ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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Le directeur ronchonna quelque chose d’indistinct, puis, brutalement, interrogea le soldat :

— Et vous ? qu’est-ce que vous savez ? `A quoi sert-il que vous soyez de garde si vous n’^etes m^eme pas capable d’emp^echer un prisonnier de se sauver ?

Le soldat se gratta la t^ete.

— Mais, monsieur le directeur, protesta-t-il, c’est tout de m^eme moi qui l’ai emp^ech'e, en l’emp^echant pas et en l’emp^echant tout de m^eme.

— Expliquez-vous.

— Eh bien, voil`a la chose. Monsieur le directeur. J’'etais de garde dans le chemin de ronde, entre les deux murs, le mur d’enceinte et le mur de cl^oture. Bougez pas, m’avait dit le caporal, surtout ne bougez pas, seulement levez la t^ete tout le temps parce que si un d'etenu se sauve, il faut que vous lui tiriez dessus.

— Et vous n’avez pas os'e tirer sur le D. 33 ?

— Pardon, excuse, monsieur le directeur, j’aurais tr`es bien os'e, seulement j’ai pas eu le temps.

Et s’'echauffant `a son tour, le malheureux militaire expliqua :

— Il y avait d'ej`a une heure et demie que j’'etais de garde. Je ne voyais rien. Tout 'etait tranquille. Je ne pensais m^eme pas `a grand-chose. Et puis, tout d’un coup, voil`a que j’entends de l’autre c^ot'e du mur d’enceinte, des hurlements, des cris, des jurons, des appels. Bref, un raffut du diable. Bon, que je me dis, y en a encore un qu’est en train de s’empoigner avec les gardiens. Ca ne me troublait pas autrement, vous comprenez. Et puis tout d’un coup, ah sapristi, monsieur le directeur, ca m’en a fait une 'emotion ! je vois un grand diable qui est pour ainsi dire `a cheval sur le mur d’enceinte. Oh, que je pense, ca devient grave. Bien s^ur, je ne me trompais pas, l’individu en moins de rien court sur le mur et je le vois qui empoigne quelque chose, une corde qui 'etait jet'ee du mur d’enceinte sur le mur de cl^oture. Cette corde-l`a, monsieur le directeur, ca faisait comme qui dirait un pont pour passer. L’homme la suit comme un gymnaste : en deux secondes, il 'etait sur le fa^ite du mur de cl^oture.

— Et vous ne tiriez toujours pas ?

— J’aurais bien tir'e, monsieur le directeur, mais il allait vite, le bougre. Et puis je ne voyais pas clair. Je me disais : c’est-y un d'etenu ? c’est-y un gardien ?

— Imb'ecile. Et alors ?

— Alors, ca c’est le plus 'etrange ! Tandis que je l’ajustais avec mon mousqueton, pr^et `a le descendre ni plus ni moins qu’un lapin, voil`a qu’il me crie : « Fais donc pas feu, esp`ece de tourte, tu vois bien que je reviens. » Et c’'etait la v'erit'e vraie, monsieur le directeur, il revenait. Je le vois qui repasse au-dessus du chemin de ronde, qui remonte sur le mur d’enceinte, et puis qui prend son 'elan, qui saute…

Le soldat n’ajouta rien `a son r'ecit. Il avait l’air de ne pas comprendre ce qu’il disait.

Pour le directeur, apr`es avoir hauss'e les 'epaules deux ou trois fois, il se tourna vers le gardien-chef :

— Et vous, major, qu’est-ce que vous savez ?

— Moi, monsieur le directeur, ne pensant qu’`a mon service, je suivais le mur d’enceinte bien tranquillement, dans le sens oppos'e `a celui o`u venait le D. 33 et son gardien. Je ne les voyais pas encore. Ils 'etaient masqu'es par les b^atiments. Et puis, subitement, `a l’improviste, j’entends crier, j’entends hurler ! Devant moi ou derri`ere moi ? Ma foi, je n’en savais rien. Naturellement, je m’arr^ete, je cherche `a m’orienter, `a deviner ce qui se passe. Et voil`a que pendant que je r'efl'echis, j’entends au-dessus de ma t^ete, `a ma hauteur, un bruit extraordinaire. Le temps de me d'etourner, monsieur le directeur, et crac, j’apercois le D. 33 qui saute du mur d’enceinte `a mes c^ot'es. Il a fait un bond formidable. Il y avait de quoi ^etre surpris, vous pensez bien.

— En effet. Et alors ?

— Oh alors, monsieur le directeur, ca ne tra^ine pas, comme vous pensez. `A peine le D. 33 est tomb'e devant moi, tomb'e du ciel pour ainsi dire, que je me pr'ecipite sur lui, que je l’empoigne, que je le couche par terre. « Bouge pas que je lui crie, ou je te casse la figure ». Et je l’aurais fait, monsieur le Directeur, je ne m’en cache pas.

— Le D. 33 s’est d'ebattu ?

— Non, pas du tout, monsieur le directeur. C’est m^eme ca qui m’a le plus surpris. Il s’est laiss'e coucher sur le sol comme un enfant. Il n’a rien dit du tout. Alors, j’ai appel'e le gardien, mais comme il vous l’a dit lui-m^eme, `a ce moment-l`a, le gardien 'etait occup'e `a donner l’alarme au poste. Ne comprenant rien `a ce qui se passait, j’ai pris le D. 33, je l’ai ramen'e dans sa cellule. J’'etais en train de faire une rapide enqu^ete quand vous m’avez demand'e.

— Et vous ne savez rien de plus ?

— Rien de plus.

— C’est incompr'ehensible, murmura le directeur, c’est ahurissant ! Si le D. 33 avait voulu s’'evader, une fois parvenu sur le mur de cl^oture, rien ne lui 'etait plus facile que de sauter hors de la prison. Donc il n’a pas voulu s’'evader, mais alors, pourquoi ce commencement de tentative d’'evasion ? Pourquoi est-il mont'e sur ces murs ? Qu’est-ce qu’il dit maintenant ?

— Il dit, r'epondait le major, qu’il a horriblement mal `a la t^ete et qu’il ne se rappelle rien.

— C’est peut-^etre bien que le D. 33 a eu une attaque de fi`evre chaude ?

— Et la corde lisse, la corde lisse qui 'etait l`a `a point donn'e, vous l’oubliez ?

— Oh la corde, protestait le major, cela ne prouve pas grand-chose. Justement on r'epare le chemin de ronde, c’est peut-^etre bien les ouvriers qui, sans penser `a mal l’ont laiss'ee tra^iner l`a.

Et le major, qui peut-^etre ne voulait pas s’attarder `a parler de la corde qu’une surveillance plus active aurait permis de d'eceler, se d'ep^echa de demander :

— En tout cas, monsieur le directeur, qu’est-ce qu’on va faire au D. 33 ? Va-t-on le punir ? Va-t-on le mettre au cachot ?

M. Van den Goossen, pr'ecis'ement, r'efl'echissait sur la conduite `a tenir.

Il interrogea de nouveau le soldat :

— Voyons, d’apr`es vous, sentinelle, est-ce que cet individu aurait pu fuir s’il l’avait voulu ?

— Oh ca, faisait-il, c’est s^ur et certain. Il a eu le temps voulu pour sauter au bas du mur. S’il est revenu `a l’int'erieur de la prison, c’est qu’il l’a bien voulu.

— C’est bien, pour le moment, on ne punira pas le D. 33, car il n’est pas certain qu’il ait voulu s’'evader. Vous pouvez vous retirer gardien, et vous soldat. Restez major.

M. Van den Goossen, demeur'e seul avec le major, deux minutes plus tard, s’approcha de lui pour lui souffler `a l’oreille :

— 'Ecoutez-moi bien, major, je vais obtenir d’ici peu de temps de l’avancement, donc je ne veux pas de scandale, pas d’histoire `a aucun prix dans la maison. Ceci dit, je vous avoue que je ne suis pas tranquille quand je songe `a la myst'erieuse conduite que vient d’avoir le D. 33. Il faut veiller `a ce que rien de pareil ne se reproduise. Je vous recommande en cons'equence la plus grande vigilance. Tenez `a l’oeil ce gaillard-l`a. Faites tous les jours changer ses gardiens. On ne sait jamais.

— Oui, monsieur le directeur, c’est juste, on ne sait jamais.

Or, tandis que les gardiens et la sentinelle 'etaient interrog'es par M. Van den Goossen, Fant^omas, le D. 33 songeait, prostr'e, dans la cellule solitaire.

« Ai-je eu tort ? Ai-je eu raison ? J’avais recu cet avis : « cavale-toi, on sera l`a ». Pourquoi n’'etait-on pas l`a ? Pourquoi ceux qui me facilitaient mon 'evasion et qui m’avaient jet'e cette corde lisse, manquaient-ils au rendez-vous ? Ai-je 'et'e bien inspir'e en redoutant un pi`ege, en refusant de m’'evader, en revenant `a l’int'erieur de cette maudite prison ? Ou bien ce bagne sera-t-il mon tombeau ? Mes complices vont-ils `a tout jamais renoncer `a me sortir d’ici ? Suis-je condamn'e maintenant, par mes amis comme par mes ennemis, `a la d'etention perp'etuelle ?

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