ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
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— Mon secret ? Quel secret ?

— Daniel, tu n’es pas un homme, tu es une femme, tu es une jeune fille.

— Vous ^etes absolument fou.

Mais l’artiste, de force, avait empoign'e le jeune homme, il l’attirait au grand jour qui tombait de la baie vitr'ee de l’atelier :

— Mon petit, faisait-il, je ne pose pas au grand talent, je ne me crois pas un Rubens, un Rembrandt, je ne me crois rien du tout. Cependant, je sais dessiner. Or, vois-tu, il n’y a qu’`a te regarder, `a regarder ta ligne, pour qu’aux yeux d’un artiste, ton maquillage apparaisse. Tes cheveux ? Une perruque. J’en jurerais. Et puis, il y a tout, il y a la courbe de ton front, il y a tes bras, il y a tes mains, il y a tes pieds… Des pieds d’homme, ca ? Jamais ! Allons donc, Daniel, avoue la v'erit'e, tu es une femme. Ai-je devin'e ?

L’'etrange Daniel, `a ce moment, paraissait fort contrari'e :

— Quand cela serait ? d'eclara-t-il.

— Eh bien, si cela 'etait, et cela est, c’est, 'evidemment, que tu as des raisons graves pour vouloir te cacher. Tu es une femme d'eguis'ee en homme ? Bon je te le r'ep`ete, je ne te demande pas d’explications. Mais ici, chez moi, tu n’as rien `a craindre, redeviens la femme que tu es, ne t’occupe pas de Pierre, de Paul ou de Jacques, et accepte de vivre avec moi. Tu me plais, je t’aime ; veux-tu ?

— Non.

Il y avait `a ce moment, non loin de l’atelier, dans l’appentis o`u se trouvait le four, un homme qui souffrait le martyre.

Il n’est rien de pire que la jalousie, il n’est pas de tourment plus ex'ecrable que le tourment endur'e par un homme qui voit la femme qu’il aime expos'ee `a des entreprises autres que les siennes. Le vieux Mathusalem avait depuis longtemps jet'e dans le four `a poterie les morceaux de charbon n'ecessaires. D’abord, il n’avait pr^et'e qu’une oreille discr`ete aux paroles qui s’'echangeaient dans l’atelier. Puis, bient^ot, il s’'etait efforc'e de les surprendre et l’oreille coll'ee `a la porte, fr'emissant, serrant les poings, il avait entendu Sunds et cela semblait lui causer d’indicibles tortures. Qui donc 'etait Mathusalem ? Mathusalem, l’extraordinaire bonhomme qui, depuis quelque temps, passait dans le monde de la boh`eme, faisant chaque jour, sans en avoir l’air, causer le monde des chineurs, n’'etait pas le vieux bonhomme qu’il paraissait aux yeux de tous. Si l’on e^ut tir'e sur ses cheveux blancs on se f^ut apercu qu’ils 'etaient aussi postiches que les cheveux de Daniel. Si l’on e^ut voulu arracher sa barbe blanche, elle serait rest'ee sans effort dans la main d’un curieux. De m^eme, le bonhomme qui marchait vo^ut'e, `a pas tremblants, appuy'e sur des b'equilles, se f^ut, avec facilit'e, redress'e avec la souplesse de la jeunesse et e^ut r'ealis'e des prodiges d’acrobatie. Le vieux Mathusalem, en r'ealit'e, n’'etait autre que J'er^ome Fandor.

Actif, remuant, audacieux aussi, Fandor avait d'ecid'e, le jour m^eme o`u Bouzille lui annoncait qu’il comptait des amis parmi les boh`emes, de surveiller les ateliers. Fandor avait pris ce d'eguisement du p`ere Mathusalem parce qu’il lui 'etait vite apparu que c’'etait le meilleur qu’il p^ut souhaiter.

Or, si le vieux Mathusalem 'etait Fandor, il n’'etait pas 'etonnant, 'evidemment que Fandor se f^ut apercu, tout comme Sunds, que Daniel n’'etait pas Daniel.

Il y avait cependant une diff'erence entre les d'ecouvertes du journaliste et les d'ecouvertes de l’artiste.

Sunds avait tout simplement trouv'e que Daniel 'etait une femme. J'er^ome Fandor lui, l’avait reconnue, cette femme. Il savait son nom, et ce nom, quand il le prononcait, le faisait tressaillir. Daniel, pour lui, c’'etait H'el`ene, c’'etait la fille de Fant^omas, c’'etait celle qu’il ch'erissait entre toutes, celle qu’il appelait sa fianc'ee, celle dont la vie, mauvaise, le s'eparait sans cesse.

Mathusalem-Fandor, embusqu'e dans l’appentis de Sunds, 'etait donc fort malheureux `a 'ecouter les d'eclarations amoureuses que l’artiste adressait `a la fille de Fant^omas.

Fandor, cependant, tressaillit d’aise en s’apercevant qu’H'el`ene n’en semblait nullement 'emue. Sa g^ene et son ennui m^eme 'etaient visibles.

— Sunds, disait la jeune fille `a l’artiste, je ne sais pas ce que vous avez aujourd’hui, mais vous dites des sottises. Vous avez devin'e que je suis une femme. Bon. C’est vrai. Je l’avoue ! Mais ce n’est pas une raison pour que j’accepte de vivre avec vous. Voyons, r'efl'echissez. Si j’ai pris la peine de me d'eguiser en homme, si je risque ce mensonge extraordinaire, c’est probablement que j’ai des int'er^ets graves `a d'efendre.

— Je t’aime, petite !

— C’est peut-^etre, continuait H'el`ene, que j’aime ailleurs. Vous ^etes un brave homme, Sunds, vous comprendrez par cons'equent que vos assiduit'es me feraient souffrir.

Mais H'el`ene connaissait mal le caract`ere de Sunds. L’artiste n’'etait peut-^etre pas un m'echant homme, mais il 'etait violent et emport'e. Le trafiquant d’objets d’art 'etait de ceux qui resteraient honn^etes toute leur vie si une tentation trop forte n’en faisait des voleurs, ou m^eme des assassins. Il n’'etait pas fonci`erement vicieux, mais par passion, il 'etait capable des pires atrocit'es.

Aux paroles d’H'el`ene, qui lui permettaient de deviner que la jeune fille aimait et aimait un autre que lui, Sunds sentait une col`ere furieuse monter en lui. Son visage se congestionnait, ses traits se gonflaient :

— Alors, voil`a la v'erit'e, tu es bien une femme et pourtant tu ne veux pas devenir ma ma^itresse ?

— Non, je ne veux pas ! r'epondit H'el`ene qui, lentement, recula vers la porte.

La jeune fille, toutefois, n’eut pas le temps de s’enfuir. Brutalement, Sunds se pr'ecipitait vers elle.

— Eh bien, tant pis pour toi, faisait-il, si tu ne veux pas de bonne gr^ace, tu voudras de force.

Il avait empoign'e H'el`ene. La jeune fille se vit perdue. Elle poussa un faible cri.

Mais, `a ce moment, la sc`ene brusquement changea. En effet, une s'erie de jurons r'epondait au cri d’H'el`ene :

— Bandit, canaille, crapule, salet'e, immondice !

Et Sunds, qui s’attendait peu `a une attaque, certes, recevait en plein dans le dos une 'enorme potiche de porcelaine, projectile que trouvait tout naturellement sous sa main en bondissant dans l’atelier, le faux Mathusalem, J'er^ome Fandor volant au secours de sa belle.

— Attends un peu, mis'erable ! hurlait Fandor. Attends un peu que je te flanque la tripot'ee que tu m'erites.

Fandor arriva, le poing lev'e vers Sunds.

Le Danois l^acha H'el`ene et fit face au journaliste.

— Comment, hurlait l’artiste, voil`a le vieux qui est jeune maintenant. Tu es donc de la rousse ? Eh bien, soit, `a nous deux !

Enlac'es, les deux hommes lutt`erent, cherchant `a se renverser, voulant s’'etrangler, 'echangeant de furieux coups de poing. Fandor, cependant, plus jeune que Sunds, plus entra^in'e que lui aux exercices physiques, aurait eu 'evidemment facilement raison de son adversaire, si, au plus fort de la bataille, une pr'eoccupation nouvelle ne lui 'etait venue. En luttant, Fandor voyait en effet, sans y pr^eter attention d’abord, que l’'enorme potiche qu’il avait lanc'ee `a la t^ete de Sunds s’'etait bris'ee en mille morceaux, et qu’il en 'etait tomb'e un paquet qui tra^inait sur le sol.

Or, le hasard de la bataille faisait qu’un coup de pied ouvrait ce paquet, le d'eroulait plut^ot, car il s’agissait d’une sorte de rouleau de documents.

Et d`es lors, chose extraordinaire, Fandor semblait n'egliger Sunds qu’il repoussait d’une bourrade violente. Le jeune homme se jeta `a quatre pattes, ramassa les documents 'epars, les enfouit dans sa poche.

Pour Sunds, au comble de la rage d'ej`a, il revenait sur Fandor.

Un coup de poing jeta le journaliste de c^ot'e, un coup de pied lui meurtrit la face. C’en 'etait assez, c’en 'etait trop.

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