La gu?pe rouge (Красная оса)
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Dick rougit imperceptiblement :
— Votre adresse, dit-il, je l’ai eue par le fait d’une indiscr'etion. Il y a trois jours, mademoiselle, vous 'ecriviez au policier Juve pour l’informer des aventures qui vous 'etaient survenues, et demander, je crois, sa protection. Vous lui disiez o`u il pourrait vous joindre.
— C’est vrai, d'eclara H'el`ene, toute p^ale. Comment se fait-il que Juve vous l’ait communiqu'ee ?
— J’ai 'et'e incorrect, vous dis-je, interrompit l’acteur en esquissant un sourire, mais n'ecessit'e n’a pas de loi, il me fallait savoir o`u vous 'etiez, j’ai vu cette lettre non d'ecachet'ee chez Juve, je l’ai prise, ouverte, voil`a pourquoi je suis chez vous.
— C’est indigne, monsieur !
— Je l’avoue, mademoiselle, mais il fallait que je vous voie et surtout que je m’assure de la facon dont vous respectiez les promesses faites.
H'el`ene comprit alors pourquoi Sarah Gordon 'etait venue la voir la veille. On avait voulu l’'eprouver. Dick, sans doute, avait envoy'e chez elle l’Am'ericaine pour s’assurer que la fille de Fant^omas tiendrait sa promesse.
Elle foudroya l’acteur du regard, puis, s’efforcant de rester calme, cependant que sa voix tremblait, elle prof'era, hautaine et d'edaigneuse :
— Il est difficile, monsieur, m^eme pour un cerveau tr`es imaginatif, de concevoir semblable ignominie, je vous en fais mon compliment.
L’acteur rougit, fronca le sourcil :
— L`a n’est pas la question, d'eclara-t-il.
Et il ajoutait, cependant qu’il se dirigeait vers la porte, dans l’intention de se retirer :
— Je suis venu simplement pour m’assurer de votre pr'esence et aussi pour vous dire qu’il fallait encore continuer comme pr'ec'edemment, plus peut-^etre, `a soutenir devant Sarah Gordon que je suis votre amant.
— J’allais justement vous dire, `a mon tour, monsieur, qu’il me sera d'esormais impossible de continuer cette abominable com'edie.
— Vraiment ? `A votre aise ! Mais dans ce cas, je vous pr'eviens que si vous reprenez votre parole, je m’estimerai d'eli'e de mon serment `a votre 'egard.
— Non, non, je vous en prie ! Puisqu’il en est ainsi, ne changeons rien `a ce que nous avons d'ecid'e, je ne vous rendrai pas votre parole et puisque vous l’exigez, je tiendrai mon serment jusqu’`a ce qu’il vous plaise de me faire dire le contraire.
Dick s’en 'etait all'e d'ej`a depuis quelques instants et la malheureuse H'el`ene demeurait effondr'ee, pensive, immobile, au milieu de la pi`ece.
D'ecid'ement, rien `a faire : tout ce qu’elle faisait l`a avait un but unique, qui 'etait de servir la cause d'etestable de son p`ere.
***
— Eh bien, Juve ?
— Eh bien, Fandor ?
Les deux amis 'etaient en t^ete `a t^ete, le policier debout dans son cabinet, orientait son regard inquisiteur vers le journaliste, qui, `a califourchon sur une chaise, levait sur Juve des yeux 'etonn'es, qu’il s’efforcait de rendre calmes, mais au fond desquels brillait une secr`ete angoisse.
— J’esp`ere, poursuivit Juve, que tu ne crois pas un mot de ce que cette petite p'eronnelle, aussi exasp'erante qu’exasp'er'ee, est venue nous raconter.
— Bien entendu, Juve, je n’en crois rien, d'eclara Fandor, mais je vous avouerai tout de m^eme que c’est agacant, pour ne pas dire plus, d’entendre tramer dans la boue, de la sorte, la femme que l’on aime.
— 'Evidemment, fit Juve, 'evidemment, je ne dis pas, mais il y a autre chose, Fandor.
— Et quoi, mon bon Juve ?
Juve et Fandor 'etaient seuls depuis quelques instants, et s’ils 'etaient ainsi 'etonn'es, perplexes, cela tenait `a ce qu’ils venaient de recevoir une 'etrange visite. Sarah Gordon 'etait venue voir le policier. Elle avait, assurait-elle, de graves r'ev'elations `a lui faire, mais, apercevant Fandor, elle s’'etait instinctivement tue.
Juve l’avait mise `a son aise, en lui disant alors qu’elle pouvait parler sans crainte devant le journaliste, un autre lui-m^eme, assurait-il.
Et d`es lors, avec une joie cruelle, car Sarah Gordon se rendait parfaitement compte du mal qu’elle allait faire `a Fandor en parlant, puisqu’elle n’ignorait point que le journaliste 'etait 'epris d’H'el`ene, racontait devant ce dernier, au policier, ce que la fille de Fant^omas lui avait avou'e `a plusieurs reprises. Avou'e, n’'etait m^eme pas le mot. H'el`ene s’'etait vant'ee d’^etre la ma^itresse de Dick, H'el`ene avait jur'e qu’elle le serait encore tant qu’il plairait `a l’acteur.
Et, cependant que Juve 'ecoutait ce r'ecit, avec une moue sceptique, Fandor p^alissait. Mais il ne prononca pas une parole. Lui aussi savait se dominer.
Juve, toutefois, avait interrompu Sarah Gordon :
— Pardon, mademoiselle, avait-il dit de sa voix grave et pond'er'ee, mais que M. Dick soit ou non l’amant de cette Mlle H'el`ene, non seulement je n’y puis rien, mais encore, cela ne me regarde pas. Cela ne nous regarde pas.
— C’est possible, d'eclara alors Sarah Gordon, mais, en tant que policier, j’imagine, monsieur Juve, que vous n’h'esiterez pas un seul instant `a mettre la fille de Fant^omas en 'etat d’arrestation. Je porte plainte contre elle, une plainte formelle. Elle s’est introduite dans mon domicile, `a Enghien, elle m’a menac'ee.
— De quoi ?
— Elle m’a menac'ee, et je le prouverai. En outre, la fille de Fant^omas, monsieur Juve, allait ^etre arr^et'ee par la police, lorsqu’elle s’est empar'ee de l’automobile des agents de la S^uret'e et s’est sauv'ee avec. Je l’ai vue, de cela je pourrai t'emoigner. Si vous ne voulez pas recevoir ma plainte, il en est d’autres qui l’accueilleront.
Juve avait enfin l’air d’ajouter foi `a ces d'eclarations, et il promit `a l’Am'ericaine que, d’ici fort peu de temps, elle aurait la satisfaction d’apprendre que la personne coupable de si noirs forfaits 'etait sous les verrous.
Et d`es lors, Sarah Gordon, qui ne r^evait que d’une chose, c’'etait de mettre le mur infranchissable d’une prison entre H'el`ene et Dick, s’en alla rassur'ee.
Fandor alors, avait dit `a Juve :
— J’esp`ere que vous ne comptez pas mettre `a ex'ecution la promesse que vous avez faite `a cette femme.
Mais Juve s’'etait content'e de hausser les 'epaules. Ils avaient repris leur entretien et Juve avait d'eclar'e :
— Il y quelque chose qui me chiffonne… Certes, comme toi, je suis convaincu qu’H'el`ene n’est en aucune facon la ma^itresse de Dick, mais je suis 'egalement certain qu’elle en a fait la d'eclaration, l’aveu formel `a cette malheureuse Am'ericaine qui, depuis lors, est compl`etement affol'ee. Si H'el`ene a parl'e de la sorte, si elle s’est accus'ee d’avoir Dick pour amant, alors que cela n’est pas vrai, j’en suis s^ur, c’est qu’il y a un motif cach'e, et un motif puissant sans doute, car on ne se d'eshonore pas de gaiet'e de coeur, on n’aime pas `a crier ses amours sur les toits, surtout, Fandor, lorsque, comme H'el`ene, on aime ailleurs.
Le journaliste serra les mains de Juve :
— Merci, dit-il, de ces encouragements que vous me prodiguez. Elle doit avoir ses raisons.
Juve approuva :
— Nous sommes en pr'esence d’un 'echeveau. Il va s’agir de le d'ebrouiller.
Le journaliste prit son chapeau.
— N’ayez crainte Juve, ce ne sera pas long. Je cours rue Ravignan, puisque c’est l`a, nous a dit Sarah Gordon, que l’on peut rencontrer H'el`ene, et je tirerai l’affaire au clair.
Juve l’arr^eta par le bras :