ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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Et tandis qu’il feignait d’arranger la couverture que le voiturier avait 'etendue sur ses genoux, Fant^omas cherchait dans la poche de son pantalon, seul v^etement qu’il n’e^ut point troqu'e avec le mort, un coup-de-poing am'ericain avec lequel il pensait d'ej`a assommer l’individu qui se trouvait lui causer de si angoissantes tortures. `A ce moment, la voiture, d'evalant au pas la rampe fort rude, commencait `a p'en'etrer sous bois. Dans l’aur'eole des lanternes clignotantes, de v'eritables quinquets, on ne voyait plus gu`ere, de la banquette de la carriole, que la croupe du cheval, puis `a terre, un cercle lumineux dessin'e sur la route. Plus loin, l’obscurit'e 'etait compl`ete, on distinguait `a peine le commencement des fourr'es enserrant la route, on ne voyait pas, o`u le chemin tournait, trois m`etres plus loin que la t^ete maigre du cheval.

— C’est l’instant, songea Fant^omas.

Feignant de tousser, le bandit se pencha.

Il s’appr^etait `a se relever brusquement, pour, de son bras droit, assener un coup mortel au voiturier, lorsque dans le silence de la nuit, `a l’improviste, un cri, un cri lugubre retentit, imm'ediatement suivi d’appels prof'er'es d’une voix tremblante :

— Arr^etez. Arr^etez. Au secours. `A l’assassin.

Fant^omas, par bonheur, n’avait pas encore frapp'e. `A peine les appels eurent-ils retenti qu’il se tira de la couverture entortill'ee autour de ses jambes, qu’il sauta sur le sol, qu’il courut `a l’un des bas-c^ot'es de la route.

— Nom de Dieu, pensait alors le bandit, pr^et `a vendre ch`erement sa libert'e, j’aurais d^u y songer, c’'etait une embuscade. Le voiturier qui m’amenait 'etait un homme de L'eon ou de Michel. On a feint de ne pas me reconna^itre. En r'ealit'e, on me guettait ici.

Or, cette id'ee, qui 'etait folle, que Fant^omas en r'ealit'e n’avait pu concevoir qu’en raison de l’'enervement qu’il 'eprouvait, le bandit devait l’abandonner.

Tandis qu’il sautait de voiture, persuad'e qu’il allait ^etre appr'ehend'e, le voiturier, en effet, saisi d’'epouvante lui aussi en entendant les cris retentissants dans le silence de la nuit, avait arr^et'e son cheval.

Dress'e dans sa carriole, il hurlait :

— Bon sang de bon sang, qu’est-ce qui appelle ? Qui va l`a ?

Et, en m^eme temps, le brave homme, courageux, pr^et `a se d'efendre, faisait un moulinet du manche de son fouet et rappelait son voyageur :

— Eh, monsieur, monsieur, o`u allez-vous donc ? M'efiez-vous. Cette for^et-l`a, c’est tellement 'epais, qu’on ne sait pas ce qui s’y passe.

Dans l’aur'eole lumineuse des lanternes, apparut un homme tremblant, p^ale, d'efigur'e, hors d’haleine, un homme plus effray'e qu’effrayant.

— Au secours, au secours, r'ep'eta-t-il, les yeux dilat'es par la peur. Au secours. On vient de tirer sur moi. On a voulu m’assassiner.

L’inconnu n’avait pas fini de parler que le voiturier, `a son tour sautait de voiture, toujours arm'e de son fouet, et paraissant stup'efait :

— Nom d’un chien, mais c’est vous, monsieur de Tergall ? c’est vous, monsieur le marquis ? Ah ca, qu’est-ce que vous chantez-l`a ?

Fant^omas, cependant, se rendait compte qu’il s’'etait tromp'e en redoutant une embuscade. Imitant le voiturier, il se rapprocha du myst'erieux individu si brusquement surgi devant la carriole, s’informa :

— On a tir'e sur vous ? Qui ? O`u ? Quand ?

Tergall tremblait de tous ses membres. Il d^ut faire un violent effort sur lui-m^eme, pour satisfaire la curiosit'e de l’'etranger, qui l’interrogeait :

— Ici, dans la for^et, il y a deux minutes. Ah monsieur, monsieur, venez vite, c’est affreux. Je suis victime, depuis trois semaines, des plus l^aches attentats, sans que je puisse savoir qui, exactement, a jur'e ma perte. Par piti'e, pr^etez-moi secours. Venez, les assassins ne doivent pas ^etre loin.

Brusquement, Fant^omas l’interrompit :

— Les assassins ? ils 'etaient plusieurs ? Dites-nous ce qui vient d’arriver, que diable. Je ne comprends rien de ce que vous racontez.

Le marquis de Tergall se tordait les mains, d'esesp'er'e.

— Mais venez donc, ne perdons pas de temps. C’est bien simple. Je passais dans le bois, on m’a tir'e deux coups de fusil. J’ai entendu le plomb cr'epiter sur les branches `a c^ot'e de moi. Je me suis enfui. C’est `a ce moment que j’ai appel'e `a l’aide. Venez, j’ai entendu courir. Je sais par o`u ils sont partis.

Pendant ce temps, le voiturier avait attach'e son cheval `a un arbre. Maintenant, il s’emparait de l’un des falots de la voiture, il revenait en courant vers le marquis de Tergall.

— Marchons, dit-il, nous sommes trois, nous sommes de taille `a nous d'efendre, et il faudra bien que le pays cesse d’^etre un coupe-gorge. Depuis quinze jours, tout de m^eme, ce qu’il y en a des aventures.

Marchant presque `a t^atons, prenant garde de faire le moindre bruit, se glissant entre les arbres, s’arr^etant pour 'ecouter le silence, les trois hommes, le voiturier, le marquis de Tergall et Fant^omas p'en'etr`erent dans la for^et.

— Par ici, soufflait de temps `a autre le marquis de Tergall, je reconnais cet arbre. J’ai pass'e l`a.

Ils avanc`erent ainsi pendant une dizaine de minutes, puis, brusquement, alors qu’`a peu pr`es perdus, ne reconnaissant plus rien dans l’obscurit'e de la nuit, `a l’endroit de la for^et o`u ils se trouvaient, le voiturier et le marquis allaient proposer de battre en retraite, Fant^omas poussa un cri :

— Nom de Dieu, je viens de tr'ebucher dans quelque chose, dans un paquet.

Il se baissa, t^ata dans le noir l’obstacle qui avait embarrass'e ses pas. Soudain il appela :

— Le falot, vite, passez-moi le falot.

Le voiturier s’empressa d’ob'eir, dirigea la lueur de la lanterne sur Fant^omas qui venait de s’agenouiller.

Et alors, d’un m^eme mouvement, les trois hommes se rejet`erent en arri`ere.

— Mon Dieu, dit le marquis de Tergall.

— Ah, bougre de tonnerre de chien, grommela le voiturier.

Pour Fant^omas, il ne disait rien.

Sinistre, p^ale, un mauvais pli au coin des l`evres, il contemplait le corps d’un homme 'etendu tout de son long sur le sol, et dont la t^ete fracass'ee lui 'etait totalement inconnue.

Le marquis de Tergall, cependant, le premier sentiment d’horreur pass'e, se rapprochait du cadavre. Il se pencha sur la face grimacante du mort, puis, se relevant, il dit d’une voix 'etrange :

— Mais, c’est M. Chamb'erieux, mon ennemi.

Et le voiturier r'ep'eta :

— C’est Chamb'erieux. Pourtant, c’est vrai. Ah, sapristi, qu’est-ce que cela veut dire ?

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