ЖАНРЫ

Le magistrat cambrioleur (Служащий-грабитель)
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— De la chaux 'eteinte jet'ee dans de l’eau, monologuait-il, cela fait, si je ne m’abuse, de la chaux vive. Eh parbleu, je ne pouvais pas r^ever mieux, Je ne pouvais pas faire une supposition plus favorable que celle-ci : trouver, juste au moment o`u j’en ai besoin, le creuset gigantesque qu’est ce r'eservoir, o`u an'eantir le corps de ma victime.

***

Dix minutes plus tard, le bandit 'etait install'e dans le compartiment de premi`ere classe o`u, `a Saumur, le malheureux voyageur qu’il avait tu'e avait pris place.

Fant^omas 'etait radieux.

— Ouf, songeait-il, s’'etirant voluptueusement sur la banquette capitonn'ee, me voici, je pense, d'efinitivement hors d’affaire. J’ai des v^etements nouveaux, je suis dans un train o`u l’on ne sait pas que je suis. Bien fins seront L'eon et Michel s’ils parviennent `a me rejoindre.

Il en 'etait l`a de son monologue quand, la porti`ere de son compartiment s’ouvrit, un employ'e se tenant sur le marchepied lui demandait, sans d’ailleurs avoir l’air de soupconner quoi que ce soit :

— Votre billet, monsieur ?

Fant^omas n’avait pas song'e `a cela.

Quelques minutes avant, en sautant du wagon de marchandises, pour venir prendre place dans le compartiment de premi`ere classe, il avait n'eglig'e de regarder le nom de la station o`u le train arrivait.

Pour gagner du temps, machinalement, il fouillait dans les goussets de son gilet.

Aussi, fut-ce avec un 'etonnement voisin de la stup'efaction, qu’il entendit l’employ'e lui dire :

— Dans la poche de droite. Oui, dans celle-l`a monsieur. C’est un permis de circulation que vous avez. Je viens de l’apercevoir pendant que vous vous fouilliez.

Il y avait de quoi ^etre saisi, mais Fant^omas encore une fois, donna la preuve de son sang-froid.

— En effet, r'epondit-il, c’est un permis de circulation.

Et il tendit `a l’homme un billet jaune, un billet qu’il avait pris en effet, dans la poche droite de son gilet, un billet qui, naturellement, 'etait le billet de l’homme tu'e deux heures auparavant.

Or, l’employ'e de chemin de fer avait `a peine jet'e les yeux sur le permis que lui tendait Fant^omas, qu’il sursauta `a son tour :

— Ah bien, par exemple, vous avez de la veine que je sois venu vous contr^oler, monsieur, sans quoi vous vous trompiez de route. C’est `a Saint-Calais que vous allez ?

— `A Saint-Calais, oui, c’est par ici ?

— Non. Par ici c’est Bess'e, Bess'e-sur-Braye.

— Alors, mon ami ?

— Eh bien, monsieur, c’est l`a qu’il faut changer de train pour la correspondance. D'ep^echez-vous. Passez-moi votre valise. Oui. La correspondance est dans deux heures.

Fant^omas n’eut pas le temps de r'efl'echir.

Obligeamment, l’employ'e qui, certainement, 'etait fort loin de se douter de la stup'efaction du voyageur, se saisit de la valise jaune, marqu'ee C. P. que lui tendait Fant^omas et il la descendit sur le quai. Fant^omas le suivit.

— Apr`es tout, songeait le bandit, fort 'eloign'e de deviner ce que Saint-Calais pouvait pr'esenter de dangers pour lui, va pour ce patelin ou pour un autre. D’ailleurs, en attendant la correspondance, si j’en trouve le moyen, je prendrai un billet pour une autre destination.

Apr`es avoir remerci'e l’employ'e, Fant^omas empoigna donc sa valise et, `a petits pas, s’achemina vers la gare.

Or, le bandit n’avait pas avanc'e de quelques m`etres, qu’un homme en blouse bleue, arm'e d’un grand fouet, un voiturier sans nul doute, se pr'ecipitait vers lui :

— Eh monsieur, monsieur, criait-il, arr^etez-vous donc, me voil`a. Parbleu, il a joliment du retard, vot’ train. Donnez-moi donc votre valise, s’il vous pla^it. Et comme ca alors vous avez fait bon voyage ?

Interdit, interloqu'e, Fant^omas ouvrit la bouche pour r'epondre. L’homme ne lui en laissa pas le temps :

— Ma foi, reprenait-il, c’est encore de la chance que vous ayez eu une valise marqu'ee `a vos initiales. Sans ca, savez-vous bien, monsieur, que je me demande comment nous nous serions « reconnus ». Justement aujourd’hui, voyez plut^ot, il y avait deux voyageurs pour Bess'e et nous sommes trois voituriers. Allons, venez, monsieur, venez. C’est maintenant l’affaire d’une demi-heure de route, pour que vous soyez « chez vous ».

16 – LE RENDEZ-VOUS D’AMOUR

Comme dans beaucoup de villes provinciales, il est d’usage, `a Saint-Calais, d’aller faire le soir, lorsque le temps s’y pr^ete, ce qu’on appelle un tour de ville. Les gens de la bonne soci'et'e, les petits rentiers, les commercants qui ont ferm'e leurs boutiques et surtout la jeunesse, les amoureux, les fianc'es, appr'ecient volontiers cette promenade hygi'enique et agr'eable qui permet non seulement de rencontrer ses amis, de faire un brin de causette, mais encore d’entendre les potins, d’apprendre les nouvelles et m^eme, au besoin, d’'ebaucher des relations. C’est pourquoi le tour de ville `a Saint-Calais est particuli`erement appr'eci'e des habitants.

La disposition topographique de la pittoresque petite ville se pr^ete d’ailleurs admirablement `a cette promenade.

Saint-Calais, en effet, se trouve entour'e par une sorte de boulevard circulaire qui vient de part et d’autre rejoindre la grande rue et qui passe non loin de l’'eglise, emprunte la route de la gare, revient par le Palais de Justice jusqu’au champ de foire, d’o`u il rejoint la rue principale.

Fort mouvement'ee, cette promenade cesse cependant d’^etre anim'ee d`es huit heures et demie ou neuf heures du soir. Comme partout en province, il est dans les usages des habitants de Saint-Calais de se coucher de bonne heure. D’autre part, on s’y l`eve plus t^ot, ce qui r'etablit l’'equilibre et ne nuit pas `a l’hygi`ene, tout au contraire.

Un peu en retrait de la promenade, du c^ot'e ext'erieur du champ de foire s’'el`event un certain nombre de constructions neuves et de petites villas isol'ees les unes des autres par des jardins.

Ce soir-l`a, en raison de la petite pluie fine qui, avec la brume, n’avait cess'e d’attrister l’apr`es-midi de novembre, les promeneurs s’'etaient faits rares autour de ville et par suite, bien peu de gens 'etant sortis de chez eux apr`es le d^iner, le quartier neuf, tranquille ordinairement, semblait particuli`erement mort et d'esert. On n’y entendait aucun bruit, et des villas tr`es rapproch'ees les unes des autres ne montait aucun signe de vie indiquant qu’on les habitait.

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