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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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T^ete basse, les mains derri`ere le dos, tenant n'egligemment entre le pouce et l’index l’enveloppe dans laquelle il avait gliss'e sa lettre, Ivan Ivanovitch, discr`etement suivi par les deux inspecteurs, sortit du salon de lecture.

— Attention, souffla l’un des policiers, ce commandant russe va d'ecid'ement faire parler la poudre.

Et les policiers tournaient dans la direction du perron, s’attendant `a ce qu’Ivan Ivanovitch `a l’instar de bien des malheureux ruin'es par la roulette, se rend^it dans les jardins, pr^et `a se loger une balle dans la t^ete.

Telle ne devait pas ^etre pourtant l’intention du Commandant du Skobeleff.

Ne pr^etant nulle attention `a ceux qui l’'epiaient, il se dirigeait le plus naturellement du monde vers les locaux r'eserv'es `a l’administration du Casino.

Un huissier veillait `a l’entr'ee d’un vestibule, il demanda :

— Vous d'esirez, monsieur ?

— Pourrais-je parler au directeur ?

— `A quel sujet, monsieur ?

— Pour affaire importante et urgente.

Le directeur n’est pas l`a, monsieur. Il est trop tard. Mais, monsieur trouvera certainement `a qui parler en s’adressant au Secr'etariat, au premier 'etage, la porte au fond.

Ivan Ivanovitch, d’un signe de t^ete, remercia, puis s’engagea dans l’escalier somptueux que l’huissier venait de lui indiquer. Le Commandant parvint au haut de l’'etage, longea une longue galerie, `a cette heure encore d'eserte, et il s’appr^etait `a frapper au Bureau du Soci'etariat lorsqu’un huissier apparut dans l’embrasure d’une porte :

— Vous d'esirez, monsieur ?

— Remettre cette lettre `a M. le Directeur du Casino ou `a la personne qui le remplace.

La consigne, en pareil cas, 'etait de ne jamais s’'etonner et de ne demander aucune explication.

Veuillez me suivre, monsieur. Je vais voir si je trouve l’un de ces messieurs. Au cas contraire, monsieur serait oblig'e de revenir vers les onze heures demain matin ?

— Allez voir.

L’huissier s’'eloignait apr`es avoir introduit Ivan Ivanovitch dans un petit salon discr`etement meubl'e de tentures sombres, d’'epais tapis et dont les portes 'etaient matelass'ees.

***

Allait-il, `a cette heure-l`a, se trouver encore au Casino quelqu’un pour lui r'epondre ?

Ivan Ivanovitch se le demandait, lorsque, lentement, la porte du cabinet o`u il attendait s’ouvrait pour livrer passage `a un homme fort grave, fort digne, probablement l’un des directeurs de la maison de jeux.

Le personnage avait `a peine salu'e l’officier que celui-ci, brusquement, venait de se redresser, se levant de son fauteuil o`u, quelques instants avant, il 'etait encore dans une pose accabl'ee, an'eantie.

— J’ai le plaisir, s’informait Ivan Ivanovitch, de causer `a l’un des directeurs de la Soci'et'e des Bains, `a l’un des dirigeants de la maison des Jeux ?

— Vous avez, je crois, monsieur, une « communication » `a faire tenir `a la Direction ? Voulez-vous me la confier ?

Et il tendait la main d’un geste si naturel, si tranquillement assur'e, qu’Ivan Ivanovitch, comme instinctivement, lui confia en effet la lettre qu’il venait d’'ecrire quelques minutes auparavant.

— Ce message est pour la Direction, monsieur… pour la Direction…

Mais, bien que l’officier russe insist^at tout sp'ecialement sur ces mots « pour la Direction », il vit son interlocuteur, tranquillement, continuer d’ouvrir l’enveloppe.

— Asseyez-vous donc, monsieur, d'eclara froidement le personnage, je vous en prie. Et veuillez m’excuser de prendre connaissance de cette lettre, c’est pr'ecis'ement en raison de sa destination que je me permets de l’ouvrir.

`A cela, il n’y avait rien `a r'epondre, Ivan Ivanovitch s’inclina.

`A mesure qu’il lisait, cependant son interlocuteur, lui, donnait des signes d’une stup'efaction qui tenait de l’ahurissement.

Il avait lu la lettre, maintenant, d’un bout `a l’autre, sans en sauter une ligne et il b'egayait, tenant ses yeux toujours attach'es sur le papier qui tremblait dans ses mains :

— Mais, c’est impossible. Je deviens fou. Mon Commandant, vous ne songeriez pas ? Ah, monsieur ! V'eritablement, quelles menaces ! Ce n’est pas possible ?

Tr`es nette, la voix d’Ivan Ivanovitch domina ce monologue effray'e. Le commandant du Skobeleffaffirmait :

— C’est tout `a fait possible, monsieur, si possible, que cela est certain !

— Vous ne le feriez pas ?

— Je le ferai d`es ce soir.

— Mais c’est abominable.

— C’est justice.

— C’est pire qu’un assassinat.

— Pardon, monsieur, c’est une ex'ecution.

— Mais vous ^etes fou !

— Je suis parfaitement raisonnable.

— Mais je vais appeler ? Vous ne vous rendez pas compte ?

— Si, monsieur. J’ai tout pes'e, tout calcul'e. Et vous n’appellerez point. Et vous vous soumettrez. Car vous oubliez ceci.

Et en disant « ceci », l’officier tirait de sa poche un minuscule revolver qu’il braquait sur son interlocuteur 'epouvant'e.

Alors, un lourd silence pesa sur les deux hommes.

Mais tandis qu’Ivan Ivanovitch demeurait fort calme, tandis que sa main braquant le revolver n’avait aucun tressaillement, celui qu’il menacait s’'ecroulait litt'eralement dans un fauteuil, livide, bl^eme, les yeux dilat'es, tout le corps agit'e d’un violent tremblement.

`A la fin, le malheureux reprit :

— Voyons, mon Commandant, ce n’est pas possible. Tout cela, c’est un cauchemar ? Vous ^etes homme d’honneur. Non, non, je ne puis croire. Tenez, dites-moi que vous avez 'ecrit cela dans un moment d’aberration ?

— Je vous r'ep`ete, monsieur que j’ai pes'e longuement chacun de mes mots. D’ailleurs, relisez, je vous prie, ma lettre, vous verrez qu’elle 'emane d’un homme qui reste de sang-froid. Allons, relisez, monsieur. Le temps passe et cette affaire presse.

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