ЖАНРЫ

Структура современной лирики. От Бодлера до середины двадцатого столетия
Шрифт:

Настороженно слышит тебя и я не могу

Убить ужасный досуг творенье твоей любви.

Paul Eluard «La violence…» (1932)

La violence des vents du large

Des navires de vieux visages

Une demeure permanente

Et des armes pour se défendre

Une plage peu fréquentée

Un coup de feu un seul

Stupéfaction du père

Mort depuis longtemps.

Поль Элюар «Насилие…»

Насилие раздольного ветра

Корабли понурых лиц

Настойчивое жилище

Оружие для защиты

Берег почти безлюдный

Выстрел единственный выстрел

Мертвый давным давно

Отец беспокоен.

Paul Eluard Être (1936)

Le front comme un drapeau perdu

Je te traîne quand je suis seul

Dans des rues froides

Des chambres noires

En criant misère

Je ne veux pas les lâcher

Tes mains claires et compliquées

Nées dans le miroir clos des miennes

Tout le reste est parfait

Tout le reste est encore plus inutile

Que la vie

Creuse la terre sous ton ombre

Une nappe d’eau près des seins

Où se noyer

Comme une pierre.

Поль Элюар Бытие

Лоб как поникшее знамя

Я влачу тебя одинокий

В застылые улицы

В темные комнаты

И крикливую бедность

Я не хочу отпускать

Твои руки ясные сложные

Рожденные в замкнутом зеркале моих рук

Все остальное хорошо

Все остальное еще бесполезней

Чем жизнь

Распадается земля под твоей тенью

Груди твои под пеленой воды

Где тонут

Словно камень.

Saint-John Perse Exil (1942)

II

A nulles rives dédiée, à nulles pages confiée

la pure amorce de ce chant…

D’autres saisissent dans les temples

la corne peinte des autels:

Ma gloire est sur les sables! ma gloire est sur les sables!…

Et ce n’est point errer, ô Pérégrin,

Que de convoiter l’aire la plus nue pour assembler

aux syrtes de l’exil un grand poème né de rien,

un grand poème fait de rien…

Sifflez, ô frondes par le monde, chantez, ô conques sur les eaux!

J’ai fondé sur l’abîme et l’embrun et la fumée des sables.

Je me coucherai dans les citernes

et dans les vaisseaux creux,

En tous lieux vains et fades où gît le goût de la grandeur.

…Moins de souffles flattaient la famille des Jules;

moins d’alliances assistaient les grandes castes de prêtrise.

Où vont les sables à leur chant s’en vont les Princes de l’exil,

Où furent les voiles haut tendues s’en va l’épave plus soyeuse

qu’un songe de luthier,

Où furent les grandes actions de guerre déjà blanchit

la mâchoire d’âne,

Сент-Джон Перс

Изгнание

(фрагмент)

II

Никакому берегу, никаким листам не доверена

приманка этой песни…

Пусть другие тянутся в храмах

к размалеванному рогу алтарей:

Слава на песке! Моя слава на песке!…

О странник, это не заблуждение.

Желать обнаженной геометрии, дабы собрать

в зыбучих песках изгнания великую поэму,

рожденную из ничего, созданную из ничего…

Свистите, камни равнины, пойте, о раковины!

Я утверждаюсь в бездне, в пенистой зыби, в испарине

песков. Я буду спать в цистернах

и заброшенных кораблях,

И во всех пустынных местах, где слышен запах величия.

…Мало восторгов окружает род июля;

мало кто помогает великим кастам жрецов.

Там, где пески вздымаются к песне, отдыхают

принцы изгнания,

Там, где напряжены паруса, исчезают обломки

шелковистые, как сон мастеров скрипок,

Там, где вершились битвы, белеет ослиная челюсть.

Et la mer à la ronde roule son bruit de crânes sur les grèves,

Et que toutes choses au monde lui soient vaines,

c’est ce qu’un soir, au bord du monde, nous contèrent

Les milices du vent dans les sables d’exil…

Sagesse de l’écume, ô pestilences de l’esprit

dans la crépitation du sel et le lait de chaux vive!

Une science m’échoit aux sévices de l’âme… Le vent

nous conte ses flibustes, le vent nous conte ses méprises!

Comme le Cavalier, la corde au poing, à l’entrée du désert,

J’épie au cirque le plus vaste l’élancement des signes

les plus fastes.

Et le matin pour nous mène son doigt d’augure parmi

de saintes écritures.

L’exil n’est point d’hier! l’exil n’est point d’hier! «O vestiges,

ô prémisses»,

Dit l’Etranger parmi les sables, «toute chose au monde

m’est nouvelle!…» Et la naissance de son chant

ne lui est pas moins étrangère.

VI

…Celui qui erre, à la mi-nuit, sur les galeries de pierre pour estimer les titres d’une belle comète; celui qui veille, entre deux guerres, à la pureté des grandes lentilles de cristal; celui qui s’est levé avant le jour pour curer les fontaines, et c’est la fin des grandes épidémies; celui qui laque en haute mer avec ses filles et ses brus, et c’en était assez des cendres de la terre…

Celui qui flatte la démence aux grands hospices de craie bleue, et c’est Dimanche sur les seigles, à l’heure de grande cécité; celui qui monte aux orgues solitaires, à l’entrée des armées; celui qui rêve un jour d’étranges latomies, et c’est un peu après midi, à l’heure de grande viduité; celui qu’éveille en mer, sous le vent d’une île basse, le parfum de sécheresse d’une petite immortelle des sables; celui qui veille, dans les ports, aux bras des femmes d’autre race, et c’est un goût de vétiver dans le parfum d’aisselle de la nuit basse, et c’est un peu après minuit, à l’heure de grande opacité; celui, dans le sommeil, dont le souffle est relié au souffle de la mer, et au renversement de la marée voici qu’il se retourne sur sa couche comme un vaisseau change d’amures…

Celui qui marche sur la terre à la rencontre des grands lieux d’herbe; qui donne, sur sa route, consultation pour le traitement d’un très vieil arbre; celui qui monte aux tours de fer, après l’orage, pour éventer ce goût de crêpe sombre des feux de ronces en torêt; celui qui veille, en lieux stériles, au sort des grandes lignes télégraphiques…

Celui qui ouvre un compte en banque pour les recherches de l’esprit; celui qui entre au cirque de son oeuvre nouvelle dans une très grande animation de l’être, et, de trois jours, nul n’a regard sur son silence que sa mère, nul n’a l’accès de sa chambre que la plus vieille des servantes; celui qui mène aux sources sa monture sans y boire lui-même; celui qui rêve, aux selleries, d’un parfum plus ardent que celui de la cire…

Celui qui donne la hiérarchie aux grands offices du langage; celui à qui l’on montre, en très haut lieu, de grandes pierres lustrées par l’insistance de la flamme…

Ceux-là sont princes de l’exil et n’ont que faire de mon chant.

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