dans son roman Les Dieux ont soif, Anatole France revient sur cet 'episode.

Anatole France, les Dieux ont soif, chapitre XXIX, 1912

« La Seine charriait les glaces de niv^ose. Les bassins des Tuileries, les ruisseaux, les fontaines 'etaient gel'es. Le vent du nord soulevait dans les rues des ondes de frimas. Les chevaux expiraient par les naseaux une vapeur blanche; les citadins regardaient en passant le thermom`etre `a la porte des opticiens. Un commis essuyait la bu'ee sur les vitres de l’Amour peintre et les curieux jetaient un regard sur les estampes `a la mode: Robespierre pressant au-dessus d’une coupe un coeur comme un citron, pour en boire le sang, et de grandes pi`eces all'egoriques telles que la Tigrocratie de Robespierre: ce n’'etait qu’hydres, serpents, monstres affreux d'echa^in'es sur la France par le tyran. Et l’on voyait encore: l’Horrible Conspiration de Robespierre, l’Arrestation de Robespierre, la Mort de Robespierre.

Ce jour-l`a, apr`es le d^iner de midi, Philippe Desmahis entra, son carton sous le bras, `a l’Amour peintre et apporta au citoyen Jean Blaise une planche qu’il venait de graver au pointill'e, le Suicide de Robespierre. Le burin picaresque du graveur avait fait Robespierre aussi hideux que possible. Le peuple francais n’'etait pas encore saoul de tous ces monuments qui consacraient l’opprobre et l’horreur de cet homme charg'e de tous les crimes de la R'evolution. Pourtant le marchand d’estampes, qui connaissait le public, avertit Desmahis qu’il lui donnerait d'esormais `a graver des sujets militaires.

– Il va nous falloir des victoires et conqu^etes, des sabres, des panaches, des g'en'eraux. Nous sommes partis pour la gloire. Je sens cela en moi; mon coeur bat au r'ecit des exploits de nos vaillantes arm'ees. Et quand j’'eprouve un sentiment, il est rare que tout le monde ne l’'eprouve pas en m^eme temps. Ce qu’il nous faut, ce sont des guerriers et des femmes, Mars et V'enus.

– Citoyen Blaise, j’ai encore chez moi deux ou trois dessins de Gamelin, que vous m’avez donn'es `a graver. Est-ce press'e ?

– Nullement.

– `A propos de Gamelin: hier, en passant sur le boulevard du Temple, j’ai vu chez un brocanteur, qui a son 'echoppe vis-`a-vis la maison de Beaumarchais, toutes les toiles de ce malheureux. Il y avait l`a son Oreste et 'Electre. La t^ete de l’Oreste, qui ressemble `a Gamelin, est vraiment belle, je vous assure… la t^ete et le bras sont superbes… Le brocanteur m’a dit qu’il n’'etait pas embarrass'e de vendre ces toiles `a des artistes qui peindront dessus… Ce pauvre Gamelin ! il aurait eu peut-^etre un talent de premier ordre, s’il n’avait pas fait de politique.

– Il avait l’^ame d’un criminel ! r'epliqua le citoyen Blaise. Je l’ai d'emasqu'e, `a cette place m^eme, alors que ses instincts sanguinaires 'etaient encore contenus. Il ne me l’a jamais pardonn'e… Ah ! c’'etait une belle canaille.

– Le pauvre garcon ! Il 'etait sinc`ere. Ce sont les fanatiques qui l’ont perdu.

– Vous ne le d'efendez pas, je pense, Desmahis !… Il n’est pas d'efendable.

– Non, citoyen Blaise, il n’est pas d'efendable.

Et le citoyen Blaise, tapant sur l’'epaule du beau Desmahis:

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