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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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Mais l’inspecteur de la s^uret'e avait `a peine descendu quelques marches que Fandor rebroussa chemin, se heurtait `a lui :

— Eh bien, annonca le journaliste, voil`a du nouveau.

— Qu’y a-t-il donc, Fandor ?

— Il y a que cet animal s’est introduit dans la salle.

— Dans la salle ? s’'ecria Juve, c’est impossible, les issues 'etaient gard'ees.

— Parbleu, oui, jusqu’au moment o`u le directeur a donn'e l’ordre `a ses hommes d’aller au jardin. Ivan Ivanovitch, qui guettait 'evidemment cet instant, a profit'e d’une seconde d’inattention, de l’absence de P'erouzin ou de Nalorgne pour p'en'etrer. Ah, il n’a pas perdu de temps.

M. de Vaugreland qui, apr`es avoir ferm'e `a double tour la porte de son cabinet, s’'etait 'elanc'e `a la suite de Juve, entendit les derniers mots de cette conversation et en comprit le sens.

Il leva les bras au ciel :

— La malchance, murmura-t-il, s’en m^ele, c’est affreux.

— Quoi ? demanda Juve en descendant, nous allons l’arr^eter dans la salle, discr`etement, voil`a tout. Nous l’am`enerons ici, il faudra bien qu’il s’explique.

Alarm'e, M. de Vaugreland l’interrompit :

— Vous n’y pensez pas. On ne peut pas l’arr^eter dans la salle, il y a l`a des grands ducs, des gens de la cour de Russie. Cela ferait un scandale 'enorme, d’autant plus que tous les regards doivent ^etre braqu'es sur Ivan Ivanovitch.

— Pourquoi ? interrogea Fandor.

— Mais `a cause de son uniforme, s’'ecria M. de Vaugreland.

Fandor semblait de plus en plus stup'efait. Il y avait en effet quelque chose que le jeune homme ne s’expliquait pas. Il r'epondit en hochant la t^ete, `a mi-voix et comme s’il se parlait `a lui-m^eme :

— Le plus curieux, c’est qu’Ivan Ivanovitch, que je viens de voir `a l’instant dans la salle, n’est pas en uniforme mais en habit.

… Juve ne prenait point part `a la conversation, mais il pr'ec'edait ses deux compagnons, s’approchait des tables de jeux :

M. de Vaugreland courut `a lui, s’appuya `a son 'epaule pour lui murmurer `a l’oreille :

— Je vous en prie, monsieur, fit-il, ne l’arr^etez pas encore. Voyons ce qu’il va faire.

Puis il ajoutait, dans l’espoir de convaincre Juve :

— D’abord nous ne sauterons certainement pas, tant qu’il sera au Casino… le fait qu’il est l`a, dans les salles, nous garantit 'evidemment contre le bombardement.

— Cela, observa Juve, c’est `a savoir. Les d'esesp'er'es de cette esp`ece n’y regardent pas de si pr`es.

Mais M. de Vaugreland insistait.

— Bon, dit Juve, haussant imperceptiblement les 'epaules, j’attendrai.

Ivan Ivanovitch, c’'etait bien lui et lui en habit et non pas en uniforme, comme on l’avait cru un instant, apr`es avoir err'e dans la salle de jeux, avec un visage impassible, une apparence nonchalante et tranquille, s’'etait lentement approch'e des tables de roulette.

Il avait tir'e quelques pi`eces d’or de ses poches.

Le directeur, Fandor et Juve le surveillaient de loin et, pour parer `a toute 'eventualit'e, sur le d'esir du policier, M. de Vaugreland envoya M meG'erar chercher les inspecteurs P'erouzin et Nalorgne qui, lorsqu’ils revinrent du jardin, d'eclar`erent, naturellement, qu’ils n’avaient pas vu Ivan Ivanovitch.

Fandor, de ses yeux percants, surveillait le jeu de l’officier russe :

— Mais c’est qu’il gagne, murmura-t-il `a l’oreille de Juve.

M. de Vaugreland en parut tout satisfait :

— Puisse-t-il gagner, toujours et beaucoup.

Il s’arr^eta : son voeu n’allait pas ^etre longtemps exauc'e.

La bille venait, en effet, de s’arr^eter, apr`es deux ou trois coups favorables, sur un num'ero qui, certes, n’'etait pas celui choisi par l’'enigmatique joueur, car on voyait la physionomie d’Ivan Ivanovitch s’alt'erer soudain. Un pli soucieux marquait son front, ses l`evres avaient un rictus farouche. L’officier russe, toutefois, n’abandonnait pas la partie, il avait encore fouill'e sa poche et, certainement d'ecid'e `a risquer le tout pour le tout, il placait devant lui une liasse de billets de banque :

— C’est le fond de sa caisse, observa M. de Vaugreland. Cet homme joue d'esormais son existence.

Et Fandor ne manqua pas d’ajouter, toujours gouailleur :

— Son existence et la n^otre, monsieur le Directeur, ne l’oubliez pas.

— Ah, si seulement, balbutiait M. de Vaugreland, de plus en plus affol'e, si seulement il pouvait gagner.

Sur la table de roulette, la bille, impassible, continuait sa course saccad'ee et ses bonds en d'esordre :

— Rien ne va plus, criait le croupier.

Ivan palissait de plus en plus. Les billets de banque qu’il tenait sous ses doigts tremblants, tremp'es de sueur, diminuaient rapidement.

Et, au fur et `a mesure que l’officier perdait, M. de Vaugreland qui, cach'e dans la foule, assistait en t'emoin `a cette lutte engag'ee avec le hasard, sentait de plus en plus chavirer sa raison. Ah, comment pr'evenir le danger qui menacait tout ce monde, comment 'eviter, non seulement le formidable scandale, mais encore l’'epouvantable drame qui, dans quelques instants, allait avoir `a la fois son d'ebut et son d'enouement ? Car il 'etait bien certain que les pertes que continuait `a subir l’officier russe allaient le d'eterminer `a quelque extr'emit'e redoutable. Ne pouvait-on l’emp^echer `a tout prix… oui, `a tout prix ?

Pour un peu, M. de Vaugreland aurait 'et'e tout dispos'e `a appeler Ivan Ivanovitch et `a lui remettre les trois cent mille francs qu’il demandait.

`A ce moment, un chef des jeux passa `a c^ot'e de M. de Vaugreland.

Celui-ci l’appela :

— Vous voyez cette table, fit-il, cette table de roulette o`u se trouve ce monsieur qui perd tant ?

— Parfaitement, reconnut l’employ'e, ce soir, M. Ivan Ivanovitch fait des diff'erences consid'erables.

M. de Vaugreland, hagard, consid'era son subordonn'e. Il balbutia, pensant tout haut plut^ot qu’il ne donnait un ordre :

— Ne pourrait-on pas le faire gagner ?

Le chef des jeux se contentait de sourire, fort 'eloign'e de comprendre toute l’angoisse qui inspirait ces propos au directeur du Casino.

— Ah, fit-il en souriant, il faudrait alors pouvoir commander `a la chance, ^etre ma^itre du hasard.

Il ajouta, changeant de sujet de conversation :

— Nous avons une belle chambr'ee, ce soir, monsieur. Jamais le casino n’a fait de si superbes recettes.

M. de Vaugreland, incapable de ma^itriser son 'emotion, coupa court `a l’entretien, pirouettant sur ses talons.

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