ЖАНРЫ

La gu?pe rouge (Красная оса)
Шрифт:

Effroyable 'etait sa situation. L’air contenu en son cercueil se rar'efiait, elle allait ^etre asphyxi'ee. Cette fois, v'eritablement, elle allait p'erir.

Et soudain, comme bris'ee des convulsions qui venaient de la secouer, elle demeurait pantelante, sa pens'ee, machinalement, instinctivement, lui souffla :

— Il y a de l’air encore puisqu’il est possible que tu respires. Il y a de l’air.

Elle imagina alors que la bi`ere 'etait mal clou'ee. C’'etait fou de penser `a se sauver, et pourtant lady Beltham esp'era.

— Il faut que je vive, murmura-t-elle, il faut que je vive pour me venger.

Dans son cercueil, elle m'edita, horrible chose, le moyen de sortir du s'epulcre. Mais sort-on d’un s'epulcre ? M^eme, si elle voulait briser sa bi`ere, ne se trouverait-elle pas au fond de son caveau, d’un caveau que murait inexorablement le poids formidable de la pierre tombale ?

Vanit'e des vanit'es, Lady Beltham songea que jadis, elle avait elle-m^eme pris soin de faire 'edifier au cimeti`ere la pierre de gr`es qui devait assurer le repos de ses cendres, et qui maintenant la condamnait `a mort. Et sa pens'ee, `a ce moment, 'etait un tourbillon.

Alors qu’elle d'esesp'erait, elle esp'erait. Au moment o`u elle comprenait qu’on ne sort pas du s'epulcre, elle voulait en sortir.

Une crispation encore, effroyable, tordit ses membres ; dans la bi`ere o`u elle 'etouffait, son corps s’arqua, se d'etendit. Elle se retourna sur elle-m^eme, elle eut le visage enfoui dans le son que l’on avait mis au fond de son cercueil pour absorber la pestilence de ses chairs d'ecompos'ees.

Sur ses genoux, sur ses bras, elle voulut se soulever, elle 'etait mourante, puis, soudain, une force extr^eme semblait ^etre `a sa disposition, le couvercle de la bi`ere craqua, une vis l^acha, une autre c'eda encore, ce fut une chose brusque, impr'evue, qu’elle ne comprit m^eme pas, dans l’'etat d’affolement o`u elle 'etait r'eduite.

Elle venait de d'efoncer sa bi`ere.

La bi`ere s’ouvrait.

Quelques secondes, lady Beltham demeura encore immobile au fond de son cercueil.

Puis, elle se jeta hors de la bo^ite sinistre. Elle roula sur le sol et, respirant `a pleins poumons, un rire de folle sur les l`evres, les bras 'etendus, elle demeura encore quelques instants, n’osant comprendre qu’elle avait d'ej`a fait ce premier pas vers la vie, qu’elle 'etait sortie de son cercueil.

Lady Beltham, plus folle que raisonnable, bient^ot se redressait. Elle 'etait toujours dans le noir, `a genoux, elle sentait, de ses doigts tremblants, la maconnerie grossi`ere, humide, suintante, du caveau.

Au-dessus d’elle, son bras 'etendu, elle cria `a la nuit :

— Je ne peux pas sortir de l`a, on enterre les morts bien trop profond'ement, je vais p'erir. Oh, j’aurais tant voulu me venger.

L’abattement qui l’avait reprise, durait peu, cependant.

Elle se redressa tout `a fait. Son cercueil, qu’elle repoussait du pied, lui servait d’'echelle. Elle le dressa contre la muraille du s'epulcre, elle se hissa sur lui. Glac'ee, frissonnante, elle s’'etait envelopp'ee de son suaire. Dans l’ombre du tombeau, c’e^ut 'et'e une vision fantastique, que celle de cette femme enterr'ee vive, dress'ee sur son cercueil et voulant remonter du fond de la tombe jusqu’`a la vie.

Lady Beltham, debout sur la bi`ere, les mains saignantes, les genoux 'ecorch'es, une effroyable douleur mettant un vertige dans sa t^ete, longtemps palpa, sous ses doigts, la surface unie de la pierre tombale.

Elle sentait bien qu’il lui serait impossible de soulever cette pierre, mais, pourtant, elle fr'emissait en pensant que si jamais elle 'etait capable de l’arracher du s'epulcre, elle pourrait sortir de la mort, et retourner parmi les vivants.

Or, en poussant la pierre tombale, en se meurtrissant les doigts `a vouloir la soulever, lady Beltham se rendait compte soudain, avec une joie affol'ee, qu’elle la faisait l'eg`erement glisser, qu’elle la d'eplacait.

La pierre n’'etait pas encore fix'ee.

Enterr'ee la veille au soir, tr`es tard, par crainte de manifestations, la pauvre femme avait 'et'e abandonn'ee dans sa tombe, sans que les fossoyeurs eussent eu le temps de sceller son s'epulcre.

Cela devait la sauver.

La pierre tombale qui fermait la fosse 'etait en effet encore en 'equilibre sur des rotins de bois. Elle put, lentement, p'eniblement, la d'eplacer, la faire rouler.

Au terme d’une heure d’efforts, dans la nuit, dans la paix du cimeti`ere, dans l’immensit'e tranquille du champ de repos o`u la lune r'epandait une clart'e blafarde, o`u les croix tendaient leurs bras d'enud'es, lady Beltham sortit de sa tombe, et pantelante, 'epuis'ee, au pied m^eme de cette tombe, la t^ete sur la pierre fun'eraire, elle s’'ecroula.

La malheureuse resta l`a jusqu’au petit matin.

C’'etait la fra^icheur de l’aube, l’humidit'e de la ros'ee glaciale et pure qui la tirait de son assoupissement.

Le suaire dont elle s’'etait envelopp'ee 'etait tremp'e, elle le rejeta. La robe dont elle 'etait v^etue lors de son ensevelissement 'etait macul'ee de sable, qu’importait, elle s’y enroula 'etroitement et, consciente cette fois, prise d’un grand d'esir de vengeance, elle referma sa propre tombe, y enfouit le grand suaire, puis elle prit la fuite par la porte qui venait de s’ouvrir.

Lady Beltham alla se cacher dans la maison d'eserte de Ville-d’Avray. C’est l`a, dans cette retraite qu’elle s’'etait m'enag'ee depuis longtemps pour le jour o`u il lui faudrait dispara^itre, le jour o`u Fant^omas l’abandonnerait – car elle avait v'ecu dans la crainte de cet abandon – que lady Beltham s’'etait terr'ee.

Chose effroyable, ce n’'etait plus une jolie femme, qui se dissimulait dans la villa d'eserte. Lady Beltham avait eu l’'epouvante, en se contemplant devant un miroir, de s’apercevoir des irr'eparables outrages que la terreur, l’angoisse, la mort fr^ol'ee, avaient afflig'es `a sa beaut'e d'edaigneuse.

Son teint nacr'e avait jauni, ses yeux purs s’'etaient rid'es, sa nuque gracile ployait sous le poids trop lourd de sa t^ete, ses cheveux m^emes, ses cheveux fins et souples, qui faisaient jadis une aur'eole triomphale `a sa beaut'e, avaient blanchi.

Dans le s'epulcre, la jeune et jolie femme 'etait devenue vieille, vieille de cent ans, c’'etait une ruine d'esormais.

***

Lady Beltham, depuis lors, n’avait v'ecu que pour se venger.

Elle n’avait rien compris aux incidents tragiques qui s’'etaient pass'es dans sa villa, et qui avaient failli co^uter la vie au b^atonnier Faramont. Elle avait soupconn'e que Fant^omas 'etait pour quelque chose dans cet attentat, et ce n’'etait point vrai.

Elle avait cru depuis, que Fant^omas avait voulu, ayant appris qu’elle vivait, la revoir, et ce n’'etait point vrai encore.

C’'etait Dick Valgrand, une premi`ere fois, qui s’'etait rendu chez elle.

La veille, enfin, lady Beltham, en achetant le tableau, n’avait eu d’autre but que d’attirer aupr`es d’elle Fant^omas, Fant^omas qu’elle accusait toujours d’avoir voulu la tuer.

Cette fois-l`a, c’'etait bien sur Fant^omas qu’elle venait de faire feu, c’'etait bien le bandit que ses balles avaient fr^ol'e.

Поделиться с друзьями: