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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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Ivan Ivanovitch parlait avec un tel calme, une autorit'e si tranquille, que son interlocuteur, semblant supporter sa domination, presque hypnotis'e par lui, hors d’'etat de discuter, ob'eit `a son ordre.

D’une voix blanche, sans intonation, qui r'esonnait 'etrangement dans le petit salon, il lut `a haute voix la lettre d’Ivan Ivanovitch. Cette lettre 'etait ainsi concue :

Monsieur le Directeur,

Je me nomme Ivan Ivanovitch. Je suis commandant par la volont'e du Tsar, mon ma^itre, du cuirass'e russeSkobeleff , ancr'e devant votre casino.

J’ai l’honneur de porter `a votre connaissance les faits suivants : j’ai jou'e `a la roulette, jou'e et perdu non seulement 300.000 francs repr'esentant ma fortune personnelle mais encore 300.000 francs constituant la caisse de mon b^atiment.

Je n’ai point l’intention d’'echapper au juste ch^atiment que m'erite mon crime, mais j’entends qu’au moins soit rembours'e l’argent que j’ai soustrait `a mon 'Etat, `a la caisse duSkobeleff .

Ce remboursement je le veux et vous le ferez.

Consid'erez donc cette lettre comme un ultimatum : Rendez-moi les 300.000 francs que j’ai dilapid'es alors qu’ils ne m’appartenaient pas. Rendez-les-moi avant l’aube ou je braque les canons duSkobeleff sur le Casino de Monte-Carlo que je fais sauter.

Choisissez :

Restitution des 300.000 francs qui repr'esentent mon vol, ou bombardement.

Je signe de mes qualit'es, monsieur le Directeur.

Ivan Ivanovitch, Commandant duSkobeleff .

Il se tut.

— Que choisissez-vous, alors, reprit le Commandant, le remboursement ou le bombardement ?

El tel 'etait le ton de sa voix qu’il n’y avait pas `a s’y tromper.

— C’est abominable. C’est inou"i. C’est monstrueux, Laissez-moi r'efl'echir. Laissez-moi…

Une imperceptible moquerie perca dans le ton d’Ivan Ivanovitch :

Ce n’est que trop juste, d'eclara-t-il.

Mais au moment m^eme o`u il acquiescait de la sorte, avec une brutalit'e inou"ie, une force que d'ecuplait son 'enervement, Ivan Ivanovitch se pr'ecipita sur sa victime :

— R'efl'echir, cria-t-il, c’est bien, mais vous d'efendre ? non !

En une minute, l’officier qui, sans doute, avait longuement pr'em'edit'e son attentat, tira de sa poche une cordelette et lia sur son fauteuil le repr'esentant du Casino de Monaco. L’homme, mis hors d’'etat de bouger, Ivan Ivanovitch s’inclina encore devant lui :

— Allons, r'efl'echissez, monsieur. D'ecidez-vous : ou la restitution, ou le bombardement. Vous avez une demi-heure.

Ivan Ivanovitch, comme fort `a l’aise, salua encore tr`es bas celui dont il venait de se rendre ma^itre…

En fermant la porte du petit salon 'ecart'e, o`u il allait laisser « r'efl'echir » sa malheureuse victime, il se contenta de r'ep'eter :

— `A bient^ot. `A tout `a l’heure.

Et, un rictus au coin des l`evres, presque un sourire, Ivan Ivanovitch, commandant du Skobeleffs’en alla fumer une cigarette dans le corridor voisin.

2 – `A LA PENSION H'EBERLAUF

— Que faites-vous donc, monsieur H'eberlauf ?

De sa voix criarde et d'esagr'eable, la grosse petite M meH'eberlauf – une femme rougeaude et commune – interpellait son mari.

Celui-ci, un homme grand, sec, maigre, au visage parchemin'e, `a la mine maussade, `a l’air triste comme un jour sans pain, avec des gestes h^atifs et maladroits, semblait s’empresser `a remettre en ordre le rideau de vitrage d’une fen^etre derri`ere laquelle il se tenait tapi, paraissant d'esireux de surveiller quelque chose.

— Vous le voyez bien, madame H'eberlauf, j’arrange le rideau de cette fen^etre…

— C’est bien long en tout cas, voil`a plus d’une demi-heure que je vous cherche.

Cependant que M. H'eberlauf, de plus en plus troubl'e, balbutiait de vagues excuses, sa femme traversait rapidement la pi`ece `a l’entr'ee de laquelle elle venait d’appara^itre. Elle allait `a la fen^etre, directement, et repoussant son mari d’un geste brusque, elle souleva le brise-bise, puis colla son oeil `a la vitre afin de savoir si derri`ere ce rideau il ne se passait point quelque chose de nature `a attirer l’attention de M. H'eberlauf.

`A peine e^ut-elle regard'e, que M meH'eberlauf poussa un cri de d'epit. Elle venait d’apercevoir ce qui retenait son mari : derri`ere la baie vitr'ee de la villa d’en face, le profil net et pur d’une charmante jeune femme aux cheveux noirs de Chine et au teint bronz'e.

Cette jeune femme, rev^etue d’un 'el'egant d'eshabill'e d’int'erieur qui d'ecouvrait tant soi peu ses 'epaules et sa nuque, portait au corsage un gros bouquet de fleurs rouges, et de sa main 'el'egante et distingu'ee, elle s’'eventait d’un large 'eventail enrichi de pierreries. Ses l`evres d'elicates pressaient une fine et longue cigarette dont la fumeuse aspirait de lentes et voluptueuses bouff'ees. C’'etait une danseuse espagnole fort connue `a Monte-Carlo pour la facon dont elle interpr'etait le « tango », danse dont elle se pr'etendait la cr'eatrice et du nom de laquelle elle avait baptis'e sa villa.

La Conchita Conchas, tel 'etait le nom de la belle, ne semblait pr^eter aucune attention aux regards indiscrets et peu sympathiques que lui lancait M meH'eberlauf, dissimul'ee derri`ere son rideau. Mais la grosse dame n’'etait pas dupe de cette feinte indiff'erence.

Depuis quelques jours d'ej`a son coeur d’'epouse avait 'eprouv'e quelques angoisses, car elle soupconnait M. H'eberlauf d’^etre en train d’'ebaucher des relations qui ne pouvaient que devenir coupables avec la danseuse dont la s'eduction s’exercait sur tous les 'el'egants de Monaco lorsqu’elle apparaissait entre dix et onze heures sur la sc`ene du Casino.

Avec un air courrouc'e, M meH'eberlauf se retourna vers son mari.

— Restez ici, monsieur H'eberlauf, ordonna la grosse femme, et expliquez-moi donc une bonne fois comment il se fait que vous soyez toujours `a la fen^etre lorsque cette affreuse Espagnole est camp'ee devant la sienne, et fait des mines de coquette `a son balcon.

M. H'eberlauf haussa les 'epaules :

— Pure co"incidence sans doute, d'eclara-t-il, je vous assure, madame H'eberlauf, que je ne m’'etais m^eme pas apercu de la pr'esence de cette… personne.

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