ЖАНРЫ

Константин Бальмонт и поэзия французского языка/Konstantin Balmont et la po?sie de langue fran?aise
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Traduit par Alexandra de Holstein et Ren'e Ghil

Камыши/Les roseaux

Lorsqu'arrive minuit dans les marais d'eserts Les roseaux doucement soupirent dans les airs. Que disent les roseaux, pourquoi donc ces murmures? Pourquoi des feux follets br^ulent dans leur verdure? Ces errantes clart'es sur le miroir des eaux Se rallument ou bien s''eteignent de nouveau. Les roseaux de minuit s'inclinent et bruissent, Ils cachent des crapauds, de longs serpents y glissent. Le visage pench'e d'un livide croissant Se mire dans les eaux, tremblant, 'evanescent. Oh! l'odeur de la vase, 'etrangement sauvage, Il aspire, il 'etreint, l'attirant mar'ecage… «Qui donc est-ce… Pourquoi? Demandent les roseaux, Pourquoi br^ulent ainsi des flammes sur nos eaux?» Mais le croissant se tait tristement qui l'ignore, Et penche son profil plus bas, plus bas encore… Les roseaux chuchotant dans la nuit de saphir, D'une ^ame disparue 'evoquent les soupirs.

Traduit par Katia Granoff

Тишина/Le calme

Les ambres d'un jaune clair tendre Luisent `a peine au couchant. On sent un doux calme descendre; Les saules dorment se penchant. La silencieuse rivi`ere Refl`ete les nuages blancs Et des cieux la douce lumi`ere. Le sombre bois est sommeillant. Dans ce doux r`egne du silence Volent des r^eves languissants; Et la nuit lentement avance, Les ombres fuient en p^alissant. Les 'etoiles brillantes jettent Dans l'onde leur douce lueur, Les yeux des anges s'y refl`etent, Et du croissant l''eclat r^eveur.

Traduit par Olga Lanceray

Тишина/Le calme

A peine p^alissent du crepuscule tendre Les jaunes perles d'ambre. Partout, un calme caressant, — Les n'enuphars dorment, et dorment les roseaux. La rivi`ere assoupie Refl`ete les nuages, La tranquille, la p^ale couleur des cieux, — La tranquille, la sombre, la dormeuse for^et. Dans ce royaume de calme Flottent de doux songes, La nuit respire, remplacant le jour, — Et tarde l'ombre, qui s'all`ege et s'att'enue. En ces eaux d'en-haut Se voit le p^ale croissant de lune. Les 'etoiles versent la paisible lumi`ere, — Les yeux des anges regardent.

Traduit par Alexandra de Holstein et Ren'e Ghil

«Будем как солнце! забудем о том…»/Soyons comme le soleil

Soyons comme le Soleil! Oublions Qui nous m`ene sur la voie d'or. Souvenons-nous, avant tout, qu''eternellement vers autre chose, Vers le nouveau, le Fort, le Bien, le Mal, De geste 'eclatant nous nous emportons en un songe somptueux! Sans oubli! implorons le non-Terrestre En notre vouloir terrestre… Comme le Soleil, jeune toujours, Caressons les fleurs, les fleurs qui flamboient, L'air transparent, et tout ce qui est d'or! Es-tu heureux?… Sois deux fois plus heureux, Et sois l'incarnation du r^eve soudain! Ah! ne pas t'attarder dans l'immobile! Plus loin, et loin! jusqu'`a la limite sacr'ee, Plus loin nous attire le Terme fatidique: Dans l''Eternit'e, o`u de nouvelles corolles s'allumeront… Soyons comme le Soleil, il est jeune! Et en cela s'atteste l'ordre de la Beaut'e.

Traduit par Alexandra de Holstein et Ren'e Ghil

Завет бытия/Voix de la Nature

Je demandais au vent toujours errant; Pour ^etre jeune, oh! dis-le moi, que faire? Le libre vent me dit en fol^atrant: «Sois comme l'air, ou la vapeur l'eg`ere!» «Quel ordre», dis-je `a l'Oc'ean puissant, «Le cr'eateur donna-t-il `a la vie?» Et l'Oc'ean, dit en se balancant: «Toujours, ainsi que Moi, sois pleine d'harmonie!» «Que faire», dis-je au soleil dans les cieux «Pour luire ainsi que l'aurore h^ative?» L'ardent soleil resta silencieux: «Enflamme-toi» comprit l'^ame attentive.

Traduit par Olga Lanceray

Завет бытия /Testament de l'^Etre

Au vent libre j'ai demand'e: –  «Que dois-je faire afin de rester jeune?» Le vent badin m'a r'epondu: –  «Sois comme l'air et la fum'ee!» `A la puissante Mer j'ai demand'e: –  «En quoi peut consister le testament de l'^Etre?» La Mer retentissante alors m'a r'epondu: –  «Comme moi sois toujours sonore!» Au soleil haut, j'ai demand'e: –  «Comment d'epasser l''eclat de l'aurore?» Le soleil n'a rien r'epondu; Mais l'^ame a su deviner: «Br^ule!»

Traduit par Phil'eas Lebesgue

Черемуха/Les merisiers

Nous 'etions tous les deux dans un beau r^eve entr'es, Les merisiers en fleur nous avaient enivr'es. Et le matin brillait comme une mer immense Aux nuages l'egers. Parmi l'exub'erance Des arbres et des fleurs, et de l'herbe, en ce jour Nous vivions inond'es de couleurs et d'amour… Et, la main dans la main, rapprochant nos visages, Vibrant а l'unisson des fleurs et des ramages, Au soleil printanier, rayonnant des hauteurs, Nous 'etions 'eperdus, exalt'es de bonheur. L''eternit'e r'egnait sur cette heure si br`eve, Le matin triomphait dans nos coeurs, dans nos r^eves. Parmi les merisiers `a l'arome enivrant, Nous 'etions tous les deux un reflet du printemps.

Traduit par Katia Granoff

Золотая рыбка/Le poisson dor'e

Au ch^ateau 'etait un bal joyeux, — Les musiciens chantaient. Une brise, au jardin, balancait Une balancoire l'eg`ere. Au ch^ateau, en un doux d'elire Chantait, chantait un violon! Au jardin, dans un 'etang, 'etait Un poisson dor'e. Et sous la lune tournoyaient, Comme s'ils fussent ajour'es, Par le printemps enivr'es Les papillons nocturnes. L''etang balancait en soi, une 'etoile. Les herbes souples s'en allaient d'onduler… Et l`a, dans l''etang, passait en 'etincelles Un poisson dor'e. Bien que ne le vissent pas Les musiciens du bal, Du poisson dor'e, pourtant, et de lui seul R'esonnait la musique. D`es que r`egne un silence Le poisson dor'e Jette sa lueur, et de nouveau se voit Un sourire parmi les h^otes. Et de nouveau, le violon sonne, La chanson retentit. L'Amour murmure dans les coeurs, Et le Printemps rit. Le regard chuchote au regard: «J'attends!» Si lumineux et passag`erement. Parce que lа, dans l''etang, Il est, le poisson dor'e…

Traduit par Alexandra de Holstein et Ren'e Ghiln

Призрачный набат/Le Tocsin-fant^ome

Je suis esprit, je suis le Tocsin-fant^ome Qui des spectres seuls est entendu! Les maisons, je le sens, sont en flammes, Et les hommes restent prostr'es en l'absence et l'oubli. Le feu, lourd de fum'ee, rampe et vers eux se coule, Et je suis tout entier un ulul de d'etresse, mais aphone!… Bourdonne donc, ^o Cloche! sonne `a toute vol'ee, Et sois un cri parmi l'obscurit'e diffuse. D'airs 'epais elle rampe et serpente, la fum'ee: Comme une lourde b^ete va le charme nocturne. Et, ^o quelle terreur pour moi, d'^etre muet Sous l''eparre cuivr'e de l'Incendie!

Traduit par Alexandra de Holstein et Ren'e Ghil

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