ЖАНРЫ

La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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Or, justement, alors que Juve jurait, d’un ton lass'e, qu’il n’'etait pas satisfait d’^etre charg'e d’un nouveau dossier, son air d'ementait ses paroles. Ses yeux brillaient, une nervosit'e toute sp'eciale se devinait dans sa voix.

— Enfin, commenca le policier, se croisant les bras sur la poitrine et regardant bien en face le commissaire de police, qu’est-ce qui s’est pass'e au juste ?

Le commissaire, d’abord, haussa les 'epaules, puis d'eclara :

— Vous m’en demandez trop. Ce qui s’est pass'e, je vous avoue que je n’en n’ai pas la moindre id'ee. D’abord, vous, Juve, que savez-vous ?

— Moi ? faisait-il, mais je ne sais rien, absolument rien. J’entends parler des gens qui me racontent des histoires invraisemblables et voil`a tout. Oui, j’'etais ce matin bien en train de faire ma toilette, ne songeant `a rien de particulier, lorsque mon t'el'ephone a sonn'e. De la pr'efecture, on me pr'evenait qu’il y avait eu un crime ici, villa Sa"id et qu’il fallait que je m’y rende tout de suite pour suivre l’enqu^ete. Je me suis habill'e en toute h^ate, mon cher commissaire, j’ai saut'e dans un fiacre et je montais l’escalier quand je vous ai rencontr'e. Je ne sais rien de plus, si ce n’est que la concierge m’a parl'e de vitriol.

Juve, 'evidemment, n’'etait pas renseign'e. Le commissaire pouvait donc parler en toute tranquille d’esprit sans s’exposer `a ^etre ridicule aux yeux de Juve.

— Vous ne savez pas ce qui s’est pass'e, mon bon Juve ? et bien, moi non plus. Et je crois que personne ne le saura jamais. En tout cas, voici les faits. Ce matin, j’'etais en train de d'epouiller mon courrier au commissariat lorsqu’on est venu me chercher. Des voisins avaient entendu, ce matin, des cris horribles semblant provenir de cet h^otel o`u nous nous trouvons. Un attroupement s’'etait form'e. Bref, l’'emotion grandissait. Quelqu’un a 'et'e cherch'e un gardien de la paix, lequel est venu me trouver. Naturellement, je me suis imm'ediatement transport'e ici.

— Et vous y avez d'ecouvert ?

— Voil`a.

Le commissaire, en peu de mots, mais assez clairement, expliqua quels 'etaient exactement les habitants du petit h^otel o`u tous deux se trouvaient.

— Or, continua le commissaire, `a peine avais-je p'en'etr'e dans le jardinet, `a peine 'etais-je entr'e dans ce vestibule que j’ai entendu, tout comme les voisins, des cris, des g'emissements, paraissant provenir du premier 'etage de l’h^otel. Bien entendu je suis mont'e quatre `a quatre, j’ai enfonc'e la porte de la chambre, « enfonc'e » est un gros mot, car elle n’'etait pas ferm'ee, ni la porte d’entr'ee du petit h^otel, et une fois dans la pi`ece dont les rideaux 'etaient encore tir'es, je distingue dans la p'enombre le corps d’un homme qui se d'ebattait sur le sol, en proie `a d’horribles souffrances semblait-il, g'emissant, hurlant, et cela `a tel point qu’il ne s’est m^eme pas apercu de mon arriv'ee.

— C’'etait S'ebastien ?

— Oui, et quand je l’ai eu relev'e, quand, aid'e de quelques voisins et de deux de mes agents qui m’avaient suivi, je l’ai eu port'e sur son lit, j’ai compris pourquoi il souffrait comme ca : il avait en effet le visage horriblement br^ul'e, taillad'e, rong'e par le vitriol.

— H'e, h'e, drame de jalousie, probablement. Vous avez interrog'e la ma^itresse ? o`u 'etait-elle, elle ?

— Madame Rita d’Anr'emont a disparu.

Juve, cette fois, ne r'epondit rien. Il eut une sorte de petit sourire 'enigmatique, il r'efl'echissait, puis enfin :

— Vraiment, Mme Rita d’Anr'emont avait disparu, et alors, mon cher commissaire, que vous a dit le bless'e ?

— Le bless'e ne m’a rien dit du tout. Interrogatoire impossible. `A cause des souffrances. Le m'edecin est arriv'e.

— Alors, vous ne savez rien de plus ?

— Rien de plus.

— Eh bien, nous allons voir, j’imagine que maintenant ce garcon est en 'etat de r'epondre, nous allons pouvoir l’interroger.

— Ma foi, puisque vous ^etes l`a, monsieur Juve, je m’en vais vous passer la consigne. Vous chercherez tout cela vous-m^eme, on doit avoir besoin de moi au commissariat et je ne vois pas `a quoi je pourrais vous ^etre utile.

— Alors vous me quittez ?

— Je vous quitte.

Dix minutes plus tard, le commissaire parti, Juve en savait d'ej`a beaucoup plus long que l’honorable fonctionnaire. Au lieu de monter voir le bless'e, de se rendre compte par lui-m^eme de ce que pouvait savoir la victime du crime sur le crime lui-m^eme, Juve 'etait rest'e au rez-de-chauss'ee de l’h^otel. Il avait minutieusement fait le tour de toutes les pi`eces le composant, il avait examin'e de son oeil percant la disposition des meubles, l’ordonnance des bibelots sur les 'etag`eres, et m^eme, `a deux reprises, il s’'etait agenouill'e pour examiner de tr`es pr`es la moquette rouge uni garnissant le sol et sur laquelle 'etaient jet'e des tapis d’Orient. 'Etrange enqu^ete, en v'erit'e, que pouvait bien chercher Juve ?

Pourtant, de temps `a autre, Juve faisait claquer sa langue, ce qui 'etait bon signe :

— H'e, h'e, murmurait-il enfin, ayant achev'e de visiter le rez-de-chauss'ee, les gaillards avaient du go^ut. Ils ont d'edaign'e les bronzes sans valeur artistique et g^enants `a emporter, en revanche, ou je me trompe fort, ils ont d'evalis'e le petit secr'etaire qui a d^u ^etre ouvert `a l’aide d’un rossignol et qui contenait l’argent sans doute. Mieux, ils ont choisi dans la vitrine sept ou huit bibelots qui devaient ^etre de grand prix. On a visiblement vol'e ces bibelots, car je ne vois pas pourquoi, au cas contraire, il y aurait sur les velours des tablettes des traces d’objets qui n’y sont pas.

Juve montait lentement, de plus en plus lentement ; parvenu au milieu de l’'etage il s’arr^eta, puis redescendit.

Juve, tr`es tranquillement, sortit alors du petit h^otel et n’ayant toujours pas vu le bless'e, traversa le jardin, gagna la chauss'ee de la villa Sa"id. Devant la grille de la villa tragique une foule de badauds stationnait, commentant les 'ev'enements et regardant, les yeux avides, la maison o`u « il s’'etait pass'e quelque chose ».

Juve longea la petite avenue, parvint jusqu’`a la loge du concierge :

M. et Mme Casimir, devenus les h'eros de l’heure, y 'etaient, entour'es des domestiques du voisinage.

— Monsieur Casimir, appela Juve.

Le concierge s’avanca.

Juve l’attira un peu `a l’'ecart :

— Je suis inspecteur de la S^uret'e, d'eclara-t-il, en faisant voir au concierge sa carte de la Pr'efecture, veuillez me r'epondre. Cette nuit, n’avez-vous rien entendu dans la villa ?

— Rien, monsieur.

— Il n’est pas entr'e de voiture qui ait longtemps stationn'e `a la hauteur du petit h^otel ?

— Non, monsieur.

— Vous n’avez remarqu'e aucune all'ee et venue insolite ?

— Absolument aucune, monsieur.

Juve se tut quelques instants, il posa enfin brutalement une question tr`es nette :

— Dites-moi, Mme Rita d’Anr'emont avait plusieurs amants ?

— Mais jamais de la vie, monsieur, jamais de la vie, Mme Rita d’Anr'emont aimait beaucoup ce pauvre M. S'ebastien, nous n’avons jamais rien vu, ma femme et moi, pour nous permettre de croire…

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