La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Voici, expliqua-t-elle. Dick, l’acteur Dick, l’homme pr'ecis'ement qui a 'et'e m^el'e aux derni`eres aventures d’Enghien et du th'e^atre de la rue Clignancourt, Dick, enfin, a touch'e pas mal d’argent, il est en ce moment, je le sais, chez sa ma^itresse, une certaine dame qui s’appelle Sarah et qui habite Enghien, dans un h^otel que je connais. Il en repartira vers minuit, je le sais aussi.
— Comment ?
— Cela ne te regarde pas. Bref, il s’en ira `a minuit. Si vous voulez que nous tentions le coup, nous n’avons qu’`a aller l’attendre. Isolino se jettera sur lui, toi, Nadia, tu le b^aillonneras et tu le ficelleras, moi je me charge de le d'epouiller, nous nous partagerons ensuite le p`eze par parts 'egales. Ca colle-t-y ?
— Es-tou s^ure au moins qu’il ne se m'efie de rien ? Sais-tou s’il est arm'e ou non ? demandait Isolino.
— Je sais qu’il y a pr`es de deux cent mille francs `a se partager et que ca vaut de risquer un peu.
— Il est dix heures, dit Isolino en regardant sa montre, on a juste le temps d’arriver l`a-bas. Par o`u qu’on se cavale ?
— Par le tramway.
H'el`ene guidait en effet ses deux complices vers le tramway d’Enghien. Sur son ordre, Nadia grimpa dans la baladeuse, Isolino de son c^ot'e, montait dans la premi`ere voiture, mais restait sur la plate-forme, cependant qu’elle-m^eme allait prendre place `a l’int'erieur, contre la vitre qui la s'eparait du machiniste. Dans la nuit, le tramway fila vers Enghien.
Mais quels 'etaient donc `a ce moment les pens'ees et les projets d’H'el`ene ? Pourquoi la jeune fille qui, quelque temps plus t^ot, avait essay'e de paralyser les criminels desseins de Mario Isolino et de Nadia, en les mettant `a Ville-d’Avray dans l’impossibilit'e de r'ealiser leur crime, les servait-elle aujourd’hui ?
'Etait-ce bien vers le vol que la fille de Fant^omas conduisait Isolino et Nadia ?
`A vrai dire, il e^ut fallu peu conna^itre H'el`ene pour la croire capable d’une pareille chose. Il ne fallait pas songer davantage qu’elle conduisait ses mis'erables compagnons `a une sourici`ere, qu’elle se pr'eparait `a livrer `a la police les coupables de la tentative de Ville-d’Avray.
Certes, H'el`ene 'etait honn^ete. Certes la pure jeune fille avait horreur de ceux qui l’accompagnaient, mais elle 'etait cependant trop loyale pour jamais trahir ceux qui se confiaient `a elle, pour jamais les livrer `a la police.
H'el`ene avait de tout autres desseins.
La jeune fille avait appris, en effet, le vol dont Juve avait 'et'e victime. De plus, elle connaissait le coupable. Elle savait que Dick 'etait l’auteur de ce vol. Elle savait que ses papiers, ces fameux papiers qui jadis avaient fait couler tant de sang au Transvaal, se trouvaient entre les mains du terrible acteur, et c’'etait cela, maintenant, qu’elle voulait aller reprendre de force `a Dick.
Or, tandis que le tramway filait sur Enghien, tandis qu’H'el`ene r'efl'echissait `a la tentative d'esesp'er'ee qu’elle allait entreprendre, Dick et Sarah se promenaient lentement, amoureusement enlac'es dans le grand jardin de l’h^otel o`u, sur l’ordre de Juve, Sarah Gordon continuait d’habiter.
Dick 'etait en train de faire `a la jeune femme une br^ulante d'eclaration d’amour :
— Ma ch`ere, affirmait l’acteur d’une voix prenante, sa voix des sc`enes de tendresse, ma ch`ere, vous avez dout'e de moi et c’est de l`a que viennent tous nos malheurs, il fallait ^etre plus confiante, il fallait savoir que je n’'etais pas l’homme `a vous d'eclarer un amour que je n’aurais pas 'eprouv'e. Il fallait comprendre aussi que si je vous suppliais de demeurer en France, c’est qu’en r'ealit'e, je ne pouvais pas m’en aller au moment o`u vous le d'esiriez.
— Taisez-vous, dit la jeune femme. Vous me parlez de confiance, et vous devriez pourtant savoir que la confiance est impossible d'esormais entre nous.
— Impossible, pourquoi ?
— Parce que je sais assez de choses pour me rendre compte que je suis folle de vous aimer. Parce que je n’ai plus de doute, vous vous moquez de moi, vous avez une ma^itresse, vous aimez une autre femme.
Or, `a ces mots, Dick 'eclatait de rire :
— Sarah, ma bonne Sarah, r'epondait-il, en prenant de force le bras de la jeune femme et en le serrant amoureusement, je vous jure que vous d'eraisonnez ! J’ai peut-^etre eu besoin d’'eprouver votre amour, peut-^etre ai-je voulu savoir si vous m’aimiez assez pour ^etre jalouse de moi. Peut-^etre m^eme, ai-je simplement voulu jouer un peu avec votre coeur. Mais de gr^ace, n’imaginez point qu’il soit une autre femme au monde que j’aime autant que vous.
— Vous mentez. J’ai vu cette H'el`ene. Je sais qu’elle est votre ma^itresse. Elle me l’a dit.
— Sottise !
— Non, v'erit'e, Dick. Oh n’essayez pas de m’abuser. J’ai bien compris qu’elle vous aimait et que vous l’aimiez !
— Sarah, j’ai un moyen pour vous convaincre. Si vous voulez ne pas douter de mon amour, acceptez ce que je vais vous proposer.
— Quoi donc ?
— Voulez-vous que nous partions en Am'erique ?
— Quand ?
— Demain, ce soir, si vous voulez ?
— Je voudrais vous croire. Je voudrais oser accepter votre offre. Mais elle me semble trop belle.
Elle se taisait, elle r'efl'echissait, puis soudain, elle frissonna.
Le grand parc de l’h^otel dans lequel Sarah et Dick se promenaient ainsi, 'etait plant'e d’'epais massifs que l’ombre de la nuit faisait encore plus touffus et plus myst'erieux. Les deux jeunes gens s’'etaient 'eloign'es des b^atiments, ils se trouvaient au bout du jardin et le silence de la nuit semblait peser de tout son poids.
— Avez-vous entendu ?
— Non, je n’ai rien entendu.
— Vous me jurez, Dick, que vous n’aimez pas H'el`ene ?
— Oui, je vous le jure.
— Si je vous prenais au mot, si j’acceptais de partir en Am'erique, nous partirions imm'ediatement ?
— Oui, nous partirions.
— Si vous m’aimiez ? commencait Sarah.
Mais au m^eme moment, la jeune femme s’interrompit, elle poussa une exclamation d’effroi.
— Mon Dieu, Dick, je ne me trompe pas. On marche ici, `a c^ot'e, dans le fourr'e.
— Ma ch'erie, vous ^etes nerveuse et impressionnable et c’est pour cela que vous croyez entendre quelque chose, alors qu’en r'ealit'e, il n’y a rien. Non, nous sommes seuls ici.
— Rentrons `a l’h^otel, voulez-vous ?
— Soit, rentrons.
Dans le silence calme du soir un coup de sifflet retentit.
— Allons-y ! avait cri'e une voix.
`A quoi une voix de femme r'epondit :
— Ne lui faites pas de mal ! Il faut seulement l’arr^eter !
Trois hommes avaient surgi. Et tandis que Sarah affol'ee s’'elancait en avant, ayant si peur qu’elle ne pouvait m^eme pas crier au secours, Dick 'etait renvers'e sur le sol, 'etrangl'e `a moiti'e. On le fouillait, on lui arrachait son portefeuille.
Trois minutes plus tard, avertis par Sarah Gordon dont l’'emotion faisait peine `a voir, les gens de l’h^otel, portant des torches et arm'es de tout ce qui avait pu leur tomber sous la main, accouraient dans les all'ees du parc.
Or, en arrivant, les domestiques apercurent l’acteur, un peu p^ale, mais cependant tr`es calme.
— Eh bien, que s’est-il pass'e ? O`u sont-ils ?
Dick les rassura d’un mot :
— C’est une d'eplorable m'eprise qui vient d’avoir lieu, murmurait-il. C’est une abominable m'eprise ; je me promenais avec miss Gordon lorsque nous avons rencontr'e d’autres passants. Nous nous sommes mutuellement pris pour des voleurs et voici pourquoi elle s’est enfuie, voici pourquoi elle a donn'e l’alarme.