La livr?e du crime (Преступная ливрея)
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— Je ne vous reconnais pas comme juges, dit-elle.
— Cr'enom, jura le Barbu, j’aime pas beaucoup qu’on me d'efie, ob'eiras-tu, oui ou non ? La Gu^epe, tu as perdu. Plus tu r'esisteras, plus ton ch^atiment sera terrible.
Et soudain les apaches s’arr^et`erent, interdits. Un homme venait d’entrer, drap'e dans un grand manteau noir, le visage dissimul'e derri`ere un loup, son grand chapeau de feutre abaiss'e sur le front :
— Fant^omas, murmurait-on, le patron.
— Oui, Fant^omas, d'eclara celui-ci d’une voix tonitruante, et je vous ai entendus, et je suis furieux. Toi, le Barbu, d’abord de quel droit te permets-tu de juger, de condamner, suis-je le ma^itre, oui ou non ?
— Mais, tu n’'etais pas l`a, Fant^omas, et B'eb'e nous a donn'e des preuves.
— Rien `a faire, cria Fant^omas, quand on juge, il faut que je sois l`a et si quelqu’un doit prononcer une sentence c’est moi, moi seul. Dans la Bande des T'en'ebreux, j’ai seul le droit de punir et le devoir de ch^atier.
Fant^omas se tourna vers la Gu^epe, qui le regardait les yeux fous.
— Oh, fit-il, ne t’imagines pas, la Gu^epe, que ma pr'esence va te sauver, je sais que tu es coupable et ton ch^atiment sera terrible, plus terrible peut-^etre encore que celui qu’on voulait t’imposer. Mais ton heure n’est pas encore venue.
Ayant ainsi parl'e, Fant^omas montra l’infortun'e Bedeau qui r^alait toujours sur son matelas.
— Cet homme se meurt, d'eclara-t-il, il agonise. Dans une heure il ne sera plus si vous l’arrachez aux soins de la Gu^epe. Qu’elle le sauve d’abord, nous verrons ensuite.
— Patron, dit B'eb'e, on voit bien que tu ne la connais pas. Si on la laisse libre, un quart d’heure seulement, la Gu^epe va se d'ebiner, nous ne la retrouverons plus.
Fant^omas toisa le jeune apache :
— Qui t’a pri'e de parler, B'eb'e ? Quand on a des choses inutiles `a dire, on la boucle. Tiens-toi-le pour dit. Je sais ce que je dois faire. D’abord, tu vas commencer par calter d’ici, et vivement. Toi aussi le Barbu, toi de m^eme Mort-Subite. Triples cr'etins que vous ^etes. Vous ignorez donc que la police est sur vos traces en ce moment, et que si vous ne vous 'eparpillez pas au plus t^ot, elle va, en un facile coup de filet, mettre `a l’ombre tous les agresseurs du marchand de cochons. D'efilez-vous aux cinq cents diables et sans perdre une minute.
— Mais, hasarda Bec-de-Gaz, et la Gu^epe ?
— La Gu^epe ? fit Fant^omas, elle est `a moi et je la garde. Maintenant, il faut deux d’entre vous pour m’aider. Toi, Bec-de-Gaz, et toi, OEil-de-Boeuf. Vous allez rester l`a dans le voisinage. Surveillez les approches de la police. Vous savez siffler, ne manquez pas de le faire si les circonstances l’exigent. Quant `a la Gu^epe, elle va soigner le Bedeau. Dans une heure le malade sera sauv'e ou mort, dans une heure, avec l’aide de Bec-de-Gaz et OEil-de-Boeuf, moi, Fant^omas, j’emm`enerai la Gu^epe, et je vous jure, les copains, que vous serez satisfaits lorsque vous saurez ce qui lui arrive. Allez.
23 – LE REPAIRE
`A sept heures du matin, dans la ti'edeur de son lit, Juve qui avait commenc'e `a d'epouiller ses journaux et, naturellement, sursaut'e en lisant un premier reportage fait `a la h^ate et peu explicite relatif au meurtre du malheureux C'elestin Labourette, meurtre inexpliqu'e, inexplicable, affirmait le journal, mais qui, cependant, entra^inerait certainement d’importantes arrestations dans le monde de la p`egre, car la police pr'evenue avait pu arriver `a temps et arr^eter un des auteurs du forfait.
Juve 'etait encore en train de lire les d'etails du tragique r'ecit lorsqu’au pied de son lit le t'el'ephone se mit `a carillonner. Il bondit sur l’appareil : c’'etait M. Havard qui appelait `a l’aide le roi des policiers et le chargeait d’aller 'eclaircir ce que l’on appelait d'ej`a « la tragique affaire des Lilas ».
— Je ne suis pas renseign'e du tout, dit M. Havard, tout ce que je sais, c’est qu’il y a un meurtre et que l’on a arr^et'e quelqu’un. Allez donc voir de quoi il s’agit, Juve. D'ecid'ement le drame court la rue. Il faut en finir. Il faut, pour satisfaire l’opinion, que nous arrivions au moins `a 'eclaircir l’un de ces myst`eres.
Ce n’est pas, en v'erit'e, uniquement pour donner satisfaction `a l’opinion que Juve s’habilla en h^ate et partit pour Les Lilas. Le policier se souciait fort peu de ce que l’on est convenu d’appeler « l’opinion », qui avait une importance capitale aux yeux de M. Havard. L’opinion, c’'etait, pour Juve, quelque chose de n'egligeable au regard de la conscience, et c’'etait en s’aidant de sa conscience que Juve se promettait d’apporter tous ses soins `a la nouvelle enqu^ete qu’on lui confiait. Depuis longtemps, en effet, Juve consid'erait que les crimes le plus souvent ne sauraient ^etre consid'er'es comme formant autant d’affaires nettement d'efinies et distinctes. Il jugeait et l’exp'erience lui avait `a maintes reprises donn'e raison, que les affaires sont reli'ees entre elles, qu’elles d'ependent les unes des autres, que les criminels appartenant au monde de la p`egre se connaissent, se renseignent entre eux, ont des affinit'es, des rapports, ce qui fait qu’il est toujours int'eressant, dans l’'etude d’une affaire, de ne point oublier les constatations 'etablies au cours d’une enqu^ete se rapportant `a une autre affaire.
— C'elestin Labourette, songeait Juve, tout en s’habillant, Je connais ce nom, mais du diable si je peux pr'eciser o`u je l’ai entendu pour la premi`ere fois. C'elestin Labourette, un marchand de cochons ? m’a dit M. Havard.
Et puis, soudain, Juve se souvint. C'elestin Labourette, mais oui ! Au Crocodile, le gros qui disait : « Parfaitement, je suis marchand de cochons, gros marchand de cochons, comme qui dirait le roi des marchands de cochons. »
Maintenant qu’il y pensait, d’ailleurs, c’est ce m^eme soir, avec Backefelder, qu’il avait vu Ad`ele et Chonchon, sans compter le ma^itre d’h^otel : B'eb'e. Cr'edibis`eque, il ne fallait pas beaucoup de flair pour sentir les traces de… Ne nous 'enervons pas.
***
Au commissariat de police des Lilas, le coll`egue de service ne lui laissa m^eme pas le temps d’ouvrir la bouche :
— Eh bien, mon cher, pour une fois, je crois que vous arrivez comme les carabiniers d’Offenbach. Il n’y a plus rien `a trouver. Le coupable est sous les verrous. Par cons'equent, j’imagine que, gr^ace `a ses aveux, gr^ace aux d'enonciations de ses complices, nous saurons tout.
— Eh bien, c’est parfait, la besogne va nous ^etre simplifi'ee si r'eellement l’un des assassins est d'ej`a sous les verrous. En somme, que s’est-il pass'e ? que savez-vous ? comment avez-vous 'et'e pr'evenu ?
— Voici en deux mots l’affaire. Hier soir, vers onze heures, j’'etais en train de signer des rapports, des papiers administratifs, lorsque tout d’un coup, le brigadier de garde a frapp'e `a la porte de mon cabinet. C’est un homme en qui j’ai toute confiance, s'erieux, habile, connaissant son m'etier. « Monsieur le commissaire, m’a-t-il d'eclar'e, il y a l’agent Perrier qui vient de rentrer au poste et qui raconte une histoire extraordinaire. »
J’ai fait entrer l’agent Perrier et il m’a racont'e, en effet, des choses extraordinaires. Au beau milieu de sa faction, alors que, suivant sa propre expression, il ne « songeait `a rien du tout », il a entendu des cris, puis des coups de revolver provenant d’une petite villa voisine. Mon agent a apercu une grosse femme v^etue de facon un peu voyante qui s’enfuyait en toute h^ate, cependant qu’`a la porte d’entr'ee une autre femme lui criait :
— Reviens donc, Chonchon, es-tu b^ete. C’est pas `a nous qu’ils en veulent. C’est les poteaux.
— Alors, qu’a fait l’agent Perrier ?
— Il a 'ecout'e.
— Mon Dieu, il aurait d^u se pr'ecipiter dans cette maison.
— C’est l`a o`u la chose devient tout `a fait cocasse. L’agent Perrier s’est convaincu qu’il y avait toute une bande de cambrioleurs occup'es `a l’int'erieur de la maisonnette. Il a entendu des bruits de pas, des bruits de voix, puis des lumi`eres ont pass'e aux fen^etres, enfin un remue-m'enage extraordinaire `a cette heure avanc'ee de la nuit.