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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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— Parbleu, interrompit le comte de Massepiau. Isabelle de Guerray veut faire une fin ; c’est un mari qu’elle cherche, un mari qui fermerait les yeux sur son pass'e. Voil`a qui ne se trouve pas dans tous les mondes.

Ces propos, tenus devant Norbert du Rand dans le but de l’agacer, y r'eussissaient fort bien.

Encore qu’il voul^ut le dissimuler, le jeune homme 'eprouvait un vif d'epit d’entendre parler de la sorte d’une femme qui, croyait-il, dans sa suffisance juv'enile, lui faisait une cour assidue, ce dont il pr'etendait tout au moins tirer parti pour susciter la jalousie de la belle Denise dont il se croyait sinc`erement amoureux.

Mais Denise, ce soir-l`a, 'etait distraite.

Soudain, alors que Norbert lui posait une question, la jeune fille se leva sans r'epondre, laissant son interlocuteur compl`etement abasourdi.

La jeune fille avait distingu'e `a travers les bosquets de verdure quelqu’un qui s’introduisait dans le parc.

— Comment allez-vous, mon cher Commandant ?

Le personnage qui se trouvait en face de la jeune fille n’'etait autre qu’Ivan Ivanovitch, l’officier russe commandant du superbe cuirass'e Skobeleff, qui, depuis plusieurs jours d'ej`a, stationnait en rade devant Monaco.

Ivan Ivanovitch r'epondit par une affectueuse poign'ee de main au salut cordial de la jeune fille. Il s’enquit aussit^ot de la sant'e de cette derni`ere, avec cette galanterie et cette 'education parfaite qui sont le propre des officiers de marine de tous les pays.

— Venez, disait Denise famili`erement, en tirant `a l’'ecart Ivan Ivanovitch, en l’obligeant `a un d'etour, en l’emp^echant d’aller serrer la main aux premiers arriv'es.

— Qu’y a-t-il, mademoiselle ? interrogea le Russe, tournant vers la charmante personne ses yeux `a la fois inquiets et 'etonn'es…

— Il faut que je vous confesse, dit-elle, et que je vous gronde. Car vous n’avez rien `a m’avouer puisque je sais ce qui se passe.

— Ai-je donc, `a votre connaissance, commis un bien grand crime, mademoiselle, pour que je m'erite votre r'eprimande ? Il est vrai que celle-ci me vaut le plaisir d’un t^ete `a t^ete avec vous et rien que cette esp'erance rendrait criminels les saints du paradis.

— Vous ^etes bien galant, observa nerveusement Denise, pour un homme qui ne courtise que la dame de pique.

Le visage de l’officier subitement se d'ecomposa :

— Vous savez ? Que savez-vous donc ? Que sait-on ?

— Nul n’ignore qu’hier au soir vous avez fait, mon cher ami, de grosses pertes `a la roulette. Ce n’est pas s'erieux et vous avez tort de jouer ainsi. Je vous assure bien qu’`a votre place…

— Inutile, je vous en prie, mademoiselle, c’est inutile de continuer, vous me retournez le poignard dans le coeur. La b^etise est faite, nulle puissance au monde ne pourrait arr^eter la marche des 'ev'enements. Le pass'e est le pass'e, ne parlons plus de cela, je vous en supplie.

Surprise par cette apostrophe, Denise toute d'econtenanc'ee, consid'era l’officier.

Celui-ci, ab^im'e dans ses pens'ees, arpentait `a grands pas l’all'ee d'eserte dans laquelle il s’'etait engag'e avec la jeune fille et ne paraissait point remarquer l’examen attentif dont il 'etait l’objet.

Denise demeurait silencieuse ; son regard ne quittait point l’officier et fixait son visage avec une acuit'e singuli`ere.

La belle Denise 'etait-elle 'eprise du robuste commandant du cuirass'e russe ? Bien habile aurait 'et'e celui qui aurait pu dire quel 'etait le sentiment qui animait alors la jeune fille : amour, compassion, int'er^et, amiti'e ?

Le regard de plus en plus 'etrange de Denise s’appesantissait de plus en plus sur l’officier russe et celui-ci, comme pour fuir cette interrogation muette, baissa les paupi`eres, courba la t^ete, tourna le dos.

***

Quelques instants plus tard, ce couple 'enigmatique, 'egar'e un instant dans l’all'ee d'eserte, avait rejoint la tonnelle o`u les autres familiers de la pension H'eberlauf savouraient avec d'elices l’excellente tasse de th'e destin'ee `a les remettre des fatigues qu’ils n’avaient point 'eprouv'ees en jouant au tennis, car la plupart d’entre eux s’'etaient compl`etement abstenus de toucher une raquette.

M meH'eberlauf, conform'ement `a l’usage qu’elle voulait implanter chez elle, 'etait descendue apr`es avoir fait toilette et, par'ee comme une ch^asse, sangl'ee dans une robe trop 'etroite, elle pr'esidait au five o’clock avec importance et bonhomie, tenant le d'e d’une conversation banale avec une solennit'e de perruche, cependant que nul ne l’'ecoutait, que les rires fusaient, furtifs et amus'es, car on apercevait `a la fen^etre de la maison voisine la silhouette 'el'egante de la Conchita Conchas d'ecid'ement en frais pour s'eduire l’aust`ere M. Herberlauf dissimul'e derri`ere le rideau.

Seul le commandant Ivan Ivanovitch, profond'ement soucieux, sombre, perdu dans un r^eve qui, peut-^etre, 'etait un cauchemar, ne remarquait rien, ne r'epondait rien, se contentant de temps `a autre de jeter sur sa montre de discrets coups d’oeil et de constater la marche inexorable des aiguilles de celle-ci.

3 – LA « PASSE » DU SI`ECLE

Ivan Ivanovitch traversa rapidement les salons du Casino, brillamment illumin'es et regorgeant de monde.

D'ej`a les tables de trente et quarante, la roulette, 'etaient assaillies. Et dans les pi`eces voisines on pr'eparait un grand bal que l’administration du Casino donnait en l’honneur d’une haute personnalit'e 'etrang`ere de passage `a Monaco.

Sans se pr'eoccuper de ces pr'eparatifs, sans jeter un seul regard dans la direction des roulettes, dont le bruit monotone et saccad'e se corsait de temps `a autre du bruissement l'eger et doux des piles d’or glissant sur le tapis, Ivan Ivanovitch 'etait all'e jusqu’`a l’extr'emit'e de la galerie donnant sur les jardins, derri`ere lesquels, en contrebas, se trouvait la mer, la mer infinie qui se profilait au lointain sous un ciel pur 'etoil'e.

C’'etait, `a l’ouest, la c^ote dentel'ee, escarp'ee aussi, et sur laquelle passait par intermittences, comme une caresse lumineuse, le pinceau brillant du phare tournant `a 'eclipse.

En face, les petites lumi`eres clignotantes des barques du port, puis plus loin, `a quatre ou cinq kilom`etres de la c^ote, se silhouettait dans la p'enombre la masse imposante et quelque peu th'e^atrale d’un superbe cuirass'e, le Skobeleff.

Ivan Ivanovitch semblait pourtant parfaitement insensible `a l’attraction troublante exerc'ee par ce merveilleux pays, dont la s'eduction s’impose sans interruption du matin jusqu’au soir et du soir jusqu’au matin.

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