ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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— Juve, je suis sur le gril.

— D’abord, Fandor, tu es un serin.

— C’est admis. Voyons la suite ?

— Non. Arr^etons-nous au contraire `a cette premi`ere 'evidence. Tu es un serin, mon petit Fandor, car tu n’as pas 'et'e capable d’inventer qu’il 'etait fort possible que, pour toi et pour moi, Fant^omas n’'etait nullement m^el'e aux affaires de Saint-Calais alors qu’il y 'etait directement m^el'e pour M. Morel, le procureur g'en'eral, et consorts.

— Ce qui veut dire, Juve ?

— Mais ce qui veut dire, parbleu, que j’ai menti hier soir quand j’ai dit que je croyais Fant^omas le coupable !

— Pourtant, mes t'el'egrammes, le coup de t'el'ephone ?

Juve, `a nouveau, hoqueta de fou rire :

— Mon pauvre ami, cela ne prouve pas grand-chose. Le coup de t'el'ephone de Fant^omas, c’'etait quelque chose d’absolument idiot destin'e `a quelqu’un de rigoureusement imb'ecile. La d'ep^eche 'etait du m^eme go^ut.

Puis, comme Fandor ouvrait des yeux abasourdis, comme il paraissait ahuri, Juve expliqua :

— Mais na"if que tu fais, voyons, Fandor, c’est moi, moi, Juve, qui t’ai donn'e le coup de t'el'ephone de la part de Fant^omas. Et c’est moi, moi, Juve encore, qui t’ai envoy'e la d'ep^eche sign'ee Fant^omas.

— Vous, Juve, c’est vous l’auteur de ces myst'erieuses communications ? ah c`a, par exemple, je ne m’en serais jamais dout'e.

— C’est ce que je te reproche, Fandor. Mais, sapristi, si tu avais r'efl'echi deux minutes, tu te serais dit qu’il 'etait impossible que Fant^omas e^ut recu en prison ton article intitul'e : « Cherchez la Femme » `a l’heure o`u l’on t’adressait un t'el'egramme. Rien que ca aurait d^u te faire penser que tu 'etais la victime d’un imposteur.

— J’ai parfaitement song'e que Fant^omas n’avait pas pu avoir mon article `a sa prison de Louvain, mais j’ai imm'ediatement admis qu’il s’'etait 'evad'e, qu’il n’'etait plus l`a-bas. Or, d’apr`es vous, Juve, Fant^omas est toujours en prison ?

Juve haussa les 'epaules, ricana, puis lentement, appuya sur les mots il d'eclarait :

— Oui. Fant^omas est encore en prison. Mais pas pour longtemps.

— De plus fort en plus fort, Juve. Que diable voulez-vous dire ? Si vous saviez – et vous le saviez – que Fant^omas 'etait en prison, par cons'equent hors d’'etat d’agir, pourquoi, Juve, m’avez-vous envoy'e un coup de t'el'ephone de la part de Fant^omas, une d'ep^eche sign'ee Fant^omas. Pourquoi avez-vous dit hier : « Fant^omas, c’est le coupable » ?

— Parce que je n’entends pas que Fant^omas reste trop longtemps `a la prison de Louvain…

— Mais, mon Dieu, o`u voulez-vous donc qu’il aille ?

— `A l’'echafaud.

Il ne plaisantait plus.

— 'Ecoute, Fandor, voici mon plan de guerre : il est incontestable que Fant^omas nous a roul'es, m’a roul'e, lorsqu’il s’est fait arr^eter en Belgique, en Belgique o`u l’on ne guillotine pas. Fandor, tant que Fant^omas sera en Belgique d'etenu `a la prison de Louvain, d'etenu `a perp'etuit'e en raison de sa qualit'e de condamn'e `a mort dont la peine a 'et'e commu'ee, il sera hors d’atteinte. Donc, co^ute que co^ute, il faut faire revenir Fant^omas en France. En France, o`u l’'echafaud saura rendre ce bandit inoffensif d'efinitivement. Tu comprends cela, je suppose ?

— Sans doute, Juve, je comprends que nous ne pouvons rien contre Fant^omas tant qu’il est en Belgique, mais…

— Laisse-moi parler. Quand j’ai appris les vols de Saint-Calais, je me suis imm'ediatement rendu sur les lieux. J’y ai enqu^et'e, j’ai interrog'e, `a droite et `a gauche, les personnalit'es susceptibles d’'eclairer ma religion, bref, et je te l’ai racont'e, je suis arriv'e `a 'etablir de la facon la plus certaine que le vol avait 'et'e commis par des individus appartenant `a une bande d’apaches, la bande des T'en'ebreux, compos'ee d’anciens complices de Fant^omas. Bon. Que penses-tu que j’aie fait alors ?

— Juve, j’imagine qu’imm'ediatement vous avez 'et'e faire part de vos d'ecouvertes au Parquet de Saint-Calais, qu’imm'ediatement vous avez pris les mesures n'ecessaires pour que l’on coffre le plus rapidement possible la bande des T'en'ebreux en entier.

— Eh bien, r'epondait-il, je n’ai rien fait de tout ca. Non. Sachant que les T'en'ebreux 'etaient des complices de Fant^omas, mon petit Fandor, j’ai pens'e que, de sa prison de Louvain, Fant^omas devait avoir organis'e cette affaire. Je supposais, pour tout dire, que Fant^omas entretenait toujours des intelligences avec les apaches group'es dans la bande des T'en'ebreux. De l`a `a me dire que je ne devais rien tenter contre les T'en'ebreux, de peu d’importance en somme, tant que je n’aurais pas pu m’emparer de Fant^omas, et cela afin que le bandit ne soit pas inform'e de mes projets, il n’y avait qu’un pas. Mon petit Fandor, persuad'e que les T'en'ebreux 'etaient les auteurs du vol, j’ai laiss'e les T'en'ebreux tranquilles. J’ai m^eme fait autre chose.

— Quoi ?

— Est-ce que tu le devines ?

— Ma foi, non, Juve.

— C’est pourtant bien simple. Je t’ai t'el'ephon'e de la part de Fant^omas. Je t’ai envoy'e une d'ep^eche sign'ee Fant^omas.

— Et pourquoi faire Juve ?

— Pour commencer, par ton interm'ediaire, Fandor, `a faire parler de Fant^omas `a propos des vols de Saint-Calais. J’ajoute que je n’ai pas eu `a me repentir de cette ruse. Tu n’'etais pas depuis vingt-quatre heures au Mans et `a Saint-Calais, mon bon Fandor, que, malgr'e ta discr'etion, hum, ou `a cause de ta discr'etion, comme tu voudras, l’opinion publique « parlait » en effet de la culpabilit'e possible de Fant^omas. Est-ce juste, Fandor ?

— C’est juste, mais je ne vois pas…

— Tu vas voir. Jusque-l`a, mon cher Fandor, j’avais bien soin, chaque fois que l’on citait Fant^omas, de hausser les 'epaules. Hier, au contraire, l’opinion publique 'etant tout `a fait d'ecid'ee `a consid'erer que l’Insaisissable seul avait pu oser les deux vols, je pouvais lancer mon ballon d’essai. Tu l’as vu, hier, Fandor, froidement j’ai d'eclar'e au juge d’instruction et au procureur g'en'eral qu’`a mon avis, il n’y avait pas de doute, Fant^omas 'etait le coupable. Or, comme l’opinion publique m’avait pr'epar'e les voies, ni le procureur g'en'eral ni le juge d’instruction n’ont m^eme sursaut'e `a cette hypoth`ese. Maintenant, tu vas saisir en vertu de quel plan j’ai agi. Fandor, je me suis dit ceci, qui est bien simple : les vols de Saint-Calais sont aux yeux de la justice tr`es myst'erieux. Je vais les grossir. Je me garde de les expliquer. Puis, en coup de th'e^atre, brusquement je d'eclare que Fant^omas est le coupable. « Fant^omas », c’est la r'eponse que je fais `a la perplexit'e des magistrats. Et ces m^emes magistrats seront si heureux de poss'eder cette r'eponse qu’ils adopteront imm'ediatement ma th`ese, qu’imm'ediatement ils m’accorderont de faire les d'emarches n'ecessaires pour obtenir l’extradition du bandit.

— Mais cette extradition ne vous avance `a rien.

— En effet. Mais compte sur moi, Fandor, pour compliquer un peu les choses. Suppose donc qu’avant le moment o`u l’extradition sera op'er'ee, Fant^omas ait fichu le camp de sa prison et ait 'et'e, par exemple, secr`etement arr^et'e par deux policiers francais, L'eon et Michel, pour ne pas les nommer. Suppose qu’en m^eme temps, au moment pr'ecis o`u Fant^omas aid'e par des complices de bonne volont'e sera sorti de sa prison, un personnage ait pris sa place dans sa prison, de telle facon que nul ne se soit apercu de l’'evasion du vrai Fant^omas. Vois-tu ce qui va se passer, Fandor ?

— Dites.

— Il se passera ceci : le faux Fant^omas ayant remplac'e dans la prison de Louvain le vrai Fant^omas sera extrad'e et conduit `a Saint-Calais. `A ce moment, ce faux Fant^omas se fera reconna^itre. Il dira par exemple : « Je suis Juve… » Oui. Ne sursaute pas. Il dira : « Je suis Juve. Il y a trois mois, on m’a arr^et'e sous le nom de Fant^omas et `a la place de Fant^omas en m’accusant d’avoir tu'e le prince Nikita. C’est moi qui ai toujours 'et'e dans la prison de Louvain. En Belgique, on ne voulait pas en convenir. En France j’esp`ere qu’on va le reconna^itre. » Tu devines la suite ?

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