ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
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— De la Soci'et'e L’'Epargne ?

Vous avez touch'e une assez forte somme `a nos guichets aujourd’hui et en cons'equence, j’ai 'et'e charg'e de vous suivre depuis la Compagnie jusqu’`a votre domicile afin de veiller `a votre s'ecurit'e et d’'eviter que l’on ne vous vol^at les cinq cent mille francs touch'es.

— Par exemple, s’exclama l’avocat, et moi qui avais si peur ! Ah, c’est extraordinaire, votre compagnie est v'eritablement la meilleure des compagnies. Cette pr'ecaution me touche infiniment. Elle a 'et'e inutile puisque…

— Elle n’a pas 'et'e inutile. Vous avez 'et'e vol'e, monsieur Faramont.

— Vol'e ? Vol'e ? r'ep'etait-il. Non, non, vous vous trompez. Je n’ai pas 'et'e vol'e. En arrivant j’ai imm'ediatement compt'e et recompt'e mes billets, avant de les enfermer dans le coffre-fort que voici. Vous vous trompez.

Mais Durandpaul, gravement, d'eclarait :

— Je ne me trompe pas, monsieur le B^atonnier, vous avez 'et'e vol'e, bien vol'e, on vous a pris les cinq cents billets de mille francs qui vous ont 'et'e remis `a nos guichets. Oh rassurez-vous, le voleur est arr^et'e, c’est m^eme parce que je me suis occup'e de son arrestation que je viens vous avertir en retard. Mais vous avez 'et'e vol'e, bel et bien vol'e.

Durandpaul, visiblement, 'etait convaincu de ce qu’il disait. La b^atonnier haussa les 'epaules, amus'e :

— Allons donc, r'ep'eta-t-il, je suis s^ur que vous vous trompez et vous avez d^u faire une arrestation injustifi'ee. Les billets sont l`a, l`a, vous dis-je. Dans mon coffre-fort.

— Les billets ne sont pas l`a, assura tranquillement l’inspecteur, ou plut^ot les billets qui sont l`a, Ma^itre Faramont, sont faux. Le coup a 'et'e merveilleusement fait. On ne s’est pas content'e de voler votre pochette `a billets, ce dont vous vous seriez 'evidemment apercu, on a fait mieux, on l’a remplac'ee par une autre bourr'ee de papiers de la Sainte Farce. Les billets qui sont dans votre coffre sont faux, car les vrais se trouvent en ce moment au commissariat de police d’o`u je viens.

— Ce n’est pas possible. Et d’ailleurs nous allons bien voir !

Il avanca vers son coffre-fort, se mit en devoir d’ouvrir celui-ci cependant que l’inspecteur de police, s^ur de son fait 'evidemment, r'ep'etait lui aussi, imperturbable :

— Nous allons voir en effet, Me Faramont, qui de nous deux est dans l’erreur.

Les serrures du coffre grinc`erent. Me Faramont prit le coffret o`u il avait, quelques instants plus t^ot, serr'e les billets de banque. Il souleva le couvercle en demandant :

— Vous n’allez pas me soutenir, voyons, que ces billets ne sont pas de vrais billets de banque ?

Mais l’avocat n’en croyait pas ses oreilles :

— Imb'ecile ! venait de lui dire Durandpaul.

D’ailleurs, Faramont p`ere ne devait pas en entendre davantage.

L’inspecteur de police s’'etait pr'ecipit'e sur lui. Me Faramont n’eut pas le temps de comprendre ce qui se passait qu’un b^aillon se serrait autour de son visage, qu’une mince mais solide cordelette de soie lui liait mains et pieds.

Incapable de se d'efendre d'esormais, le b^atonnier gisait sur le sol de son cabinet de travail et alors, de ses yeux que la peur congestionnait, Me Faramont assista au plus extraordinaire des spectacles.

— Imb'ecile, r'ep'etait Durandpaul, le pi`ege le plus grossier suffit.

Durandpaul, `a ce moment, tirait sur sa barbe qui se d'etachait, arrachait sa perruque, ses sourcils postiches et, prenant son mouchoir, enlevait de son visage une couche 'epaisse de maquillage.

— Me reconnaissez-vous, ma^itre Faramont ?

Ah certes oui, il la reconnaissait cette face glabre, 'energique, ce masque dur et volontaire, ce visage d’homme pench'e sur lui.

— Fant^omas ! souffla sous son b^aillon le malheureux b^atonnier.

— Oui, ma^itre Faramont, je suis bien, en effet, votre ancien client. Mes f'elicitations, vous allez bien ? Mon Dieu que vous faites donc sotte figure en ce moment.

Sans un mot, le bandit avait pris dans le coffret les billets de banque qu’il s’'etait fait si habilement remettre par l’avocat en le contraignant `a ouvrir son coffre-fort et les avait empoch'es tranquillement. Son vol accompli, il se redressa et regarda autour de lui, sans se presser.

— D'ecid'ement ma^itre Faramont, dit-il, vous ne m’aviez point menti lorsqu’en prison vous me disiez que vous adoriez les objets d’art. Il est tr`es gentiment meubl'e, votre cabinet de travail. Non, ne protestez pas, je parle sinc`erement, c’est gentil. Dommage que vous ayez tant d’objets faux, mais peut-^etre n’avez-vous pas le go^ut tr`es s^ur ?

Le bandit allait et venait dans la pi`ece, examinait les toiles pendues au mur, la tapisserie des fauteuils, les cand'elabres de la chemin'ee, les bronzes du bureau.

— Pas mal, r'ep'etait-il, pas mal !

Brusquement il revint vers la porte :

— 'Ecoutez donc, ma^itre Faramont. Si j’'etais m'echant, j’imagine que je n’aurais pas grand-peine `a vous tuer en vous saignant tranquillement. Mais je ne suis pas m'echant, votre b^etise vous prot`ege d’ailleurs, je vous tiens pour un pauvre brave homme. Je vais donc vous 'epargner. Je vous 'epargnerai d’autant plus volontiers qu’en r'ealit'e ca ne me rapporterait rien de vous faire passer de vie `a tr'epas. Non, je ne vous tuerai pas. `A une condition toutefois.

Le bandit s’arr^eta un instant, parut jouir de l’effroi o`u 'etait sa malheureuse victime, puis dans un 'eclat de rire, il reprit :

— Je ne vous tuerai pas, ma^itre Faramont. `A une condition : c’est que si jamais je suis `a nouveau incarc'er'e, vous accepterez encore de vous charger de ma d'efense. Etre d'efendu par vous, cela m’amuserait. Nos conventions sont faites, n’est-ce pas ? Oui ? Et bien alors, je n’ai plus qu’`a m’en aller. Vraiment vous n’^etes pas poli. Vous ne cherchez m^eme pas `a me retenir. Il est vrai que dans votre situation… Enfin, je vous pardonne cela encore.

Fant^omas venait de refermer le coffre-fort dans lequel il avait jet'e n'egligemment les accessoires qui lui avaient servi `a se grimer si utilement.

— Ma^itre Faramont, d'eclara-t-il encore, vous ne m’en voudrez pas de prendre quelques pr'ecautions pour retarder autant que possible les recherches de la police que vous allez sans doute lancer sur ma trace.

Parlant ainsi, le Ma^itre de l’Effroi 'etendit sur le sol une pelisse fourr'ee, abandonn'ee dans le cabinet de travail par un des invit'es du b^atonnier. Il enroula dans cette pelisse le corps ligot'e de l’avocat plus mort que vif, puis par-dessus la pelisse, Fant^omas entortilla encore un grand pardessus. Cela fait, il ficela soigneusement le malheureux b^atonnier roul'e dans ses couvertures, d’une ficelle rouge `a laquelle il ajouta, par coquetterie, un petit num'ero.

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