La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Et alors ?
— Alors, vous me pr'esenterez, voil`a tout.
Le jeune homme se leva, il serra la main de Fandor :
— Vous avez 'et'e si d'elicat, si discret `a mon 'egard, que je ne veux rien vous refuser. C’est une affaire entendue. Je d^ine pr'ecis'ement ce soir chez mon oncle, mais je ne pourrai gu`ere ^etre libre avant neuf heures et demie, car il y a du monde, une invit'ee.
— Qui cela ? interrogea indiscr`etement Fandor.
— Oh, fit Jacques Faramont, une seule personne ; une jeune 'etrang`ere, une Am'ericaine, que mes parents connaissent, et que ma tante a retrouv'ee l’autre jour dans un th'e. Elles se sont prises d’amiti'e l’une pour l’autre et cette jeune Am'ericaine a accept'e de venir d^iner ce soir chez eux, `a Ville-d’Avray.
— Ah bah, fit Fandor, et comment s’appelle-t-elle ?
— Sarah Gordon.
Le journaliste changea de couleur, mais dissimula sa surprise. Comment se faisait-il que miss Gordon v^int chez les Keyrolles ?
***
Il 'etait neuf heures et quart lorsque, chez les Keyrolles, on se leva de table. Ainsi que l’avait annonc'e Jacques Faramont, Sarah Gordon 'etait venue d^iner. La jeune Am'ericaine avait pass'e tout l’apr`es-midi chez Mme de Keyrolles.
Le caf'e absorb'e, Jacques, suivant son habitude, demanda `a sa tante la permission de se retirer.
— Il faut que je rentre, balbutia-t-il, et je ne voudrais pas attendre le dernier train.
M. de Keyrolles l’approuva :
— Comme il travaille, ce cher enfant, dit-il, c’est `a peine s’il prend le temps de manger.
Mme de Keyrolles ajouta pour Sarah Gordon :
— Notre petit Jacques a une adoration pour nous. Chaque fois que ses travaux lui en laissent le temps, il saute dans le train et vient nous rendre visite. On ne peut pas dire que cet enfant-l`a n’aime pas sa famille.
Jacques Faramont cherchait `a d'etourner la conversation. Il lui d'eplaisait de s’entendre d'ecerner de semblables compliments. Certes, il aimait bien son oncle et sa tante, mais il y avait chez eux quelque chose de plus qui l’attirait, c’'etait Brigitte.
Ce soir-l`a, toutefois, Jacques Faramont ne devait pas rencontrer sa ma^itresse dans les jardins de la maison abandonn'ee. Il devait retrouver Fandor, tenter la visite convenue aupr`es de la dame aux cheveux blancs.
Tout allait pour le mieux jusque-l`a et Jacques Faramont prenait cong'e de sa tante, lorsque Sarah Gordon, avec le sans-g^ene des femmes de son pays, l’interpella :
— Cher monsieur, fit-elle, puisque vous rentrez `a Paris, je veux vous demander de m’accompagner. Je n’aime pas circuler seule dans cette banlieue d'eserte.
Le jeune homme parut tout d'econtenanc'e : « Sapristi, pensa-t-il, comment faire pour me d'ebarrasser de cette personne, et Fandor qui m’attend ? »
Il eut cependant assez de pr'esence d’esprit pour r'epondre galamment :
— C’est une affaire entendue, mademoiselle, je vous reconduirai bien volontiers, toutefois, voulez-vous m’accorder une petite demi-heure, il faut que je passe au bureau de tabac du village, cela vous d'etournerait. Je vais y courir tout seul et je viendrai vous reprendre dans quelques instants.
M. de Keyrolles, toujours pr'ecis, consultait sa montre :
— Neuf heures vingt ; il faut bien, en effet, une demi-heure `a Jacques pour aller et venir au bureau de tabac, il sera donc dix heures moins dix lorsqu’il sera de retour. Vous avez un bon train `a dix heures pour Paris, mais il ne faudra pas tra^iner.
— Parfait, dit Sarah Gordon.
Puis se tournant vers Mme de Keyrolles, elle ajouta :
— Je vous quitterai, ch`ere Madame, `a dix heures moins le quart, j’attendrai M. Jacques `a l’entr'ee de l’avenue, comme cela nous gagnerons quelques minutes.
— Ouf, soupira Jacques une fois dans la rue, j’ai 'echapp'e au crampon, mais sapristi, il va falloir faire vite, puisqu’il faut que je la retrouve `a dix heures moins le quart. Ces femmes seules sont vraiment assommantes. Elles ont toujours besoin d’^etre accompagn'ees.
Au coin de l’avenue, Jacques Faramont apercut Fandor.
Le journaliste avait l’air tout penaud. Il 'etait adoss'e `a la grille du jardin et tenait sur sa poitrine une 'enorme gerbe de fleurs envelopp'ee de papier blanc.
— Ah vous voil`a ! grogna-t-il en apercevant le fils du b^atonnier. J’avais peur d’un malentendu et je commencais `a me sentir stupide avec ce bouquet que je prom`ene depuis Paris. Tenez, je vous le passe.
Et Fandor confia les fleurs `a l’avocat.
— Ne perdons pas une minute, dit le jeune avocat, il faut que je vienne reprendre Sarah Gordon ici m^eme, `a dix heures moins le quart.
— Parfait, d'ep^echons-nous !
Ils franchirent ensemble la grille du parc de la villa abandonn'ee, et, tandis que Jacques Faramont se dirigeait vers la maison, Fandor se dissimulait derri`ere le gros arbre.
Jacques Faramont gravit pos'ement les marches du perron de la maison silencieuse.
Le jeune homme sonna. Nul bruit. Fandor, d'ej`a nerveux, se disait :
« Cette tentative ne sert `a rien, la femme aux cheveux blancs ne se montrera pas. »
Mais la porte s’entreb^aillait doucement, cependant qu’une l'eg`ere lueur p'en'etrait dans le vestibule.
Jacques Faramont p'en'etrait dans ce vestibule.
« Ca y est », pensa Fandor.
Le journaliste s’'etait pench'e pour regarder, il venait d’entrevoir une silhouette, celle d’une femme grande, v^etue de blanc, semblait-il.
Fandor ne voyait pas les traits de la jeune femme.
Qui 'etait la personne myst'erieuse de la villa ? Pourquoi H'el`ene avait-elle fait une apparition dans le jardin, la nuit de l’attentat ? La personne myst'erieuse de la villa n’'etait-elle pas H'el`ene, tout simplement ?
Pas de bruit, pas de lumi`ere. Fandor s’approcha, sonna. Long bruit de la clochette. Rien. Mais la porte 'etait entreb^aill'ee.
« Allons-y », se dit Fandor qui franchit le seuil, mais il h'esitait sur la marche `a suivre quand il entendit des g'emissements, un cri :
— Au secours ! D'elivrez-moi !
C’'etait la voix du jeune Faramont.
Que lui 'etait-il arriv'e ?
Fandor ouvrit la premi`ere porte, craqua une allumette : la pi`ece 'etait vide. La porte du fond 'etait ferm'ee `a cl'e. De derri`ere elle venait, plus nette, la voix de Jacques qui continuait d’appeler.
— Me voil`a, cria Fandor, courage !
Un l'eger bruit surprit le journaliste. Il se retourna : la porte par laquelle il 'etait entr'e venait de se refermer brusquement. Il y courut, la secoua. Trop tard. La cl'e avait tourn'e. Fandor, `a son tour, 'etait prisonnier. Le journaliste n’'etait pas pr`es de se d'ecourager. Il avisa la fen^etre, l’ouvrit. Des volets cadenass'es en interdisaient l’acc`es. Par les jours de ceux-ci, il apercut une forme blanche, cependant qu’un grand cri d’angoisse d'echirait le silence de la nuit.