Том 11. Былое и думы. Часть 6-8
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Nous avons vu que R. Owen doit ^etre acquitt'e devant le tribunal de la logique, ses d'eductions sont non seulement d’une pialectique irr'eprochable – mais plus que cela – justifi'ees par la r'ealisation. Ce qui manquait `a sa doctrine – c'est l'entendement des masses.
– Affaire de temps – il viendra un jour – elles comprendront.
– Qu’en savez-vous, peut-^etre oui – peut-^etre non!
– C’est impossible d’admettre que les hommes ne puissent jamais parvenir `a bien entendre leur propre int'er^et.
– Pourtant c’'etait ainsi de tout temps. C’est pr'ecis'ement `a ce manque d’entendement que suppl'eait l’'eglise et l’Etat. Et nous voil`a dans un cercle logique – car d’un autre c^ot'e l’'eglise et l’Etat – emp^echent le d'eveloppement int'erieur. Owen s’imaginait qu’il suffisait de montrer aux hommes l’absurdit'e de quelque chose pour qu’ils s’empressent `a la renier – mais il n’en est rien. L’absurdit'e de l’Etat et encore plus de l’'eglise – est 'evidente, mais cela ne leur fait pas beaucoup plus de mal que la critique la plus raisonn'ee ne change les contours des montagnes et la direction des fleuves. Leur in'ebranlable stabilit'e – n’est pas bas'ee sur l’intelligence – mais sur son d'efaut. L’histoire s’est cr'ee – gr^ace aux absurdit'es les plus phantastiques. Les hommes cherchaient de tous temps la r'ealisation des r^eves, de leur id'eal – et chemin faisant r'ealisaient tout autre chose. Ils cherchaient l’аrс-en-ciel et le paradis sur la terre – et trouvaient des chants immortels, et cr'eaient des statues 'eternelles, et b^atissaient Ath`ene et Rome, Paris et Londres.
Un r^eve c`ede `a un autre – le sommeil est quelquefois tr`es l'eger, mais jamais le r'eveil n’est entier. Les hommes acceptent tout, sacrifient beaucoup – mais reculent d’horreur, lorsque entre deux religions s’ouvre une fente par laquelle p'en`etre la lumi`ere matinale et souffle la brise fra^iche de la raison et de la critique.
Les hommes isol'es qui se r'eveillent quelquefois et protestent contre les dormeurs – ne font qu’un acte de constatation qu’ils sont r'eveill'es, et partant de ce qu’il est possible `a l’homme de se d'evelopper jusqu’`a l’entendement raisonn'e – mais ils ne r'eveillent personne, ou bien peu <de monde>. Si ce d'eveloppement exceptionnel peut se g'en'eraliser ou non – c’est une question.L’induction prise du pass'e n’est gu`ere favorable pour la solution positive. C’est possible que le futur ira tout autrement, de nouvelles forces se produisent, de nouveaux 'el'ements peuvent entrer et changer (en bien ou en mal) le courant. La d'ecouverte de l’Am'erique, les chemins de fer, le t'el'egraphe – ont fait une r'evolution qui n’est pas moindre des r'evolutions g'eologiques. Tout cela est possible, mais nous ne pouvons d`es aujourd’hui compter sur les choses que nous ne connaissons pas; admettant les meilleurs chances, nous pouvons pourtant ^etre convaincus que cela ne sera pas de si t^ot que l’homme arrivera par masses au bon sens.
Si l’on pense que la nature restait des milliers et des milliers <d’ann'ees> dans la l'ethargie min'erale et se contentait d’autres milliers `a nager comme poisson, `a chanter comme oiseau, `a errer dans les bois comme b^ete fauve – on peut arguer de l`a que le d'elire historique avec ses r^eves phantastiques pourra suffir pour longtemps d’autant plus que ce d'elire continue largement la plasticit'e de la nature – 'epuis'ee dans les autres sph`eres.
Les hommes qui ont eu la chance d’ouvrir les yeux – sont impatients avec les dormeurs – sans prendre en consid'eration que tout le milieu, qui les entoure, les endort et les emp^eche de se r'eveiller. La vie depuis le foyer de la famille et l’'economie culinaire jusqu’aux foyers du patriotisme et l’'economie politique – n’est qu’une s'erie d’images optiques. Pas une notion simple et lucide pour voir clair dans ces brouillards, pas un sentiment naturel laiss'e intact, pas une question qui ne soit d'eracin'ee de son sol et plac'ee sur un autre.
Prenez au hasard une feuille de journal – ouvrez la porte d’une maison – regardez ce qui se passe – et vous verrez quel Robert Owen peut y faire quelque chose. Les hommes souffrent avec r'esignation – pour des absurdit'es, meurent pour des absurdit'es, tuent les autres pour des absurdit'es. L’individu dans des soucis 'eternels, alarm'e, n'ecessiteux, entour'e d’un vacarme 'epouvantable, n’ayant pas un moment pour r'efl'echir – passe soucieux et inquiet sans m^eme jouir. A-t-il un peu de repos – il se h^ate de suite `a tresser une toile d’araign'ee enti`ere par laquelle il se prend soi-m^eme et ce qu’il appelle le bonheur de famille s’il n’y trouve pas la faim et les travaux forc'es `a perp'etuit'e – il invente peu `a peu ces pers'ecutions acharn'ees et sans fin – qui au nom de l’amour paternel ou conjugal – font ha"ir les liens les plus saints…
Les pr'eoccupations et les soucis de chaque fourmi isol'ee ou de toute la fourmilli`ere – ne se distinguent presque pas. Regardez ce que l’individu veut, ce qu’il fait, `a quoi il parvient, quelles sont ses notions du bon et du mauvais, de l'honneur et de l'opprobre. Regardez `a quoi il consacre ses derniers jours, `a quoi il sacrifie ses meilleurs moments – ce qu’il prend pour «business» et ce qu’il prend hors d’oeuvre – et vous verrez que vous ^etes en plein chambre d’enfants, – o`u les chevaux ont des roues sous les pieds, o`u les poup'ees sont punies – avec autant de s'erieux – par les enfants, qu’eux-m^emes sont punis par les bonnes… S’arr^eter, r'efl'echir est impossible – vous ruinerez les affaires, on vous poussera, on vous d'ebordera, tout le monde est trop compromis, trop avanc'e dans le courant, pour faire halte et pour quoi? – pour 'ecouter une poign'ee d’hommes saus canons, sans argent, sans pouvoir – qui proteste au nom de la raison – sans m^eme avoir des miracles pour prouver leur v'erit'e.
Un Rotschild, un Montefiore s’empresse d’aller dans son bureau, il lui faut commencer la th'esaurisation de la seconde centaine de millions – tout va bien et tr`es vite, – on meurt en Br'esil de la fi`evre, en Italie de la guerre, l’Am'erique se brise… l’Autriche a le miserere – et on lui parle de l’irresponsabilit'e de l’homme et d’une distribution des biens… Il n’'ecoute pas. C’est 'evident, pourquoi voulez-vous qu’il perde son temps?
…Un Mac-Mahon a travaill'e des ann'ees `a m'editer un bon plan pour an'eantir dans le temps le plus court, et `a moindre frais – la plus grande quantit'e possible d’hommes habill'es en uniforme blanche – par des hommes en pantalons rouges – il a parfaitement r'eussi, tout le monde en est touch'e, les Irlandais qui en qualit'e de papistes ont 'et'e battus par lui – lui envoient une 'ep'ee… et voil`a que des hommes pr^echent que la guerre est non seulement une barbarie atroce et absurde – mais un crime… il ne les 'ecoute pas – et regarde son 'ep'ee d’Ile de l’Emeraude.
Je connaissais en Italie un vieux banquier – chef d’une grande maison. Ne pouvant dormir la nuit, je m’habillai et j’allai faire une longue promenade, en retournant vers cinq heures du matin – je passai devant sa maison. Il y avait grande activit'e – des ouvriers roulaient des barils d’huile et les rangeaient sur des charriots. Le vieillard en long pardessus 'etait l`a, il notait dans un livre chaque baril. Le vent du matin 'etait frais – le vieillard 'etait transi de froid, les l`evres p^ales et les mains tremblantes:
– Vous ^etes bien matinal? – lui dis-je.
– Il y a plus d’une heure que je suis l`a.
– Vous souffrez du froid – comme si vous 'etiez en Russie?
– Que voulez-vous, la vieillesse, les forces commencent `a m’abandonner. Vos amis (il parlait de ses fils) – dorment encore… puisque le vieux p`ere est encore l`a pour travailler. Je ne m’en plains pas… j’aime le travail… j’appartiens `a une autre g'en'eration… j’ai beaucoup vu, j’ai vu quatre r'evolutions – et je restai `a ma place, et pas un baril d’huile est sorti – sans que je l’aie not'e. Une fois fini avec l’huile je m’en vais au bureau – est l`a que je prends aussi mon caf'e.
– Vous ne vous g^atez pas!
– L’habitude, cher monsieur, et s’il faut dire toute la v'erit'e, lorsque je n'ai rien `a faire, je m'ennuie, je deviens triste.
«Le vieillard, – pensai-je en m’'eloignant, – mourra demain ou apr`es-demain, – qui donc fera le contr^ole de l’huile?.. ou peut-^etre alors son fils a^in'e se sentira aussi „d’une autre generation”, se l`evera `a quatre heures du matin et continuera cela un demi-si`ecle – et de p`ere en fils, de fr`ere en fr`ere – la fortune ira croissante tant qu’elle n’arrive `a un des dynastes (tr`es probablement le meilleur de tous) qui aimera d’autres distractions que de noter les barils… et toute cette richesse passera par une maison de jeu ou par le boudoir d’une lorette, et les braves gens diront… en secouant la t^ete: „Si on pense quels parents – et un tel fils – enfant prodigue… quels temps, quelles moeurs… Les vieillards se refusaient tout `a eux-m^emes (aux autres aussi) – pour lui laisser des monceaux d’or – et ce mis'erable – il les a donn'es `a cette… vous savez… a cette Colombine”.
Allez donc par la logique seulement voir – toucher les chairs `a travers cette cro^ute – par la seule logique.
R. Owen en leur pr^echant un autre emploi des forces et d’autres buts – ne pouvait convaincre les mauvais m'ecaniciens, mais les effaroucha. Ce n’est que l’intelligence qui est tol'erante et pleine de condescendance, de douceur.
Nous avons vu qu’Owen s’'etant heurt'e contre le mur de l’'eglise – l’escalada – mais de l’autre c^ot'e il se vit tout seul, personne ne le suivit, et les pieux lui jetaient des pierres…