La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Brusquement, le journaliste poussa un hurlement sauvage et se pr'ecipita. Trop tard. L’espace d’une seconde avait suffi.
Alors que Juve s’'etait approch'e de la porte donnant sur le jardin, M. Thorin, avec une extraordinaire agilit'e, s’'etait 'elanc'e dans la direction de la table o`u Juve avait oubli'e, comme par n'egligence, le couteau-poignard. Redressant son dos courb'e, bondissant comme un tigre, M. Thorin s’'etait saisi de l’arme, et, levant un bras meurtrier, il l’abaissa avec une f'eroce violence entre les 'epaules du policier.
Mais M. Thorin, en m^eme temps qu’il frappait recula, abasourdi de ce qui se produisait. Il semblait que la lame du poignard n’avait pas p'en'etr'e dans le corps de la victime. Instinctivement, Thorin regardait l’arme avec laquelle il venait de frapper. Il poussa un cri de d'epit : le poignard, en effet, 'etait une arme truqu'ee et `a la moindre pression la lame rentrait dans l’int'erieur du manche creux.
Juve, cependant, qui avait chancel'e sous la violence du coup, se retourna et, revolver au poing, hurla, l’air ravi :
— Ah cette fois je vous y prends, Thorin et Fant^omas ne font qu’un. J’attendais cette agression pour me convaincre. Ne bougez…
Juve n’acheva pas. Plus vif que l’'eclair, le faux Thorin n’avait pas h'esit'e une seconde, il avait bondi sur Juve, et cette fois, avec le manche du poignard il le frappait `a la t^ete : Juve tomba inerte sur le plancher, en poussant un sourd g'emissement. Sans s’attarder pour achever son plus redoutable ennemi, Fant^omas sauta dans le jardin. L’arr^eterait-on dans sa fuite ? Fandor avait embo^it'e le pas. Mais, entre Fant^omas et lui se dressait qui ? La Gu^epe, la fille de Fant^omas, parbleu.
— Fandor, supplia-t-elle, tuez-moi si vous voulez, mais moi vivante, vous ne le poursuivrez pas.
Des cris, cependant, de tous c^ot'es. Ils venaient du sous-sol. Aux impr'ecations des apaches se m^elaient les appels des policiers. De part et d’autre, on criait au secours et de temps en temps, on entendait des coups de revolver auxquels succ'edaient des cris de douleur, des g'emissements.
— H'el`ene, disait Fandor, c’est inf^ame, je ne puis consentir.
— Pour l’amour de Dieu, 'ecoutez-moi, Fandor. 'Ecoutez celle qui veut vous sauver, vous et votre ami Juve. 'Ecoutez celle qui vous aime.
Fandor eut une seconde d’h'esitation. La fille de Fant^omas lui prit le bras. Elle le fit se retourner.
— Regardez, il vit mais il souffre.
Et la jeune fille d'esignait Juve 'etendu sur le sol, `a demi 'evanoui, mais dont le visage crisp'e grimacait. Fandor eut un regard de d'esespoir pour son plus cher ami. mais que pouvait-il faire ? Son devoir ne rappelait-il pas sur les traces de Fant^omas, qui, assur'ement, allait pouvoir ^etre pris si Fandor le rejoignait dans le jardin, s’il avait le temps d’informer la police qui en gardait les issues de ne pas laisser s’'echapper M. Thorin. Un mot suffisait. Fandor allait mettre son projet `a ex'ecution, mais encore une fois la fille de Fant^omas l’en emp^echa :
— 'Ecoutez, dit-elle.
Un grand bruit de portes bris'ees venait de retentir. Puis des pas sonores dans l’escalier.
— Les voil`a qui montent, souffla la fille de Fant^omas, nous sommes perdus, et Juve dans une seconde sera mort si vous l’abandonnez.
— H'el`ene, je vous comprends, vous faites l’impossible pour sauver votre p`ere. Erreur, ceux qui remontent sont les inspecteurs de la S^uret'e. Ils sont descendus tout `a l’heure pour arr^eter les membres de la bande des T'en'ebreux.
— Mais ils auront 'et'e les moins forts, croyez-moi, Fandor, restez-l`a et pr'eparez-vous `a vous d'efendre contre les agresseurs si vous voulez qu’ils 'epargnent Juve, pas un mouvement.
Fandor venait d’apercevoir du fond du couloir ceux qui s’approchaient, referma la porte d’un geste brusque :
— Vous avez raison H'el`ene, et je vous remercie.
En effet, Fandor venait d’apercevoir en t^ete de ceux qui s’approchaient, le sinistre B'eb'e suivi de Bec-de-Gaz, derri`ere lequel marchait OEil-de-Boeuf. Fandor l’arme au poing attendit malgr'e l’'ebranlement des coups de poing contre le bois.
— Ouvrez, hurlaient les voix terribles et col'ereuses, pas la peine de r'esister, nous vous aurons.
La fille de Fant^omas, tr`es p^ale, s’'etait agenouill'ee aupr`es de Juve qui venait d’ouvrir les yeux.
— Je souffre, g'emissait le policier.
Un panneau de la porte c'eda sous l’effort et une balle tir'ee alla s’aplatir sur la muraille.
Fandor jugeait la situation d'esesp'er'ee. Dans quelques secondes la porte allait ^etre enfonc'ee. Les forcen'es se pr'ecipiteraient sur lui, sur Juve hors d’'etat de se d'efendre. Sur l’innocente victime coupable seulement d’^etre n'ee fille de son p`ere. Il se rapprocha d’H'el`ene.
Les deux jeunes gens attendaient.
— Rien `a faire, n’est-ce pas ?
— Rien, `a moins que la police n’arrive.
La fille de Fant^omas leva les yeux au ciel, puis, d'esignant du geste de la main la porte qui, peu `a peu pliait, menacait de c'eder :
— Jurez-moi, Fandor, dit-elle, que lorsqu’ils entreront, votre premier coup de feu sera pour moi. Je ne veux pas tomber entre leurs mains.
Fandor ne r'epondit rien mais il se rapprocha de la jeune fille, ouvrit ses bras, la serra sur sa poitrine :
— H'el`ene, murmura-t-il, je vous aime, follement.
Les deux jeunes gens tressaillirent. Une balle venait de siffler `a leurs oreilles. On entendit la voix de B'eb'e :
— Les salauds s’en payent. Ils nous ont m^eme pas attendus.
Fandor et la fille de Fant^omas rompirent, non sans avoir eu soin de mettre Juve toujours inanim'e hors d’atteinte des balles meurtri`eres que les bandits tiraient `a travers le panneau de la porte `a demi fendue.
— Lui aussi, dit Fandor, en songeant `a Juve, recevra le coup de gr^ace avant que les bandits soient arriv'es jusqu’`a lui.
Puis, brusquement, des impr'ecations. Les bandits font volte-face. La fusillade. Fandor s’'ecrie :
— La police. Nous sommes sauv'es.
Et Fandor avait raison. En quelques secondes, les apaches se sont 'evanouis. Le mortellement des poings sur le bois de la porte s’est interrompu.
Juve, peu `a peu, revenait `a la vie, il s’asseyait lentement, mais `a l’oreille de Fandor, la fille de Fant^omas balbutiait :
— La police, mais alors mon p`ere ?
Et la jeune fille avait pour le journaliste un regard douloureux et Fandor `a ce moment, bien que Fant^omas f^ut son plus mortel ennemi, aurait volontiers ordonn'e la mise en libert'e du mis'erable.