La gu?pe rouge (Красная оса)
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Juve s’arr^eta soudain pour aller au-devant du b^atonnier qui venait, appuy'e au bras de son fils.
Me Faramont serra chaleureusement les mains de Juve, cependant que Jacques interrogeait Fandor tout bas :
— Vous n’avez encore rien dit ? demandait-il.
— Non, fit Fandor sur le m^eme ton. Malheureusement, je crois qu’il le faudra tout `a l’heure.
— Je vous en supplie, ne le faites pas devant mon p`ere.
Me Faramont, un peu remis de son 'emotion, racontait `a Juve tout ce qu’il savait relativement `a son agression.
— Je crois bien avoir vu, dit-il, surgir en face de moi un homme de petite taille qui devait ^etre tr`es brun, un homme que je ne connais pas d’ailleurs. Je pourrais peut-^etre le reconna^itre si on me le montrait et encore je n’en suis pas tr`es s^ur, car ma vision n’a dur'e qu’un instant. Au m^eme moment, j’'etais renvers'e en arri`ere, aveugl'e par le poivre, alors vous comprenez…
— 'Evidemment, fit Juve.
— Je dois vous dire, mon cher Juve, que ma femme a sur cette affaire une id'ee tr`es arr^et'ee et que, dans une certaine mesure, je partage.
— Quelle est cette id'ee ?
— Ma femme dit qu’il ne peut s’agir que d’un attentat de Fant^omas.
— Fant^omas, s’'ecria Juve, qui ajouta : comme vous y allez, ma^itre. Ce serait un peu vif ! Nous savons que Fant^omas est capable de bien des choses, mais il me semble qu’`a l’heure actuelle, il est en prison, 'etroitement gard'e dans sa cellule de la Sant'e et que, mieux que personne vous devez en avoir vous, son d'efenseur, l’absolue certitude.
— Mon Dieu, mon cher Juve, je n’ai gu`ere de certitude en ce moment et, pour vous dire le fond de ma pens'ee, je me demande si le client auquel je vais rendre visite dans sa cellule `a la Sant'e est bien r'eellement Fant^omas et si ce n’est pas un vulgaire mystificateur. Je vous avoue que je m’imaginais ce sinistre bandit tout autre qu’il est r'eellement. Il est vrai que, jusqu’`a pr'esent, je n’avais jamais eu l’occasion de me trouver face `a face avec lui.
— Eh bien, ca n’est pas mon cas, r'epartit Juve, et moi qui le connais, je puis vous garantir que c’est bien Fant^omas que l’on d'etient actuellement `a la prison de la Sant'e.
Le policier, toutefois, comme s’il pensait tout haut, ajoutait :
— 'Evidemment, il se peut que l’agression dont vous avez 'et'e victime soit, dans une certaine mesure, imputable `a des complices de Fant^omas. Tout au moins `a des gens de sa bande. Mais je me demande quel int'er^et le bandit pourrait avoir `a vous faire attaquer, d'epouiller. Votre existence, au contraire, doit lui ^etre sacr'ee.
— Sait-on jamais ?
Mais Juve, d’un geste, lui imposa silence. Un groupe d’agents se pr'esentaient `a l’entr'ee de la villa, poussant devant eux un homme les menottes aux mains.
— Voici, dit Juve, quelqu’un que l’on a arr^et'e cette nuit.
Me Faramont poussa un cri de surprise :
— Mais, s’'ecria-t-il, c’est Sunds !
C’'etait, en effet, le Danois que les agents conduisaient `a Juve.
Le r'eparateur d’objets d’art, le bizarre n'egociant 'etait tr`es p^ale. Son visage exprimait l’inqui'etude la plus grande et il avait d^u passer une fort mauvaise nuit, car ses traits 'etaient contract'es.
Il apercut le b^atonnier et voulut courir `a lui, mais Juve s’interposa et, l’arr^etant brutalement, d'eclara :
— Une minute, et r'epondez-moi ! Je suis l’inspecteur de la S^uret'e, Juve. Votre nom ?
— Je m’appelle Sunds. 'Erick Sunds, commercant patent'e, fabricant d’objets d’art, r'eparateur de curiosit'es, peintre et sculpteur, domicili'e place du Tertre `a Montmartre.
Fandor qui s’'etait approch'e, hochait la t^ete ; il murmura `a l’oreille de Juve :
— C’est exact, je le connais.
Juve poursuivait son enqu^ete :
— Que faisiez-vous, hier soir, aux abords de cette maison ?
Tout d’abord, Sunds se troubla, mais on se rendait compte que c’'etait plus l’'emotion que la crainte qui rendait ses propos inintelligibles. Enfin il parvint `a s’expliquer :
— J’avais un rendez-vous avec Me Faramont, j’avais pris un taxi pour venir `a Ville-d’Avray, mais, en cours de route, nous avons eu panne sur panne. J’avais faim. J’ai d^in'e aux environs de Suresnes avec le m'ecanicien et celui-ci m’a l^ach'e. Alors j’ai pris le train. Je me suis tromp'e de gare, je suis descendu `a Viroflay, vous voyez ca d’ici. J’ai err'e pendant deux heures et ce n’est que tard apr`es minuit que je suis arriv'e devant la maison o`u je me trouve actuellement, et alors, j’ai 'et'e arr^et'e sans comprendre pourquoi. J’esp`ere qu’il n’est arriv'e de malheur `a personne.
— Pourquoi veniez-vous voir le b^atonnier dans cette maison ?
— Pour lui montrer un objet d’art qu’il pouvait peut-^etre acheter.
— D'ecrivez-moi cet objet.
— Je ne l’ai pas vu moi-m^eme, mais j’en ai eu la photographie entre les mains. C’est une fort belle pi`ece. Un br^ule-parfums chinois du XVe si`ecle de la famille verte, mesurant environ soixante centim`etres de haut.
— C’est bien, interrompit Juve qui, se penchant `a son tour `a l’oreille de Fandor, lui d'eclara :
— Ce que dit cet homme est vrai. J’ai vu l’objet qu’il me d'ecrit dans une pi`ece de la maison.
— D’o`u saviez-vous que ce br^ule-parfums 'etait `a vendre ?
— Une dame est venue chez moi, d'eclara Sunds. Elle habitait ici, m’a-t-elle dit.
— Comment est cette personne ?
— Grande, mince, assez 'el'egante, mais ^ag'ee.
Fandor, 'etourdiment, l’interrompait :
— Elle a des cheveux blancs, n’est-ce pas ?
— Comment le sais-tu ? demanda Juve, 'etonn'e de l’interruption de Fandor.
Mais le journaliste, myst'erieusement, disait `a son ami :
— Je vous l’expliquerai tout `a l’heure.
Et Juve, comprenant qu’il ne voulait pas parler devant des tiers, poursuivait son interrogatoire :
— Avez-vous parl'e de cette affaire, demanda-t-il, `a d’autres personnes qu’au b^atonnier ? A-t-on pu savoir dans votre entourage le rendez-vous que vous aviez pris hier pour venir ici avec Me Faramont ?
— Ma foi, reconnut Sunds, c’est bien possible. Vous savez, moi, j’ai le coeur sur la main et je bavarde facilement. Il se peut que j’en aie parl'e au Cabaret des Raccourcis, o`u je d^ine presque tous les soirs.
— Devant qui ?
— Devant des tas de gens, des amis, des habitu'es.
— Quels sont ces habitu'es ?
— Il y a Boissard le m'ecanicien, Calastar`es, un dessinateur humoriste, une esp`ece de mod`ele connu sous le nom de Bouzille. (Juve et Fandor 'echang`erent un regard.) M^eme qu’il y a trois ou quatre jours ce bonhomme, qui a pourtant l’air d’un mis'ereux, est venu manger au cabaret avec une fort jolie personne, ma foi.
Juve et Fandor avaient sur les l`evres le seul nom qui leur venait aussit^ot `a l’esprit, c’'etait celui d’H'el`ene. Ils ne le prononc`erent pas.