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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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Peu lui importaient les recettes ce soir l`a.

Soudain son coeur faillit s’arr^eter de battre.

M. de Vaugreland avait perdu de vue Juve et Fandor, mais il ne quittait pas des yeux Ivan Ivanovitch.

Or, celui-ci, brusquement, venait de quitter la table de roulette.

L’officier chancelait comme un homme ivre. Il parut h'esiter tout d’abord, ne sachant trop de quel c^ot'e se diriger.

Machinalement, il se passa la main sur le front. Il 'epongea les grosses gouttes de sueur qui ruisselaient le long de ses tempes. Il s’avanca, traversa la pi`ece, encombr'ee de foule et s’en vint dans la galerie.

M. de Vaugreland, qui le suivait de loin, eut un l'eger soupir de satisfaction, car il apercut alors Juve dissimul'e dans l’encoignure d’une fen^etre. `A c^ot'e de lui se trouvait Fandor. Un peu derri`ere ceux-ci, se tenaient P'erouzin et Nalorgne, affectant des airs indiff'erents, mais pr^ets `a s’abattre sur l’officier si celui-ci faisait un mouvement.

'Etait-ce l’instant d'ecisif ? Ivan Ivanovitch venait de regarder sa montre.

Il se dirigea la t^ete basse vers l’escalier qui conduisait aux bureaux de l’administration. Comptait-il se rendre chez le directeur, qu’il n’avait pas remarqu'e dans la salle et croyait sans doute `a son cabinet ? Si telle 'etait l’intention de l’officier russe on pouvait esp'erer qu’une explication interviendrait. Depuis plus d’une heure d'ej`a qu’il 'etait au Casino, rien d’anormal ne s’'etait produit, peut-^etre avait-il d'ecid'e de surseoir au bombardement, peut-^etre n’'etait-ce qu’une menace ?

Mais alors qu’il 'emettait cette pens'ee optimiste – car on croit ais'ement ce que l’on d'esire – M. de Vaugreland dut changer brusquement d’opinion.

Il recula d’un bond, 'etouffa un cri de terreur, s’appuya le long d’un mur pour ne point d'efaillir, ses jambes molles ne le portaient plus.

Ivan Ivanovitch, soudain, venait de rebrousser chemin.

L’officier s’'etait pr'ecipit'e vers une fen^etre ouverte et regardait au dehors. Cette fen^etre, par-dessus les jardins donnait sur la mer et `a ce moment pr'ecis, Juve, Fandor, les inspecteurs, le directeur du Casino, dont les regards, machinalement, avaient suivi celui de l’officier, voyaient au large un spectacle extraordinaire.

L’imposante et lourde masse que faisait sur les flots la silhouette du Skobeleffavait grossi, se rapprochant de terre. Les feux du navire 'etaient allum'es, les lumi`eres fusaient `a travers les sabords et une grosse fum'ee noire s’'echappait des chemin'ees.

Qu’allait-il se passer ?

H'elas, si le Skobeleffavait d'esormais recu l’ordre de bombarder le Casino, nulle puissance au monde ne pourrait l’arr^eter.

Une abjecte terreur s’'etait empar'ee du directeur. D'ej`a il voyait le pittoresque immeuble dont il avait la haute direction, chanceler, s’'ecrouler. Ses ruines fumantes, ensevelissaient sous les d'ecombres la foule des malheureux qui entouraient les tables de jeu ou allaient et venaient dans les galeries, dans l’Atrium, flirtant, plaisantant, gais, insouciants, tout `a la joie de vivre. Mais le plus surpris de tous, c’'etait – en apparence du moins – Ivan Ivanovitch.

L’officier, tout d’abord interdit, avait ensuite lev'e les bras au ciel, dans un geste d’affolement.

Puis, ne pouvant plus se contenir, cessant de dissimuler, il se pr'ecipita, enjambait la fen^etre, sauta dans le jardin.

Les inspecteurs s’'elanc`erent sur ses talons.

Il n’y avait pas `a en douter, c’'etait assur'ement le signal, c’'etait l’heure pr'ecise o`u le drame devait commencer.

— Ah, jura P'erouzin, tu n’'echapperas pas et si nous y passons, tu y passeras le premier.

L’ex-notaire n’avait pas achev'e, qu’un coup de revolver retentissait.

Juve, `a bout portant, venait, en effet, de tirer sur Ivan Ivanovitch.

Mais le policier s’arr^eta, interdit, stup'efait…

Il avait tir'e en pleine poitrine et Ivan Ivanovitch courait encore.

Juve n’avait pas le temps de se demander longtemps qu’elle 'etait la cause de cette invuln'erabilit'e ? Elle n’'etait d’ailleurs qu’apparente. Une seconde apr`es retentissait un second coup de feu, puis un troisi`eme.

C’'etaient les inspecteurs du Casino qui avaient tir'e et, cette fois, l’officier russe, s’arr^eta brusquement, chancela une seconde, puis tomba sur le sol, perdant son sang de toutes parts. Le malheureux se roulait dans la poussi`ere, en proie `a des souffrances 'epouvantables. Il n’avait pas 'et'e tu'e sur le coup.

Juve se pr'ecipita vers lui :

— Ivan Ivanovitch, qu’avez-vous fait ? qu’alliez-vous faire ? interrogea-t-il vos ordres sont-ils donn'es ? r'epondez avant de mourir. Le Skobeleffdoit-il bombarder le Casino ?

Mais le moribond ne semblait rien comprendre `a l’interrogatoire de Juve.

Sur son visage d'ej`a bl^eme, s’appliquait le masque de la mort. Cependant qu’il vomissait son sang, il articula d’une voix imperceptible :

— Ah, c’est l’expiation, je meurs, j’expie.

— Juve, hurla une voix, `a la fois tonitruante et terrifi'ee.

C’'etait Fandor qui appelait le policier :

— Juve, regardez, c’est effroyable, c’est fou. Ah, regardez, Ivan Ivanovitch est mort et pourtant Ivan Ivanovitch se sauve. Oui, nous avions raison l’un et l’autre, ils 'etaient deux, ils sont deux.

Juve, sans souci du moribond qui exhalait ses derniers r^ales, se pr'ecipita au c^ot'e de Fandor.

Le journaliste 'etait mont'e sur un banc, du haut duquel on d'ecouvrait un superbe panorama sur la mer.

Or, voici que dans le pinceau lumineux qu’envoyait le phare sur le Skobeleffafin de comprendre les mouvements qu’effectuait le grand cuirass'e, venait de se silhouetter une baleini`ere men'ee par six marins qui ramaient vigoureusement. Debout `a l’arri`ere de la baleini`ere, `a la place du commandement, se trouvait Ivan Ivanovitch… un autre Ivan Ivanovitch.

Et celui-l`a 'etait rev^etu d’un uniforme, il allait rejoindre le navire.

Qu’allait-il se passer `a bord ?

***

Pendant que se d'eroulait cet 'episode qui apprenait enfin au policier et au journaliste qu’il y avait deux Ivan Ivanovitch, solution, h'elas, connue trop tard, solution qui faisait que l’un d’eux, probablement l’innocent, gisait d'esormais, raidi par la mort. Juve, machinalement, examinait son revolver et se demandait pourquoi sa balle n’avait pas atteint l’infortun'e officier russe lorsque, le premier, il avait vis'e sa poitrine.

Or, Juve s’apercevait qu’`a part une cartouche d'esormais br^ul'ee et dont la balle 'evidemment avait 'et'e retir'ee, le barillet de son arme 'etait vide.

Non. Il contenait une feuille de papier, o`u il lut ces mots :

« La fille de Fant^omas vous 'epargne un crime et fait son devoir en sauvant son p`ere. »

— Fandor, s’'ecria Juve, lis ca.

Le journaliste s’approcha :

— La fille de Fant^omas, d'eclara-t-il, sauve son p`ere, parbleu, Juve, l’officier qui d'esormais se rend `a bord du Skobeleffn’est assur'ement personne d’autre que Fant^omas.

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