La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Qui me r'esiste meurt ! hurlait Fant^omas. Ah, vraiment, tu parles de tout raconter `a la police. Eh bien, nous verrons si les muets peuvent trahir. Car tu vas ^etre muet, Sunds, muet pour toujours. Pas de bavards dans les cimeti`eres.
Fant^omas 'etait `a genoux sur le malheureux peintre, ses doigts l’'etranglaient `a moiti'e. Un instant, sa main desserra son 'etreinte, mais Sunds n’avait pas eu le temps seulement d’appeler au secours, que Fant^omas avait tir'e de sa poche un long bandeau de soie, qu’il portait toujours.
Il lui fallut moins d’une seconde pour b^aillonner Sunds.
— Oh, oh, railla le Ma^itre de l’Effroi, je crois que tu commences `a te taire. Mais tu te tairas bien davantage dans deux heures.
Fant^omas riait. Lentement, m'ethodiquement, il attachait les poignets de Sunds, il lui liait les jambes aux chevilles :
— Eh bien, imb'ecile, demandait-il, comprends-tu que j’avais raison en te disant que tout cela finirait mal ?
Sunds, `a cet instant, 'etait au comble de l’effroi : Que faisait Fant^omas, que pr'eparait-il ? `A quelle diabolique besogne se livrait-il ?
Fant^omas avait tir'e au milieu de l’atelier une grande 'echelle qu’il appuyait au vasistas s’ouvrant sur le toit de la b^atisse :
— Sunds, annonca le tortionnaire, je n’aime pas les morts rapides. J’ai toujours la cl'emence d’accorder `a mes victimes quatre ou cinq heures pour voir la mort en face et se repentir. Je te pr'epare un petit tr'epas qui te laissera tout le temps de r'efl'echir `a la sottise dont tu as fait preuve.
Fant^omas 'etait revenu pr`es de Sunds. Comme s’il e^ut soulev'e un fardeau l'eger, il empoignait le corps de l’artiste, le jetait sur ses 'epaules. Fant^omas, alors, gravit la haute 'echelle. Il ne semblait pas sentir le poids de Sunds, il agissait avec une parfaite libert'e de mouvement.
Parvenu au haut de l’'echelle, Fant^omas ouvrit le vasistas, il se glissa sur le toit.
Il 'etait six heures du soir. L’obscurit'e commencait. La ruelle pr`es de l’atelier 'etait d'eserte.
— Tout est fort bien, murmura Fant^omas.
Il jeta Sunds sur le toit, le tira par les pieds, sans s’occuper des terribles blessures qu’il faisait au visage du malheureux, 'ecorch'e aux asp'erit'es des ardoises.
Fant^omas roula Sunds jusqu’`a la goutti`ere. Il y coucha l’artiste, en 'equilibre, le corps pendant `a moiti'e dans le vide.
— 'Ecoute-moi bien, d'eclarait le bandit, se penchant `a l’oreille de sa victime, voici ce que je vais faire. `A ton pied, j’attache une corde, cette corde rejoint la porte d’entr'ee de ton atelier, quand on ouvrira la porte, on tirera sur la corde, tu seras pr'ecipit'e dans le vide. Ne crois pas, Sunds, que ce soit tout. Il se pourrait que tu en r'echappes. Somme toute, tu ne vas tomber que de cinq ou six m`etres. Or, mon camarade, j’ai d'ecid'e ta mort. 'Ecoute. Regarde : tu vois ce fil de fer ? Il est termin'e par un noeud coulant, je le passe autour de ton cou, il y fera l’office d’un couteau de guillotine. Mon cher, quand tu d'egringoleras dans le vide, tu te sentiras brusquement arr^et'e par ce licol tranchant. Le fil de fer n’est pas assez long pour que tu atteignes le sol. Tu seras suspendu et pendu si brusquement que j’aime `a croire que tu auras la t^ete tranch'ee. Voil`a ce qui t’attend, Sunds. Penses-y et demandes-toi s’il n’e^ut pas mieux valu me servir fid`element ?
***
Pendant que cela se passait, qu’'etait devenu Fandor ?
Fandor, au sortir de l’atelier de Sunds, s’'etait pr'ecipit'e comme un fou dans les rues de Montmartre, cherchant `a retrouver H'el`ene.
Ses recherches, malheureusement, 'etaient demeur'ees vaines et Fandor devait se r'esigner `a comprendre que si la jeune fille l’avait reconnu, comme il 'etait probable, au moment o`u il s’'etait pr'ecipit'e sur Sunds, elle n’en avait pas moins voulu s’enfuir, ne pas se montrer, ne pas se faire reconna^itre.
« Peut-^etre, H'el`ene s’imagine-t-elle que je ne l’ai pas identifi'ee », pensait Fandor.
De guerre lasse, ayant battu les environs de l’atelier, Fandor s’'etait d'ecid'e `a aller trouver Juve.
« Il faut que je le mette au courant, pensait le journaliste, il faut surtout que je lui rende ces fameux papiers, si miraculeusement retrouv'es. Par exemple, je me demande comment Juve m’expliquera qu’ils 'etaient au fond d’une potiche, dans l’atelier de Sunds. Du diable si nous aurions pens'e `a cela. »
Rue Tardieu, Fandor eut la chance de trouver le policier `a domicile.
Juve 'etait `a plat ventre par terre, et fumait avec conviction une pipe 'enorme. Il 'etait d’une humeur massacrante :
— Qui va l`a ? demandait-il sans se retourner, comme Fandor ouvrait la porte de son cabinet de travail. Si c’est vous, Jean, allez au diable !
— Ca n’est pas Jean, c’est moi.
— Eh bien, vas-y quand m^eme.
Fandor ne se d'emonta pas pour si peu.
— Mon vieux Juve, ce qui me pla^it en vous, c’est que vous avez l’humeur agr'eable aujourd’hui. Enfin cela ne fait rien. Il para^it que je dois ^etre mal recu partout : en haut de la Butte, j’ai recu une tripot'ee formidable, en bas de la Butte, je me fais envoyer au diable. Je vais t^acher de descendre sur les boulevards, peut-^etre qu’on ne m’y engueulera pas.
Juve, cependant, demeurait 'etendu. Sans m^eme tourner la t^ete, il interrogea :
— Pourquoi as-tu recu une tripot'ee au haut de Montmartre ? Et avec qui te l’es-tu flanqu'ee ?
— Avec Sunds.
— Avec Sunds ? Qu’est-ce que tu fichais chez Sunds ? Il a eu raison de te fiche `a la porte, cet homme, si tu venais l’emb^eter comme tu viens m’emb^eter.
— Juve, ce qu’il y a pr'ecis'ement d’injuste dans l’histoire, c’est que je suis aussi mal recu par vous que par Sunds, or, je fais chez vous le contraire de ce que j’ai fait chez Sunds.
— Qu’y faisais-tu, animal ?
— Juve, j’ai pris chez Sunds, quelque chose… et ce quelque chose, je vous l’apporte.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Cela.
Fandor, d’un geste rapide, jeta les papiers d’H'el`ene `a Juve.
Sur ce, il fit `a son vieil ami, le r'ecit de ses aventures.
— Et voil`a, qu’est-ce que nous allons faire ?
Juve n’h'esita pas.
— Ce que nous allons faire ? Aller trouver Sunds, parbleu ! Il y a gros `a parier que c’est cet individu qui s’est gliss'e chez moi, en prenant ma t^ete pour voler les papiers d’H'el`ene, puisque en somme, c’est chez lui que tu viens de retrouver ces papiers. Sunds, c’est s^urement un complice de Fant^omas.
***
Juve et Fandor se h^at`erent de remonter la Butte Montmartre. Vers sept heures et demie ils arrivaient `a l’atelier du peintre.
— Attention, recommanda Juve, j’ai tout lieu de croire que le bonhomme doit ^etre sur ses gardes. S’il s’est battu avec toi, Fandor, tu admettras bien que, tout d'eguis'e que tu 'etais, il a d^u supposer que tu jouais un r^ole louche. Donc, quand il va nous apercevoir, il va t^acher de se d'efiler le plus vite possible. Tu vois ce qu’il y a `a faire, Fandor ?