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ЖАНРЫ

La main coup?e (Отрезанная рука)
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« Faites vos jeux, messieurs, faites vos jeux. » Ou leurs ordres : « Rien ne va plus. »

Il faisait ce soir-l`a une temp'erature d’une douceur exquise et la brise marine apportait dans les grandes galeries une fra^icheur qui contrastait agr'eablement avec l’atmosph`ere surchauff'ee des salons.

Du fond du bar o`u elle 'etait d'ej`a install'ee, Daisy Kissmi qui, pourtant, 'etait fort troubl'ee par la mort d’Isabelle de Guerray, convaincue que pareil sort lui adviendrait un jour, se grisait plus que jamais.

Elle venait de faire remarquer `a Conchita Conchas, install'ee non loin d’elle, que le gros P'erouzin, ancien notaire devenu inspecteur, ne quittait pas l’entr'ee de l’Atrium :

— Aoh, s’'ecria-t-elle, que peut-il bien faire celui-l`a. et comme il doit avoir chaud avec son gros ventre.

Conchita Conchas ne pr^etait que peu d’attention aux propos de l’Anglaise.

D’abord, elle ne connaissait m^eme pas de vue l’inspecteur P'erouzin.

De tout le personnel des agents sp'eciaux du Casino, elle n’avait retenu que la silhouette bizarre du seul inspecteur Nalorgne. La jeune femme, superstitieuse, le savait ancien pr^etre et il devait, assurait-elle, porter la veine ou la guigne, `a volont'e.

Conchita, d’ailleurs, 'etait en grande conversation avec M. H'eberlauf, auquel ressemblait, disait-elle, Nalorgne.

Quant `a H'eberlauf, il n’'etait pour le moment pr'eoccup'e que d’une chose : c’'etait de l’instance en divorce qu’il voulait introduire contre sa digne 'epouse qui, contrairement `a ce que l’on pouvait supposer, avait d'ecouch'e toute une nuit sans que nul p^ut savoir ce qu’elle avait fait dans la soir'ee.

Et, enfin, dans ce bar, se trouvait encore la petite Louppe qui, cessant d’^etre gavroche et mutine, 'ecoutait, en ouvrant de grands yeux effar'es, les propositions que lui adressait le vieux diplomate Paraday-Paradou. Celui-ci promettait `a l’ex-ma^itresse du d'eput'e Laurans une situation sociale de premier ordre en Tripolitaine, si elle consentait `a l’'epouser, bien qu’il n’e^ut pas beaucoup d’argent.

Cependant que ces propos s’'echangeaient au bar, l’inspecteur P'erouzin surveillait, en effet, minutieusement, l’entr'ee des salles de jeu.

Nalorgne s’'etait install'e `a la porte qui donnait acc`es sur la galerie et la gracieuse M meG'erar, que l’on prenait pour une grande dame en qu^ete d’aventures, errait entre les tables de la roulette.

Dans le bureau directorial o`u M. de Vaugreland allait et venait ne tenant pas en place, Juve et Fandor se consid'eraient, la mine soucieuse.

Ce soir, malgr'e leur calme imperturbable, ils ne pouvaient s’emp^echer d’'eprouver une certaine appr'ehension.

Il n’y avait pas `a en douter, la menace d’Ivan Ivanovitch 'etait formelle. L’officier russe se livrait `a un effroyable chantage et comme vraisemblablement il se rendait compte qu’il 'etait impossible qu’on lui rembours^at les sommes qu’il avait perdues, peut-^etre allait-il commettre la folie irr'eparable de bombarder le Casino avant de faire sauter son navire.

Toutefois, l’'emotion qu’avaient 'eprouv'ee les trois hommes `a la lecture de cette lettre comminatoire s’'etait att'enu'ee dans une certaine mesure.

On esp'erait vivement qu’Ivan Ivanovitch s’en tiendrait `a sa d'eclaration et qu’il ne proc'ederait pas comme il l’avait 'ecrit.

Alors ? on allait le voir au Casino, il allait tenter la supr^eme d'emarche avant d’adopter la supr^eme solution ?

Par moments, Juve se demandait si tout cela 'etait possible ? si un homme sain de corps et d’esprit, si un officier 'etait capable de penser, d’'ecrire une telle lettre ?

Mais d`es lors qu’il en doutait, le policier se souvenait que lui-m^eme, lui, l’homme froid, l’homme de devoir par excellence, il avait 'et'e un moment dompt'e par la terrible passion du jeu qui 'etourdit, qui rend fous ceux-l`a m^emes qui semblent les plus inaccessibles `a ce vice funeste.

Il avait vu autour des tapis se d'erouler des drames effroyables.

M. de Vaugreland interrompit Juve dans ses r'eflexions.

— Monsieur, fit-il, alors qu’il revenait pr'ecipitamment de la fen^etre `a laquelle il s’'etait accoud'e, je crois que c’est lui.

Juve et Fandor se pr'ecipit`erent aussit^ot au balcon : Juve ne voyait rien, mais Fandor crut distinguer derri`ere un massif la silhouette trapue de l’officier russe.

— C’est bizarre, murmura Fandor, on dirait qu’il est en tenue.

— Ce ne serait pas possible, fit M. de Vaugreland, les officiers en uniforme ne sont pas admis au Casino. Ivan Ivanovitch ne l’ignore pas et s’il veut passer inapercu le moyen n’est gu`ere bon.

Le directeur s’arr^eta :

On venait de frapper `a la porte de son bureau.

— Entrez, fit-il…

Un huissier se pr'esenta, porteur d’un t'el'egramme. Ayant d'echir'e le pointill'e, le directeur lut `a haute voix :

La d'ep^eche 'etait ainsi concue :

Amiral commandant escadre Villefranche `a directeur Casino. Envoyons torpilleur reconna^itre mouvements duSkobeleff , nous vous tiendrons au courant.

C’'etait sign'e :

Amiral K'eradak.

M. de Vaugreland poussa un soupir de satisfaction :

— Ah, fit-il, voil`a qui me rassure un peu ; l’amiraut'e de Toulon a pris en consid'eration les craintes, discr`etes d’ailleurs, que je lui exprimais tout `a l’heure.

Cependant, Juve insista, press'e d’en finir. Il dit `a M. de Vaugreland :

— Cela ne doit pas se prolonger plus longtemps. La situation est d'elicate, nous perdons un temps pr'ecieux. Avec votre autorisation, monsieur le directeur, je m’en vais mettre la main au collet d’Ivan Ivanovitch ?

— Comme vous voudrez, dit Vaugreland.

Il sonna au t'el'ephone priv'e qui communiquait avec les salles de jeux :

— All^o, all^o, c’est vous, madame G'erar ? bien, c’est M. de Vaugreland. Voulez-vous prier les inspecteurs P'erouzin et Nalorgne de se rendre directement dans le jardin et d’approcher de la personne que vous savez qui s’y prom`ene ? M. Juve les rejoindra dans une seconde, le temps de descendre.

M. de Vaugreland, une fois l’ordre donn'e, devint tout p^ale.

Il regarda Juve :

— Alors, c’est bien d'ecid'e ?

— Naturellement, r'epondit le policier.

Celui-ci quitta le bureau directorial, suivant, `a quelques secondes de distance, Fandor qui le pr'ec'edait.

Les deux hommes devaient traverser la salle de jeux. L’un comptait passer par l’Atrium, c’'etait Fandor, l’autre par l’extr'emit'e de la galerie – c’'etait Juve – pensait gagner directement le jardin.

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