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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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— Ouais, fit M meH'eberlauf, vous ^etes bien trop hypocrite pour l’avouer…

Et comme son mari ne disait mot, elle ajouta :

— Je vous pr'eviens, d’ailleurs, que si vous entretenez la moindre relation avec la danseuse d’en face, et cela je le saurai, car je ne suis pas pour rien un ancien chef de la police, vous aurez sur les doigts. D’abord, nous quitterons le pays imm'ediatement.

— Quitter le pays, s’'ecria M. H'eberlauf, ce serait v'eritablement de la folie. Depuis que le sort aveugle nous a injustement frapp'es, nous n’avons jamais v'ecu d’heures aussi calmes et aussi fortun'ees qu’en ce moment pr'esent.

M meH'eberlauf, malgr'e son courroux et sa mauvaise humeur ne put s’emp^echer d’approuver d’un l'eger hochement de t^ete.

… Qu’'etait-ce donc que les H'eberlauf ?

C’'etait un couple 'etrange et quelque peu d'eplac'e, semblait-il, dans ce milieu 'el'egant, riche et aristocratique qui constitue la client`ele habituelle du pays avoisinant le rocher mon'egasque.

M. H'eberlauf pouvait avoir une cinquantaine d’ann'ees, il affectait une allure de pasteur protestant et sa femme, plus jeune `a peine, de cinq ou six ans, pr'esentait l’aspect d’une bourgeoise bonne et digne.

Curieuse destin'ee que celle des H'eberlauf.

M. H'eberlauf, il y avait quelque trente ans, avait d'ebut'e en qualit'e de pasteur. Il avait rencontr'e dans sa paroisse une fille de petits n'egociants qu’il avait 'epous'ee.

Gr^ace `a l’ing'enieuse activit'e de sa femme, le pasteur quitta rapidement le village o`u il exercait son minist`ere et vint `a Glotzbourg, `a la Cour de Hesse-Weimar. Obtenant peu `a peu les bonnes gr^aces du roi Frederick-Christian II, il finit par entrer dans la police secr`ete et `a devenir directeur de la S^uret'e du Royaume.

M. H'eberlauf portait le titre, mais c’'etait en r'ealit'e M meH'eberlauf qui exercait les fonctions. Un jour, ce mari voulut agir par lui-m^eme, mais, malheureusement, il commit de telles erreurs qu’on lui imposa sa d'emission et qu’il dut quitter le pays en toute h^ate.

Les H'eberlauf, tr`es d'esempar'es, coururent alors le monde, err`erent de Berlin `a Londres, de Londres `a Paris.

Ils s’arr^et`erent `a Monaco et, s'eduits par le charme de la Cote d’Azur, d'esireux de s’y fixer d'efinitivement, ils y ouvrirent une pension de famille.

La pension 'etait ouverte d'ej`a depuis deux mois, et les H'eberlauf avaient une pensionnaire.

C’'etait une jeune fille 'el'egante, blonde, aux grands yeux myst'erieux et r^eveurs. Elle paraissait une vingtaine d’ann'ees au plus et si elle n’avait parl'e le francais avec l’accent le plus pur, on l’aurait volontiers prise pour une Am'ericaine. Cette jeune fille semblait riche, elle poss'edait de nombreux bagages en arrivant chez les H'eberlauf et, depuis qu’elle s’'etait install'ee, c’'etaient des toilettes `a n’en plus finir, toutes plus charmantes les unes que les autres, qu’elle faisait d'efiler sous les yeux ahuris du couple qui la logeait. D’o`u venait-elle ? Quel 'etait son nom ? Les H'eberlauf l’ignoraient. La jeune fille s’'etait inscrite sous le nom de Denise.

M lleDenise.

C’'etait tout ce que l’on savait d’elle. Elle 'ecrivait peu, elle ne recevait jamais de lettres.

N'eanmoins, la conduite, les apparences de la pensionnaire des H'eberlauf n’'etaient nullement 'equivoques. Cette jeune fille aux allures hardies, aux gestes d'elib'er'es, semblait parfaitement honn^ete et correcte.

Elle 'etait m^eme hautaine et l’on sentait, rien qu’`a son regard, rien qu’`a son attitude, que quiconque lui aurait manqu'e de respect se serait fait mal recevoir.

M meH'eberlauf, voyant que la menace avait port'e sur son 'enigmatique et placide mari, persistait dans ses affirmations :

— Oui, monsieur H'eberlauf, si vous voulez vous tra^iner dans la d'ebauche, nous quitterons le pays en d'epit des affaires brillantes que nous sommes sur le point de r'ealiser.

— Oui, madame H'eberlauf, en effet, pour peu que cela continue, nous allons vite nous enrichir. Nous n’avons certes qu’une cliente pour le moment, mais elle paie largement et nous am`enera certainement d’autres pensionnaires. Tenez, madame H'eberlauf, je crois bien que ce jeune homme, si comme il faut, qui vient tous les jours jouer au tennis avec elle, ne tardera pas `a nous demander de lui louer une chambre.

`A cette 'eventualit'e, M meH'eberlauf se rass'er'enait :

— M. Norbert du Rand, disait-elle, je l’esp`ere bien aussi, il ne manque pas une seule des parties de tennis, il doit ^etre amoureux de M lleDenise.

H'eberlauf se frottait les mains.

— S’ils ont envie de se marier, nous n’y verrons pas d’inconv'enients, loin de l`a. Me souvenant de mon ancien minist`ere, j’aurai plaisir `a b'enir leur union.

— H'eberlauf, grommela son 'epouse, vous ne faites pas la moindre attention `a ce que vous dites, vous semblez tout pr^et `a accorder le saint sacrement du mariage `a des gens dont vous ne connaissez rien, si ce n’est qu’ils paient leurs notes chaque semaine r'eguli`erement. Moi je suis plus difficile que vous : assur'ement, cette demoiselle Denise me pla^it beaucoup, mais encore faudrait-il savoir d’o`u elle vient, qui elle est, ce qu’elle veut ?

— Peu importe, M meH'eberlauf, peu importe, notre pensionnaire, M lleDenise, est ce qu’elle veut. Cantonnons-nous dans notre r^ole de « logeurs » sans nous pr'eoccuper du reste et sans donner libre cours `a notre curiosit'e. Dieu merci, nous ne sommes plus oblig'es de faire de la police.

Puis le personnage ajoutait, heureux que sa femme ne lui ait point reparl'e de l’histoire de la fen^etre derri`ere laquelle il paraissait contempler la danseuse espagnole Conchita Conchas :

— Madame H'eberlauf, je descends `a la cave pour compter les bouteilles de vin.

***

Il 'etait trois heures de l’apr`es-midi et le tennis quotidien battait son plein.

M lleDenise, la myst'erieuse jeune fille, unique pensionnaire pour le moment des H'eberlauf et qui venait de d'efrayer les conversations de ce couple, 'etait la reine de la r'eunion et semblait ne se pr'eoccuper en aucune facon de l’opinion que les uns et les autres pouvaient avoir d’elle.

Elle 'etait tr`es simplement v^etue d’un complet de flanelle ray'ee et coiff'ee d’un b'eret blanc que maintenaient, `a sa chevelure d’or, deux grosses 'epingles.

Avec animation, elle achevait une partie, ayant pour partenaire une autre jeune fille qui venait volontiers en voisine faire une heure de sport avec elle.

Cette jeune personne, petite, mi`evre, tr`es brune, M lleGenevi`eve Albertard, 'etait la fille unique d’armateurs marseillais qui, apr`es avoir r'ealis'e une certaine fortune, 'etaient venus s’installer dans ce pays de r^eves que l’on appelle la C^ote d’Azur, choisissant pour 'etape finale de leur existence la c'el`ebre C^ote de la Condamine, sur laquelle ils poss'edaient, non loin du cap d’Aglio, une jolie propri'et'e.

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