ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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S'ebastien n’avait pas tenu compte des observations de son fr`ere, et pendant tout le temps qu’il s’'etait trouv'e ensuite avec sa ma^itresse, il n’avait pas h'esit'e `a la faire passer pour sa femme l'egitime.

Toutefois, lorsque, sur le d'esir de Rita, S'ebastien 'etait revenu avec elle `a Paris, il avait envisag'e l’avenir avec plus de circonspection.

Malgr'e l’amour aveugle qu’il 'eprouvait pour la demi-mondaine, S'ebastien se rendait parfaitement compte qu’il avait des devoirs sociaux `a remplir, des relations qu’il convenait de ne pas n'egliger. Comment concilier cela et l’amour de Rita ?

S'ebastien s’'etait ouvert de ses difficult'es `a sa ma^itresse. Elle avait tr`es mal pris la chose :

— Si Seb, son petit Seb, avait-elle dit, se posait de semblables questions, c’est qu’il songeait `a la quitter, qu’il ne l’aimait plus et rien que d’effleurer cette pens'ee lui 'etait insupportable.

En vain, S'ebastien avait-il protest'e que s’il se pr'eoccupait de l’existence `a venir, c’est pr'ecis'ement parce qu’il pr'evoyait qu’il allait d'esormais faire sa vie avec elle. Mais Rita n’en 'etait pas moins demeur'ee inqui`ete et perplexe. Elle connaissait h'elas, ces situations irr'eguli`eres, pour les avoir v'ecues avec deux ou trois des amants qui avaient pr'ec'ed'es dans son coeur le jeune S'ebastien.

Et, deux ou trois fois d'ej`a, le monde de ses obligations, la rigueur des usages, avaient triomph'e de sa beaut'e et de ses charmes. La jolie femme s’'etait laiss'ee tomber sur le canap'e d’angle, en poussant un profond soupir.

— Qu’as-tu donc, fit-il, ma petite Riri, serais-tu souffrante ?

— Non, r'epliqua la jeune femme, mais je suis inqui`ete, j’ai peur de te perdre. N’est-ce pas demain que tu vas voir ton fr`ere ?

— Oui. Et alors ?

— Alors, j’ai peur, j’ai peur que tu me quittes, j’ai peur que tu ne lui donnes raison, j’ai peur qu’il ne te r'ep`ete toutes ces choses vilaines qu’il a dites sur moi, sur nous, dans les lettres que tu as recues en Suisse. Tu sais combien je t’aime, mon petit Seb, ce serait 'epouvantable, affreux, si tu t’en allais, si tu m’abandonnais. J’aimerais mieux mourir cent fois.

— Tu sais bien que je t’aime plus que tout, que je n’aime que toi. Rien au monde ne pourra nous s'eparer. Sois tranquille ma petite Riri, il ne faut pas te faire des id'ees comme ca.

Le jeune homme s’arr^eta :

— Que fais-tu ? interrogea Rita d’Anr'emont, qui suivait son amant d’un regard inquiet.

Le jeune homme 'etait all'e `a la porte du boudoir qui donnait sur le palier, il 'ecoutait. Au bout d’un instant, le jeune homme revint :

— C’est dr^ole, fit-il, j’avais cru entendre marcher.

— Marcher, dit-elle, tu es fou, `a moins qu’il ne s’agisse de la femme de chambre qui doit ^etre sur le point de rentrer. 'Ecoute, mon petit Seb, parle-moi encore un peu de ta visite de demain. Qu’est-ce que tu vas lui dire `a ton fr`ere ? Lui dire exactement ? `a notre sujet. Sur toi, sur moi, sur lui ?

S'ebastien ne r'epondit pas tout de suite. Sa main caressait lentement le cou de sa ma^itresse, et son doigt, machinalement, s’'etait arr^et'e sous le menton, il allait et venait :

— Qu’est-ce que tu as donc sur la gorge, en haut, sous la m^achoire ? On dirait une tache, un coup de crayon.

Intrigu'ee, Rita d’Anr'emont se leva, alla vers un miroir, s’examina minutieusement, puis soudain, elle p^alit. En h^ate, la jolie femme prit dans le sac `a main dont elle ne se s'eparait jamais un peu de poudre de riz dont elle se saupoudra le cou.

— Ce n’est rien, fit-elle, cependant qu’en souriant elle se retournait vers son amant. Une tache, un coup de crayon, en effet, comme tu disais.

Rita d’Anr'emont, cependant, 'etait affreusement troubl'ee.

Ce que son amant avait remarqu'e, ce qu’elle venait d’apercevoir `a la lumi`ere crue de l’'electricit'e, c’'etait net, cat'egorique, terrible : la tache, le trait de crayon remarqu'e par S'ebastien, n’'etait, en r'ealit'e, qu’une ride, une de ces rides implacables qui viennent peu `a peu les unes apr`es les autres strier le cou des femmes et faire autour de leur gorge, un effroyable collier que les plus belles parures ne peuvent dissimuler.

Cette fois, Rita d’Anr'emont avait 'eprouv'e un choc au coeur, violent. C’'etait l’^age qui se r'ev'elait, sa jeunesse qui se transformait en une maturit'e encore s'eduisante, mais la malheureuse entrevoyait l’avenir, sentait l’inqui'etude grossir dans son coeur.

— Il a vu, songeait-elle, que ne verra-t-il pas encore ?

Mais, faisant un effort supr^eme sur elle-m^eme, et rendant un air jeune `a sa physionomie, affectant une extr^eme ga^it'e, Rita d’Anr'emont se blotti dans les bras de son amant :

— Raconte-moi, dit-elle, des choses d’amour…

Puis, d'esignant un commutateur :

— 'Eteins, dit-elle, ces lampes, il y en a trop.

2 – L’INCOMPR'EHENSIBLE

— De sorte que c’est vous, mon cher Juve, qui allez avoir `a 'eclaircir ce nouveau myst`ere ?

— Moi-m^eme, monsieur le commissaire, et je ne vous cache pas que je n’en suis que tr`es m'ediocrement flatt'e.

— Allons donc ? Vous plaisantez ? Juve, peu satisfait d’avoir une enqu^ete difficile `a mener ? cela ne se serait jamais vu.

— Eh bien, c’est tout vu.

Dans le vestibule du petit h^otel qu’habitait Rita d’Anr'emont, Juve causait avec un interlocuteur qui affectait de le traiter sur un pied d’intimit'e, encore que Juve lui oppos^at un ton de respect.

Juve n’avait pas chang'e. Peut-^etre avait-il l’air un peu plus grave que d’habitude, peut-^etre penchait-il la t^ete un peu plus, peut-^etre semblait-il quelque peu fatigu'e, d'ecourag'e ? En r'ealit'e, il n’en 'etait rien.

Juve venait de vivre d’extraordinaires heures de d'etresse morale. Sur le point de mener `a bien la plus merveilleuse ruse polici`ere qu’il e^ut jamais invent'ee, apr`es avoir cru que l’arrestation de Fant^omas ne pouvait manquer, le terrible bandit lui avait fil'e entre les doigts, et le policier ne s’en faisait pas une raison.

Juve avait repris son service `a la pr'efecture de police. Il y faisait sa besogne, tranquillement, m'ecaniquement.

Jamais il ne parlait de Fant^omas. Ses coll`egues eux-m^emes 'evitaient d’y faire allusion.

Juve, pourtant n’avait pas renonc'e. S’il semblait mettre moins de fougue `a ses besognes, il n’en 'etait pas pour cela moins pr^et `a la lutte. Il se r'eservait, il se reposait, il amassait en lui des tr'esors d’ing'eniosit'e, des richesses de volont'e. Il attendait l’occasion, l’indice.

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