ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Certes, les T'en'ebreux remport`erent un premier succ`es en jetant `a bas l’infortun'e Michel qui recut `a l’'epaule un violent coup de couteau et s’effondra sur le sol, dans une mare de sang. Mais le Barbu, d’autre part, 'etait `a demi assomm'e par un violent coup de poing. OEil-de-Boeuf, surpris, se sentit passer les menottes et, s’il restait libre dans la salle, il 'etait d'esormais inoffensif. En revanche, dans le camp des assaillis, un homme encore tombait par terre, la figure `a moiti'e d'emolie par un coup d’escabeau. Bec-de-Gaz, prudemment, 'etait rest'e en arri`ere, se contentant de passer des projectiles `a ses copains. Soudain, il poussa un cri de rage :

— Ah, nom de Dieu, la garce, la voil`a qui se d'ebine. B'eb'e avait raison. C’est une mouche de la police et elle nous a roul'es.

La fleuriste, en effet, avait r'eussi `a se distraire pour ainsi dire de la foule, `a y passer inapercue. Puis, profitant de la premi`ere bagarre, elle s’'etait 'eclips'ee. Certes, elle avait eu un moment d’'emotion lorsqu’elle avait fr^ol'e les deux valets de chambre qui n’'etaient autres que L'eon et Michel, mais ceux-ci favorisaient son 'evasion, lui sembla-t-il. Il n’en 'etait rien, mais au moment pr'ecis o`u la fleuriste se glissait derri`ere eux, ils avaient `a parer `a une autre difficult'e, autrement grave, qui surgissait devant eux, c’'etait la bande des apaches pr^ets `a bondir, d'esireux de se frayer un chemin par la force, au besoin, pour sortir du sous-sol.

Cependant que la bataille continuait, la fleuriste, dont le coeur battait `a rompre, gravit lestement les trente marches du petit escalier tournant qui permettait d’arriver au rez-de-chauss'ee. Elle se trouva en face d’un 'etroit couloir, obscur, long et d'esert. O`u conduisait ce couloir ? Elle n’en savait rien, mais peu lui importait. L’essentiel 'etait de fuir. Il n’y avait pas d’autre issue. La Gu^epe s’engagea dans le boyau 'etroit et parvint `a une porte qui, pr'ecis'ement, s’ouvrit au moment o`u elle allait la pousser.

— J'er^ome Fandor. Ah, mon Dieu, cria la Gu^epe.

Mais la jeune fille n’eut pas le temps de rebrousser chemin. L’homme qui s’'etait pr'esent'e devant elle – et c’'etait bien le journaliste – l’avait prise par les poignets, l’attirait au milieu de la pi`ece, la regardait en pleine lumi`ere, les yeux dans les yeux. La jeune fille atterr'ee, se laissait faire, 'epouvant'ee du spectacle qui se d'eroulait autour d’elle. Et il y avait de quoi, en effet, demeurer terrifi'ee d’'emotion. Ses yeux hagards consid'eraient le plancher, les murs, le plafond, et partout o`u son regard s’arr^etait, partout il y avait des 'eclaboussures rouges, des ruisseaux rouges, du sang. Rien que du sang, du sang toujours.

Quel 'etait ce spectacle horrible et que signifiait cette effroyable aventure ?

La malheureuse crut d'efaillir tant son 'emotion 'etait forte, mais elle eut encore une telle surprise que sa nouvelle d'ecouverte, au lieu de l’abattre d'efinitivement, surexcita ses nerfs, la ranima, lui donna comme une vigueur nouvelle pour r'esister aux 'emotions qu’elle 'eprouvait.

`A c^ot'e de Fandor, dans la salle, se trouvaient encore deux hommes. L’un d’eux n’'etait autre que Juve, le c'el`ebre policier, que la fleuriste, assur'ement, devait conna^itre, car ses l`evres tremblantes murmuraient machinalement son nom.

Et enfin, un troisi`eme personnage 'etait un petit homme gros, court, trapu, aux 'epaules courb'ees et dont le visage ind'efinissable semblait, pour ainsi dire, dissimul'e sous une chevelure myst'erieusement longue, et une barbe anormalement 'epaisse.

La jeune fille demeura un instant immobile, puis, elle esquissa un geste de recul, mais Juve `a son tour, s’'etait approch'e d’elle, et la reprenait par le bras. Fandor l’avait l^ach'ee, mais il 'etait devenu terriblement p^ale. Juve la consid'era un instant, puis, brutalement, lui ordonna :

— Allons, avouez. Inutile de jouer plus longtemps la com'edie. Je vous reconnais. Nous savons qui vous ^etes et vous n’'echapperez pas.

La Gu^epe leva les yeux vers le policier et une vive rougeur empourpra son visage, un sanglot lui monta `a la gorge. Elle eut une r'evolte soudaine.

Juve laissa tomber au milieu du silence ces 'etranges paroles :

— La Gu^epe, membre de la bande des T'en'ebreux, la fleuriste de nuit, la femme qui r^ode dans les bouges de Belleville, celle que courtisent depuis si longtemps les apaches Bec-de-Gaz et OEil-de-Boeuf, celle que B'eb'e d'enonce comme tra^itre et parjure, c’est vous, et cela n’'etonnera personne que vous ayez `a la fois cette r'eputation d’honn^etet'e et de culpabilit'e. Allons, la Gu^epe, ne nous dissimulez pas plus longtemps que vous ^etes H'el`ene Gurn, la fille de Fant^omas.

— Juve, s’'etait 'ecri'e Fandor.

Mais le policier, d’un geste brusque, intimait `a Fandor l’ordre de se taire.

L’inspecteur de la S^uret'e, avec une profonde ironie, se tournant du c^ot'e du personnage qui avait assist'e muet `a cette sc`ene, et le regardant fixement, lui d'eclarait :

— Oui, monsieur Thorin, permettez-moi de vous pr'esenter, en la personne de mademoiselle, la fille du plus sinistre bandit qui soit au monde, la fille de Fant^omas. Soyez, du reste, assur'e que cette d'ecouverte ne me surprend pas. Il y a d'ej`a longtemps que je soupconnais qui 'etait la Gu^epe, en r'ealit'e. Je suis heureux de l’avoir perc'ee `a jour, d’autant plus que la pr'esence de la fille me rassure. Du moment qu’elle se trouve ici, c’est que le p`ere n’est pas loin.

Juve, tout en prononcant ces paroles, se livrait `a une mimique 'etrange et surprenante. Sur une table toute voisine de lui et bien en 'evidence, il venait de placer un couteau-poignard ouvert. Une lame longue, 'epaisse, effil'ee, 'etincela dans la p'enombre de la pi`ece. Juve qui avait fait ce geste machinal, semblait oublier volontairement cette arme et se rapprocha tout en parlant de M. Thorin.

Il r'ep'eta avec une surprenante insistance :

— C’est que Fant^omas n’est pas loin.

Et apr`es avoir prononc'e ces paroles qui ne diminuaient en aucune facon le trouble du tenancier du bureau de placement, le policier jetait un coup d’oeil furtif par la porte entreb^aill'ee, qui donnait sur le couloir, en m^eme temps qu’il regardait, par la porte voisine qui communiquait avec l’ext'erieur, dans la direction du jardin. Le policier 'etait perplexe, il semblait chercher quelque chose. Fandor s’'etait recul'e au fond de la pi`ece avant que Juve e^ut parl'e, il avait reconnu la Gu^epe.

Certes, elle 'etait merveilleusement chang'ee, grim'ee ; sur ses cheveux blonds et bouffants, elle avait dispos'e avec une adresse remarquable une perruque de cheveux noirs de jais, mais il 'etait impossible pour quelqu’un qui la connaissait comme Fandor, et qui cette fois la voyait en face, de ne point la reconna^itre. Et malgr'e les tragiques circonstances dans lesquelles il se trouvait, malgr'e le myst`ere angoissant qui r'egnait autour d’eux, Fandor oubliait les gens qui l’entouraient, les choses qui se passaient, pour ne plus avoir d’yeux et de pens'ees que pour la fille de Fant^omas.

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